Maroc-UE, les explications du négociateur marocain des accords de 2003
EXCLUSIF. Hassan Benabderrazik, expert reconnu et respecté dans toute la profession, répond aux questions que l’on se pose : quelle est l’étendue réelle de l’impact sur le Maroc ? L’UE a-t-elle réellement violé les accords ? Est-il possible de trouver d’autres marchés ?
Beaucoup de producteurs ont encore du mal à y croire. La décision européenne de changer les conditions relatives à l’entrée des fruits et légumes est perçue comme une trahison de la parole donnée.
Le Maroc va faire jouer ses cartes, c’est clair: droits de pêche certes, mais également contingent européen de céréales qui accèdent sur le marché marocain à des tarifs préférentiels.
Du côté européen, on feint de jouer l’étonnement.
Interrogé par Médias 24, Roger Waite, porte-parole de la Commission européenne pour l’agriculture et le développement rural, nous a fourni des réponses de la plus belle langue de bois : “il s'agit des importations (non-préférentielles) de tous les fruits et légumes de tous les pays tiers, et le principe a été adopté dans la réforme de la PAC l'an passé. Par exemple, les quotas préférentiels pour les tomates marocaines négociés dans l'accord - qui font plus de 2/3 des importations - ne sont pas concernés. Les actes délégués sont des éléments plutôt techniques pour le mis-en œuvre - sur la base des principes définis dans les actes de base l'année passée“.

“Cette réponse reconnaît que le tiers des exportations marocaines va être impacté directement. Les simulations que j’ai effectuées sont éloquentes et ne laissent aucun doute: au moins 30% des exportations marocaines totales seront évincées“.
M. Benabderrazik explique: il y a deux catégories d’exportations marocaines. Celles qui se font sous le régime commun et celles qui se font sous le régime des quotas. Ce sont les premières qui sont de prime abord menacées. 70% d’entre elles le sont dans un premier temps puis la totalité, par un effet d’éviction, un effet domino qui rendra l’origine Maroc peu fiable aux yeux des acheteurs des circuits modernes de distribution.
En effet, poursuit notre interlocuteur, les droits de douane seront calculés sur la base de la VFI, valeur forfaitaire à l’importation, calculée sur la base des tomates rondes. Il y aura presque systématiquement application des droits de douane maximum.
M. Roger Waite esquive également notre question au sujet de la violation des accords bilatéraux et des règles de l’OMC et l’absence de concertation avec le Maroc : “Les changements dans l'acte de base ont pour objectif de simplifier les règles de douanes et les aligner avec des autres secteurs. Il s'agissait d'avoir un système d'importation plus simple et harmonisé pour touts les fruits et légumes pour le commerce non-préférentiel“.
Au contraire, juge M. Benabderrazik, le système actuel est plus complexe.
Le Maroc peut-il trouver des marchés de substitution, tels que l’Afrique ou le monde arabe? “Non“, répond notre expert marocain. “Nos exportations connaissent une forte croissance en direction des pays d’Afrique de l’Ouest, de l’ordre de 30% par an, mais les volumes restent faibles. Sur le monde arabe, les possibilités restent marginales. Les pays concernés sont plus proches de pays producteurs tels que la Jordanie ou la Turquie, voire le Kénya. Nous sommes un peu présents au Canada, très peu aux Etats-Unis pour des raisons logistiques et de proximité. Le marché européen, de par sa taille et sa proximité, est irremplaçable“.
Quels conseils donneriez-vous aux exportateurs marocains? “Multiplier les contrats de ventes fermes, mais cela, ils le savent déjà“, répond M. Benabderrazik.
Les Européens ont bien violé les accords bilatéraux et les règles de l’OMC, conclut M. Benabderrazik :
-sur le plan bilatéral, chaque changement doit être précédé de consultations, c’est précisé dans les accords. Non seulement il n’y en a pas eu, mais lorsque le Maroc a demandé des éclaircissements, il n’en a pas obtenu.
-le protocole agricole maroco-européen comprenait des concessions commerciales réciproques. Et il était clairement stipulé que par système des prix d’entrée on entendait le système tel que précédemment défini. Il y a donc rupture unilatérale de contrat.
-Les règles de l’OMC stipulent qu’il ne peut pas y avoir de durcissement du régime de dédouanement sans notification préalable aux partenaires et négociation de compensations“.
Une délégation européenne arrive au Maroc le 23 avril. On verra ce qu’il en sortira.
À découvrir
à lire aussi
Article : Prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie (DGM): - Températures en hausse avec temps […]
Article : Dette hybride. Au-delà de la levée, le modèle et les contraintes d’OCP
Derrière le succès de son émission obligataire hybride d’avril 2026, le groupe OCP révèle une équation financière complexe. Entre montée de la fiscalité, politique de dividendes, investissements massifs dans la transition verte et dans des activités hors cœur de métier, le champion des phosphates doit désormais arbitrer dans un environnement compliqué.
Article : Un nouveau “dictionnaire critique” pour relire le Maroc colonial
Un ouvrage collectif dirigé par l’anthropologue marocain Hassan Rachik propose une relecture de la période coloniale à travers un format original de dictionnaire, réunissant une vingtaine de chercheurs marocains, français et espagnols.
Article : Sahara: despite Algiers’ efforts, Washington’s position remains unchanged
On the sidelines of the Antalya Diplomacy Forum in Turkey, Algeria’s foreign minister and the U.S. president’s senior advisor for Arab and African affairs discussed several regional issues, including the Sahara. Yet behind the carefully worded Algerian statement, Washington’s support for Morocco’s territorial integrity remains clear and unchanged. Since December 2020, that position has taken on the weight of state continuity, suggesting it will endure regardless of political turnover in Washington or diplomatic initiatives from Algiers.
Article : Santé animale : Biopharma et le Tchad passent à la phase opérationnelle de leur partenariat
La société pharmaceutique marocaine Biopharma a signé à N’Djamena une feuille de route de coopération avec l’Institut tchadien de recherche en élevage pour le développement (IRED), dans le cadre du renforcement de la coopération maroco-tchadienne dans le domaine de la santé animale.
Article : Casablanca : la commune dément auprès de Médias24 une rumeur sur une fermeture des commerces à 23 heures à Anfa
La commune de Casablanca a démenti, auprès de Médias24, l’existence d’une décision imposant la fermeture des commerces, cafés et restaurants à 23 heures dans le ressort de la préfecture d’arrondissements de Casablanca-Anfa, après la circulation d’informations en ce sens sur certains sites et réseaux sociaux.