Santé. La société civile en colère
Pour le Réseau marocain de défense du droit à la santé, le système de couverture santé obligatoire (Ramed) est un fiasco, du fait de l’absence d’un budget conséquent et des lenteurs administratives. Le réseau rappelle que 47% des citoyens marocains restent dépourvus de toute couverture maladie.
Le Réseau marocain de défense du droit à la santé a reçu durant ces derniers mois plusieurs plaintes de la part de citoyens porteurs ou demandeurs d’une carte Ramed.
Les plaintes concernent des citoyens disposant d’une carte de couverture maladie obligatoire Ramed, mais à qui celle-ci ne sert strictement à rien.
"Une fois à l’hôpital, le personnel de l’établissement demande aux porteurs des cartes d’aller acheter eux-mêmes les consommables pour des opérations chirurgicales, et la plupart du temps, ne leur donne pas de médicaments", explique Ali Lotfi, président du Réseau, qui se demande à quoi sert cette carte.
Par ailleurs, les délais de remise de ces cartes sont très longs. La commission chargée du Ramed et constituée de représentants des ministères de l’Intérieur, des Finances et de la Santé prend entre six mois et un an avant de livrer ses cartes donnant accès gratuitement aux centres hospitaliers et autres dispensaires. Selon les chiffres du Réseau marocain de défense du droit à la santé, 20% des citoyens éligibles au régime du Ramed connaissent des blocages de procédures, et 35% des demandeurs ont dû attendre plus de 6 mois.
En outre, le Réseau rappelle que 47% des marocains ne disposent d’aucune couverture maladie et ce, malgré l’adoption du système de couverture obligatoire il y a dix ans.
Selon le ministère de la Santé, 6 millions de cartes ont déjà été distribuées. Cependant, le réseau pointe du doigt les maigres prestations auxquelles ces cartes donnent accès. Ce collectif d’associations et de syndicats pointe du doigt le sous-financement du secteur de la santé au royaume : "le Maroc est le pays de la région Mena qui dépense le moins sur sa santé : 4,5% du budget l’Etat et moins de 1,2% du PIB, alors que selon les standards internationaux, la santé consomme 15% du budget", rappelle un communiqué du réseau publié le 5 juin dernier et intitulé l’accès à la santé et aux médicaments est un droit constitutionnel.
Le réseau réclame que la couverture maladie obligatoire soit généralisée à tous les citoyens et demande de mettre fin aux critères de sélection. "Dans le milieu rural, il suffit que la famille dispose d’un réfrigérateur ou d’une télévision, ou que l’agriculteur dispose d’un seul veau pour qu’il ne soit pas éligible à la carte Ramed. Ces conditions sont absurdes et inhumaines", explique Ali Lotfi.
Lotfi propose comme mesure urgente de définir un délai de remise de la carte Ramed ne dépassant pas un mois, et d’inclure dans la commission qui étudie les dossiers, le ministère de la Solidarité et l’Instance de lutte contre la corruption, tout en revoyant l’approvisionnement et la gestion des stocks des pharmacies des hôpitaux.
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