“C'est la réconciliation des médecins avec leur ordre”
Les élections du conseil de l’ordre des médecins du 22 juin dernier se sont tenues à la lumière de la loi n°08-12 relative à l’Ordre des médecins. Un scrutin qui pour le Syndicat national des médecins du secteur privé sonne le glas d’une nouvelle ère.
C’est aussi l’occasion de rappeler les principaux apports de cette législation.
«La réconciliation des médecins avec leur Ordre est le gain le plus important apporté par ce scrutin. Il a une réappropriation par les médecins de leur propre institution», lance, satisfait, le Dr Badreddine Dassouli, président du syndicat national des médecins du secteur privé, le SNMSL.
«Le taux de participation a atteint les 60%, un record par rapport au dernier scrutin de 1996», indique-t-il. Les quelques chiffres disponibles parlent de la participation de près de 2.000 votants dans la région de Casablanca et de près de 1.000 à Rabat. Le nombre de bureaux régionaux est de 16, en comptant le bureau du Conseil national.
Dans leur globalité, on ne compte pas moins de 21.000 médecins toutes spécialités confondues. Ce nombre comprend 11.000 médecins du secteur public incluant ceux exerçant dans les CHU et les hôpitaux militaires. 8.000 à 8.500 médecins exercent dans le secteur privé.
Quant aux dysfonctionnements en termes d’organisation durant le scrutin du 22 juin, ils sont liés à la grande affluence des votants. «Les organisateurs n’escomptaient guère dépasser le taux de 10% de participants. Ils ont été dépassés par les événements», plaide Dr Dassouli. Et il précise davantage: «les structures d’accueil pour ce genre d’événement n’existent pas. Les bureaux régionaux de l’ordre sont installés dans des locaux très étroits».
C’est ainsi qu’à Casablanca, ce 22 juin, le local de l’ordre des médecins situé sur le Bd Abdelmoumen a été investi par les forces de l’ordre. Les copropriétaires de l’immeuble ont exprimé leur mécontentement de différentes manières, allant jusqu’à la violence physique: jets des pierres, de tomates, d’œufs sur les médecins venant voter. «Ils n’ont pas été avisés par les organisateurs de la tenue des élections et par conséquent de la grande affluence qu’allait connaître l’immeuble. Les résidents ont même verrouillé la porte d’accès», relate Dr Dassouli.
Si certains médecins optant pour l’anonymat fustigent ces élections et les disent entachées d’irrégularités, aucune communication officielle faisant état de recours devant les juridictions administratives n’est disponible au moment où nous mettons en ligne cet article.
«Ces élections ne sont qu’une première étape dans le processus de réorganisation de la profession. Dans quelques jours, le bureau national et les bureaux régionaux doivent se réunir. Le président de l’ordre national, le secrétaire général et le trésorier doivent être élus», indique le président du SNMSL.
Le temps presse. Le projet de loi relatif à l’exercice de la profession de médecin est dans le circuit législatif. Cette nouvelle organisation permettra au corps de médecins de représenter les intérêts de la profession.
D’autant plus que les prérogatives assignées désormais au Conseil l’ordre des médecins en font un interlocuteur privilégié avec les pouvoirs publics et notamment avec le ministère de tutelle. Comme se plaît à le rappeler le président du SNML: «dans l’esprit des médecins, il existe une confusion dans l’appréciation de cet organe. Nombreux sont ceux qui le situent entre une association et un syndicat, et donc le considèrent comme un relais de revendications». Aujourd’hui, la donne a changé puisque le conseil de l’ordre s’érige selon les textes comme gendarme. Il possède un rôle prépondérant en termes de sanction et de formation médicale continue.
Côté sanction. L’ordre des médecins en tant qu’organe disciplinaire étend cette prérogative également aux praticiens du secteur public. Il est même possible au conseil de l’ordre et aux assemblées générales de révoquer les membres du bureau national estimés «non actifs».
Formation continue. «Le domaine de la formation continue représentait un marché juteux. Les cours étaient dispensées par les laboratoires pharmaceutiques. Les médecins perdaient leur indépendance en matière de prescriptions médicamenteuses», témoigne notre source.
Financement. Prohibition de récolter des fonds auprès des laboratoires pharmaceutiques. Il se réalise uniquement via les cotisations des médecins et la subvention publique, qui représente près d’un million de DH.
Autres domaines d’intervention: un rôle consultatif dans tout ce qui relève de la santé publique, une prérogative de contrôle du respect des normes en termes de santé dans les hôpitaux publics et les cliniques privées.
Les listes des élus au bureau national et bureaux régionaux sont consultables sur le site.
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