A l’ENCG de Tanger, pourrissement de la crise et conflits d’intérêts public-privé
EXCLUSIF. La crise perdure à l’ENCG de Tanger où les étudiants ce jeudi 27 mars ont reconduit leur mouvement de grève des cours et demandé une intervention du Roi dans le conflit qui les oppose à leurs professeurs.
Le conflit opposant les 700 étudiants de l’ENCG à un groupe d’enseignants affiliés au syndicat SNE-SUP est entré dans une phase plus tendue jeudi. L’accord signé le jeudi 20 mars dernier a été dénoncé par les étudiants pour non-respect par les enseignants des clauses de celui-ci. La grève des cours a repris et les négociations également. Les forces de l’ordre sont intervenues jeudi dernier 27 mars pour empêcher les étudiants de manifester au passage du cortège royal sur l’avenue Moulay Rachid.
La situation reste tendue à l’ENCG où les cours sont suspendus depuis le lundi 17 février dernier ce qui fait craindre une année blanche. Le conflit a débuté lorsque des étudiants ont protesté contre les notes du premier semestre et qu’ils ont pu par la suite vérifier que les copies notées l’avaient été sans être complètement consultées par les étudiants. L’accès à l’ENCG est réservé à des étudiants titulaires d’une moyenne supérieure à 14 au bac et après concours d’entrée avec numerus clausus.
Les négociations ont repris jeudi dernier après que les étudiants aient tenu une assemblée générale la veille et les langues se délient notamment sur un autre reproche formulée par les étudiants à l’encontre du corps professoral: le fait que celui-ci consacre plus de temps à des activités rémunérées dans des établissements privés ou aux formations continues et payantes sur le campus de l’ENCG.
Boycott, appel au Roi et nouvelles révélations
Dans un communiqué adressé à l’opinion publique et parvenu à Médias 24 ce jeudi 27 mars en début de soirée, les étudiants de l’ENCG de Tanger expliquent leur position, dénoncent le fait de ne pas avoir pu consulter leurs notes et leurs copies d’examen du premier trimestre comme prévu par la Charte d’honneur signée le 20 mars dernier. Ils dénoncent également le fait qu’outre l’indisponibilité des copies d’examen «sauf par un seul professeur», la notation semble avoir été faite de manière aléatoire.
En conclusion de leur conclusion les étudiants «demandent l’intervention de S.M. le Roi Mohammed VI que Dieu le glorifie (…) pour les défendre contre les abus dont ils sont victimes depuis des années».
Médias 24 a pu apprendre qu’alors que des enseignants de l’ENCG, tous affiliés au SNE-SUP, avaient proposé et obtenu l’abandon de deux masters en juillet dernier invoquant «une influence négative» sur le cycle fondamental de l’ENCGT, huit formations privées à plus de 40.000 DH par étudiant et par an étaient lancées, chacune des formations pouvant accueillir 40 personnes.
Médias 24 dispose d’une copie du rapport sur la fermeture du cycle du Master de l’ENCG de Tanger daté du 18 juillet dernier. Outre le fait que les écoles privées ESCG et EMCGI sont dirigées par des enseignants de l’ENCG comme révélé par Médias 24 la semaine passée, nous avons pu apprendre que l’école MedSup est également largement une version privée et extérieure de l’ENCG.
Cependant, malgré la décision des enseignants de supprimer les masters publics, le directeur de l’établissement décidera de les rétablir quelques semaines plus tard et d’en permettre l’accès dans le cadre de l’enseignement supérieur public dès octobre dernier. Dans un communiqué publié le 6 août, le bureau régional du SNE-SUP condamnera cette décision de la présidence de l’ENCG.
Le mélange entre les activités privées et le fait qu’une majorité importante des profs de l’ENCG soient également membres du syndicat SNE-SUPa fait réagir le syndicat unique marocain de l’enseignement supérieur.
Celui-ci, dans un communiqué en date du 22 mars dernier, a indiqué «sa solidarité de principe avec les enseignants de l’ENCGT objet d’insultes de la part de la direction de l’école». Les «insultes» sont une allusion au fait que lors d’une réunion, le président de l’ENCG de Tanger Abdallah Jabbouri aient parlé deprofs «pourris» qui portent atteinte à la réputation de l’école, allant jusqu’à menacer la direction de l’école de poursuites judiciaires.
Scission au SNE-SUP régional
Des enseignants rencontrés par Médias 24 se demandent désormais ouvertement si «l’ENCG est une école ou un gâteau?», une claire allusion au fait qu’un nombre important de profs exercent a minima à l’école mais tirent des revenus de leurs activités plus lucratives dans les formations continues et dans les écoles privées du type ESCG ou EMCGI. Cette situation a été dénoncée par le ministre Lahcen Daoudi sur Médias 24 la semaine passée refusant désormais que «les enseignants se reposent à l’ENCG et travaillent à l’extérieur».
Pour les parents d’élèves, un groupe de cinq pères et mères choisis par leurs pairs lors d’une assemblée générale tenue à Tanger le 15 mars, «si la majorité des enseignants sont de qualité, cette crise a aussi été l’occasion pour certains de demander à ce que le ménage soit fait». Parmi le groupe de parents d’élèves se trouvent au moins deux professeurs universitaires avec une expérience syndicale.
Interrogé sur le communiqué du 22 mars du SNE-SUP qui exprime «sa solidarité», un parent d’élève répond qu’«avant, le syndicat menait à la prison, aujourd’hui, il mène à la promotion».
De fait, après le communiqué du 22 mars publié par le SNE-SUP national, la section régionale connaît une scission de fait et un communiqué exprimant des vues différentes a été rendu public le 24 mars suivant.
Selon des informations recueillies par Médias 24, le ministre Lahcen Daoudi a exprimé aux parents d’élèves son intention de se rendre à Tanger «lorsque les étudiants auront repris les cours». Mais si le bras de fer continue comme c’est le cas cette semaine avec la reprise … de la grève des cours et un sit in qui a failli tourner à la manifestation sur la voie publique en marge de la visite royale ce jeudi 27 mars, M. Daoudi pourra-t-il pendant longtemps encore rester lointain observateur?
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