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Sécurité publique, aucune réforme à l’horizon

DIAGNOSTIC.  Médias 24 propose à ses lecteurs une série d’articles sur la stratégie sécuritaire. Au départ, une mise en contexte s’impose face à l’évolution de la criminalité. La gestion sécuritaire des derniers événements est revisitée en tentant d’identifier les défaillances.

Sécurité publique, aucune réforme à l’horizon
Imane Azmi
Le 18 avril 2014 à 9h52 | Modifié 18 avril 2014 à 9h52

Depuis deux semaines, les annonces se multiplient. La Direction Générale de la sûreté nationale,  DGSN, se fait communicante.  Les réunions du ministre de l’Intérieur avec les différents corps de la sécurité se poursuivent. Ya-t-il de la réforme dans l’air? Les déclarations de Mohamed Hassad semblent aller dans ce sens. Encore plus, des informations circulent  sur des mutations, des mises à la retraites de responsables des services de police. La réalité est plus nuancée.

Concernant les préfets de police de Tétouan et de Fès rappelés à Rabat, au siège de la DGSN, des faits présentés par les médias comme des signes de mesures disciplinaires sont vite démentis: «les deux préfets ont été mis à la retraire. Celui de Tétouan arrive en fin de mandat cette année. En revanche, celui de Fès devait déjà être mis à la retraite le 31 décembre 2012. Il avait vu son temps de travail prolongé exceptionnellement de deux années», explique-t-on auprès de la DGSN.

De différentes sources bien informées, nous apprenons que la préfecture de Casablanca a connu également un certain nombre de suspensions.

Les responsables du corps urbain de plusieurs villes ont été rappelés: à certains, il est proposé d’opter pour une autre ville d’affectation, à d’autres, des départs à la retraite. Il se pourrait que les questions de patrimoine aient été à l’origine de ces mouvements. Mais rien n’est précis, selon les informations disponibles.

Quand le “tcharmil“ prend la police de court

Des interrogations subsistent quant à l’approche sécurité mise en œuvre pour lutter contre le «tcharmil».  A ce sujet, la réponse de la DGSN à Médias 24 est d’ordre procédural. «L’approche sécuritaire mise en application par la DGSN ne sort pas du cadre global mis en œuvre pour lutter contre toutes les formes de la criminalité. Sur ce point, les attributions de la police judiciaire consistent à constater les infractions, collecter les preuves, sous la supervision et le contrôle du ministère public ».

«C’est tout simplement le code de procédure pénale. Mais dans les faits, c’est différent. La pratique d'un service de police évolue selon l'espace et le temps», commente Abdelhakim Yamani, consultant en sécurité.

Pour notre expert, un rappel historique s’impose. «Après l’indépendance, la police a recruté sur le tout venant comme pour tous les autres services publics. Ensuite, durant les années 60-70, nous sommes passés à une police du tout-politique. La police avait un objectif plus politique que de lutte contre la criminalité», précise-t-il.

Constat actuel : « Aujourd’hui, il faut relever un manque flagrant de formation au sein de la police. Il est vrai que les critères de sélection ont évolué: du certificat d’études, au bac puis à la  licence. Toutefois, il devient nécessaire de mettre en place un système de formation continue  à tous les niveaux mais une formation continue nationale plus générale, autre que celle de la coopération internationale », estime Abdelhakim Yamani.

Alors, la question serait-elle d’ordre structurel? «Aujourd'hui, une réforme de la police marocaine s'impose, c'est une question de vie ou de mort, car la société a dans son ensemble évolué et par conséquent la criminalité», répond-il.

Ceci d’autant plus que parmi les réponses de la DGSN parvenues à Médias 24, il est dit: «en définitive, il apparaît que le mouvement dit «tcharmil» n’est qu’un épiphénomène, sans importance, lié à la vulgarisation des outils technologiques et l’usage des réseaux sociaux parmi une frange de désœuvrés casablancais, motivés plus par la vanité et l’ostentation que par des considérations criminelles».

A ceci, notre expert réplique: «comment se fait-il que les services de sécurité n'aient réagi qu'après une alarme citoyenne et que des mouvements de protestation aient commencé à surgir? C'est que tout simplement nos enquêteurs sont littéralement déconnectés des nouvelles technologies. Comment se fait-il qu’un enquêteur de la PJ ne dispose pas d’un accès à internet?» s’interroge-t-il.

Son argumentaire est des plus simples. Les outils à la pointe de la technologie prolifèrent au sein de toute la société. Un agent de police se doit de savoir distinguer entre le client d’une banque et celui venu en repérage. Ne serait-ce qu’à travers l’utilisation que fait ce dernier de son smartphone: filmer pour effectuer un repérage. «Il s’agit d’identifier entre une application innocente des gadgets technologiques et une utilisation à des fins criminelles», explique Abdelhakim Yamani, en précisant «à mon sens, tous les enquêteurs devraient disposer de Google maps, cette application permet une excellente visualisation du terrain sur lequel ils sont amenés à opérer!»

Le cas Beni Mékada

Quelques illustrations. Le cas des événements de Beni Mékada à Tanger. A l’origine, une interpellation «maladroite et insultante» par un enquêteur de la BNPJ. La protestation citoyenne qui s'ensuit, se retrouve qualifiée de pseudo-émeute de salafistes en collusion avec des narcotrafiquants». «Alors que la visite du Souverain sur exactement les mêmes lieux a démonté cette théorie. Ce sont ces «soi-disant narco-terroristes» qui ont réalisé un cordon de sécurité improvisé pour permettre à la voiture du Roi de se dégager de la foule, venue l'acclamer », raconte –t-il.

Autre exemple. Le hooliganisme. A chaque événement sportif, notamment footballistique, panique sur la ville ! «Le phénomène est mondial. Dans d’autres pays, des cellules spéciales gèrent les manifestations. Elles intègrent tous les intervenants comme la protection civile, le croissant rouge, les forces auxiliaires, la gendarmerie», précise notre expert. Et de poursuivre: «au Maroc, certes, se tiennent des réunions de coordination mais sans coordinateur».

Les explications: quelques jours avant le match, un dispositif est établi. «Mais une fois installé, ce dispositif est géré individuellement», indique-t-il. Durant l’évacuation du stade, différents services interviennent: les responsables du stade, la sécurité privée, les forces auxiliaires, la protection civile et les représentants de l’autorité locale. «Fait grave, ils ne sont pas tous sur la même fréquence radio. En cas de grabuge, chacun intervient de son côté. Il n’y a pas de coordination sauf par téléphone portable interposé».

Pour revenir aux mutations /sanctions au lendemain de l'apparition du phénomène du  «tcharmil» au sein de la police et autre gendarmerie. Notre expert s’interroge: «le milieu se fait l’écho d’une cascade de mutations, de révocations et d’une série d’arrestations. Est-ce une perception de la justice ou une perception de l’injustice? La recherche de boucs émissaires?»

En effet, la préfecture de police de Casablanca vient d’annoncer 83 arrestations…

Pour sa part Médias 24 se propose de revenir dans un prochain article sur les pistes d’une restructuration des services de police,  plus en phase avec les mutations de la société marocaine et le processus de la régionalisation avancée.

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Imane Azmi
Le 18 avril 2014 à 9h52

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