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Téléphone portable et cancer du cerveau, le lien est établi par des chercheurs français

Les personnes utilisant leur téléphone mobile plus de 15 heures par mois ont un risque accru de développer certaines tumeurs du cerveau, selon une étude épidémiologique française qui relance le débat sur les dangers des portables.  

Téléphone portable et cancer du cerveau, le lien est établi par des chercheurs français

Le 14 mai 2014 à 14h31

Modifié 11 avril 2021 à 2h35

Les personnes utilisant leur téléphone mobile plus de 15 heures par mois ont un risque accru de développer certaines tumeurs du cerveau, selon une étude épidémiologique française qui relance le débat sur les dangers des portables.  

«La principale conclusion de notre étude menée en France va dans le même sens que des tendances récemment observées au niveau international mais qui demandent à être confirmées, à savoir une élévation du risque de tumeur cérébrale, observée uniquement chez les plus forts utilisateurs“ (de téléphones portables), souligne Isabelle Baldi. Le Dr Baldi est l’un des chercheurs ayant participé à cette étude menée en 2004-2006 et qui vient d’être publiée dans la revue de référence Occupational and Environmental Medecine.

Alors que le lien entre cancer du cerveau et utilisation du portable reste largement débattu dans le monde, des chercheurs bordelais ont montré que les personnes ayant utilisé leur portable plus de 15 heures par mois pendant une durée médiane de 5 ans avaient un risque multiplié par deux ou trois de développer un gliome, tumeur cérébrale pouvant être maligne (le glioblastome) ou bénigne (comme l’oligodendrogliome).

Cette catégorie d’utilisateurs intenses de téléphone présente également un risque multiplié par deux ou trois d’avoir un méningiome, une tumeur généralement bénigne des méninges, par rapport aux personnes ayant plus modérément utilisé leur téléphone en durée cumulée. L’étude française a porté sur 253 cas de gliomes et 194 méningiomes recensés entre 2004 et 2006 dans quatre départements français, comparés à 892 témoins adultes sains, représentatifs de la population française.

Moins d’ondes aujourd’hui

Pour parvenir à leur conclusion, les chercheurs ont tenu compte des autres facteurs de risque des tumeurs cérébrales et du fait que seulement 14% des personnes interrogées déclaraient avoir utilisé un «kit mains libres» qui permet de ne pas positionner le téléphone contre l’oreille.

Le Dr Baldi, qui travaille à l’Institut de santé publique d’épidémiologie et de développement (Isped) de Bordeaux, relève que le niveau d’exposition a été «difficile à reconstituer dans la mesure où il est en perpétuelle évolution au cours de la vie». Elle reconnaît également que les utilisations du portable ont «nettement augmenté» depuis le milieu des années 2000, mais que dans le même temps les appareils émettent moins d’ondes car ils sont désormais réglementés quant à leurs émissions.

La plus grosse étude réalisée à ce jour sur les risques des portables est l’étude Interphone menée dans 13 pays (Allemagne, Australie, Canada, Danemark, Finlande, France, Israël, Italie, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède) et pilotée par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ, émanation de l’OMS).

Dans ses conclusions rendues publiques en 2010, elle avait fait apparaître un risque de gliome de 40% supérieur et un risque de méningiome de 15% supérieur pour les personnes déclarant une utilisation fréquente et habituellement «du même côté de la tête que la tumeur». Cependant «les biais et les erreurs» inhérentes à l’étude n’avaient pas permis aux chercheurs de conclure de manière définitive sur les risques des portables.

Etude cas-témoin à nuancer

Parmi les biais possibles dans ce type d’études déclaratives, des personnes souffrant de tumeurs au cerveau peuvent avoir tendance à surestimer leur utilisation passée du téléphone portable. Bien que cette méthodologie soit estimée très « solide » par le professeur Gérard Lasfargues, Directeur général adjoint de l’ANSES, elle s’avère davantage nuancée par son confrère, le professeur Jacques Blacher, professeur à l’Université Paris Descartes. Ce dernier précise en effet qu’il existe une  « probabilité non négligeable que ceux qui ont une tumeur au cerveau et sont interrogés sur l’utilisation passée du portable aient un a priori différent sur la responsabilité du téléphone par rapport aux témoins qui n’ont pas de cancers. Cette étude, même si elle bien faite, ne permet pas de conclure » de corrélation, indique le spécialiste. On ne sait pas quel est le degré d’indépendance des experts qui essaient de nuancer les conclusions de l’étude française.

Réunis à Lyon en 2011 à l’initiative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une trentaine d’experts internationaux avaient estimé que l’usage du portable pouvait être cancérogène pour l’homme et réclamé que de nouvelles études soient menées sur l’utilisation intensive et sur le long terme des téléphones portables.

En attendant, ils avaient plaidé pour l’utilisation de «kits mains libres» et la pratique des SMS. L’Institut français de prévention et d’éducation pour la santé a par ailleurs réuni sur un portail réservé l’ensemble des recommandations sur le bon usage du portable. Outre le conseil prioritaire de recourir aux oreillettes (via kit filaire ou bluetooth), le site souligne l’importance d’éloigner le téléphone portable de sa tête et son cerveau lorsque les ondes sont les plus importantes, autrement dit dans les secondes qui suivent la numérotation et chaque fois que la réception est mauvaise et que le téléphone ne présente qu’une à deux barres de réseau.

Le Pr Gérard Lasfargues suggère de plus qu’il est primordial de privilégier l’achat d’appareil «ayant le DAS [débit d’absorption spécifique, ndlr] le plus faible». Et d’ajouter que certains téléphones ont un « DAS bien inférieur à 1 W/kg ». Si les spécialistes ne promettent pas que ces appareils vous épargneront tout risque de développer une tumeur cérébrale, ils suggèrent vivement de miser sur une politique préventive et en appellent à son application.

(Avec AFP)

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