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Lahcen Daoudi: “L’enseignement supérieur est réformable, mais pas du jour au lendemain“

EXCLUSIF. Les campus marocains sont assez fébriles depuis le début de l'année. Incidents violents à Fès, affrontements à Agadir, grèves des étudiants à Tanger et à Casablanca. Médias 24 a interrogé le ministre de l’Enseignement supérieur.  

Lahcen Daoudi: “L’enseignement supérieur est réformable, mais pas du jour au lendemain“
Jamal Amiar
Le 3 mai 2014 à 6h22 | Modifié 3 mai 2014 à 6h22

Sur l’un des dossiers universitaires qui aura marqué l’actualité depuis le mois de février dernier, celui de la grève des étudiants de l’ENCG de Tanger déclenchée pour protester contre la qualité de l’enseignement, le ministre de l’Enseignement supérieur Lahcen Daoudi s’est finalement rendu sur le campus tangérois plus de deux mois après le déclenchement de la grève le 17 février dernier.

La grève des cours avait pris fin le 20 mars suite à un accord trouvé in extrémis par les professeurs et les étudiants. Non respecté par les professeurs, l’accord sera dénoncé par les étudiants et les protestations reprendront notamment en marge de la visite royale effectuée à Tanger à la fin du mois de mars.

Interrogé par Médias 24 sur sa visite de ce lundi 28 avril à l’ENCG de Tanger, le ministre  indique avoir transmis un message de "souplesse et de rigueur et recommandé d’éviter la culture du conflit".

"J’ai dit aux professeurs que les étudiants sont nos enfants et qu’il faut préserver l’image et la réputation de l’école" a indiqué M. Daoudi. Mis rien n’a apparemment été dit sur les conflits d’intérêts des professeurs salariés du public mais qui consacrent beaucoup de temps à leurs affaires privées.

M. Daoudi indique avoir trouvé de la bonne volonté du côté de l’administration et des professeurs. Contacté par Médias 24, le directeur de l’ENCG Abdallah Jabbouri insiste sur "l’excellent état d’esprit" qui a prévalu au cours de cette réunion. "J’en suis ressorti optimiste et confiant" indique-t-il, visiblement séduit par le discours ministériel.

Etudiants et  parents se montrent  toutefois moins séduits et restent dans l’attentisme. Car si M. Daoud rappelle au téléphone à Médias 24 qu’il a reçu parents et étudiants à son bureau à Rabat, aucune réunion avec ces deux interlocuteurs importants du dossier n’était pas programmée durant sa visite à Tanger.

Rencontrés sur le campus de l’ENCG Tanger mercredi 30 avril, des représentants des étudiants  indiquent "avoir noté un changement d’attitude des professeurs avec une charge horaire plus respectée". "Un prof nous a dit qu’il respectait les étudiants et que désormais  les profs doivent venir enseigner et les étudiants doivent venir étudier", rapporte une étudiante de 4ème année.

"Mais pour les cours de soutien, il n’y a encore rien" indiquent des étudiants de l’ENCG Tanger à Médias 24. "Les rattrapages sont reportées et la consultation des copies demandée depuis le mois de février ne s’est pas encore produite". Certains notent avec satisfaction que deux des professeurs "incompétents" de marketing et de statistiques qu’ils souhaitaient voir partir sont sur la voie du départ. "L’un ne vient plus et l’autre vient tous les mardis, mais aucun étudiant n’assiste à son cours".

Fiers, fatigués, stressés

"Fiers, fatigués et stressés" : c’est ainsi que se décrivent les étudiants après ces semaines de grèves des cours, le début de  grève de la faim et les difficiles tractations avec l’administration et le ministère. "On a découvert la force d’inertie et le conservatisme du syndicat des profs le SNE-SUP" révèle une étudiante.

"Nous sommes méfiants car les adultes nous ont trahis et après ils disent que nous sommes leurs enfants". "Moi je ne suis que la fille de que mon père, me rappelle une représentante  des étudiants. Le discours paternaliste est démagogique ; pour être un père il faut le faire, pas juste le dire", assène-t-elle.

Sur le dossier l’enseignement supérieur en général sur lequel le ministre a notamment été fortement chahuté au parlement mardi 29 avril, Lahcen Daoudi indique à Médias 24 que "des réformes sont en cours à la faculté de médecine et que nous revoyons les équipements car nous avons des universités sans amphithéâtres et sans chaises!".

Lahcen Daoudi estime que "l’enseignement supérieur est réformable, mais pas du jour au lendemain; nous avons besoin de plus de capacités, de plus de postes budgétaires" juge-t-il. Lahcen Daoudi reste optimiste, comparant "le total des 615 000 étudiants des universités marocaines aux 3 millions d’étudiants sud-coréens ou aux 5 millions d’étudiants iraniens". Lahcen Daoudi souligne aussi "un problèmes de relève du corps enseignant de qualité".

Comme Médias 24 l’a révélé la semaine dernière, si à l’ENCG de Tanger les étudiants se sentent un peu "oubliés" par certains de leurs professeurs qui préfèrent aller gagner quelques dirhams supplémentaires dans des écoles privées mal inspectées par le ministère et répondant rarement aux moindres critères d’un enseignement supérieur de qualité minimale, à Casablanca, les étudiants de l’ENCG, ceux de la capitale économique donc, celle qui abrite les sièges des banques, de la bourse et du futur Casablanca Finance Center, … ne disposent pas de locaux.

Sur ce point, M. Daoudi répond à Médias 24 que "l’ENCG de Casa a été construite sur un terrain exigu. Nous cherchons un terrain limitrophe aussi pour la fac de droit".

Quant à l’ISCAE de Rabat, l’Institut supérieur pour le commerce et l’administration des entreprises, si l’établissement est d’Etat, a son siège à Casablanca et dispose d’une annexe dans la capitale politique du royaume, Rabat, son diplôme délivré par l’annexe rbatie n’est pas reconnu … par l’Etat ou du moins ... pas toujours. Interrogé sur ce cas précis, M. Daoudi répond que "le diplôme est reconnu,  mais dans le cadre de l’ESCAE Casa dont elle est une simple annexe". On ne comprend pas toujours tout, mais parfois il faut se satisfaire de certaines réponses.

Ce qu’il apparaît à travers la vie sur certains campus marocains, c’est que l’enseignement supérieur marocain a besoin de profondes réformes.

L’état de certaines cités universitaires témoigne du mépris dans lequel notre pays tient ses étudiants. Une cité universitaire comme celle de la fac des sciences de Tanger, ressemble à un taudis. Tout comme d’ailleurs le fait que des profs de l’ENCG créent et fondent en parallèle des écoles privées alors que leur job principal à eux salariés de la fonction publique est de former des étudiants ambitieux qui ont obtenu de très bonnes notes au bac et qui ont été admis après avoir passé un concours.

S’il existe des blocages au niveau des enseignants et du SNE-Sup ou s’il existe trop de corruption ou trop d’incompétences du côté du ministère,  il faut des politiques courageux et intelligents pour savoir dire aux uns et autres où se trouve l’intérêt du pays, de la jeunesse marocaine, des entreprises marocaines et de la stabilité et la prospérité du pays.

En ne faisant rien pour réformer un secteur vital du pays, on laisse des incompétents et des corrompus hypothéquer l’avenir du pays. Comme le disait M. Daoudi, "nous devrions pouvoir réformer pour 615.000 étudiants". Les prochaines élections législatives  ne sont pas avant 2016 et le gouvernement actuel dispose de la majorité.

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Jamal Amiar
Le 3 mai 2014 à 6h22

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