Profit Warning chez Maghreb Steel
En difficulté depuis début 2012, le sidérurgiste a fait appel au cabinet Mckinsey pour refondre sa stratégie de développement et publie un profit warning.
Malgré la mesure de sauvegarde adoptée il y a 3 mois par le gouvernement afin de protéger le secteur du dumping, Maghreb Steel ne semble pas être au bout de ses peines. Le sidérurgiste tombé en cessation de paiement en décembre 2012 d’une échéance de 900 millions de DH en billets de trésorerie est, depuis, sous pilotage par ses principaux créanciers (quatre banques de la place : AWB/BCP/BMCE/CDM).
Le PDG de Maghreb Steel, Fadel Sekkat, affirme à Médias 24 que la perte nette s’est aggravée à fin 2013.
Par ailleurs, Maghreb Steel a décidé de revoir toute sa stratégie industrielle. Pour ce faire, le fleuron de l’industrie lourde a fait appel au cabinet de conseil Mckinsey. Fadel Sekkat qui nous a confirmé l’information n’a pas avancé plus de détails. «Il semblerait que l’idée provient des banques créancières», suggère un analyste financier contacté par Médias 24.
Crise et démantèlement tarifaire, un mélange fatal
Courant 2012, le Roi Mohammed VI se déplace en personne à Mohammedia pour inaugurer Blad Assolb, une gigantesque plateforme sidérurgique couvrant 80 hectares et consommant autant d’électricité qu’une ville moyenne. Le projet dont la réalisation avait coûté 5,7 milliards de DH a été un facteur important dans l’endettement du groupe. Et pourtant, le management de Maghreb Steel était sûr du choix de l’investissement et du timing de démarrage de la production.
Peu de temps avant, Fadel Sekkat déclarait à un hebdomadaire de la place: «l'Europe est une importatrice nette de nos productions, et 57% de notre stock devrait désormais s'adresser à la demande du vieux continent». En réalité, le Maroc n'a jamais exporté de l'acier mais de l'acier transformé, laminé à froid.
Entre temps, le démantèlement tarifaire progressif est arrivé à son terme. L’Europe qui importait l’acier marocain [laminé à froid] a accru ses exportations vers le royaume, et à des prix très compétitifs, pendant que les cours de l’acier s’effondraient à grande vitesse.
En presque un an, le prix d’une tonne d’acier est tombé de 800 dollars (bien davantage dans le cas du laminé à froid, transformé) à 500 voire 350 dans certains cas. Pendant que tous les aciéristes écoulaient leurs stocks au rabais au grand bonheur des clients marocains, celui de Maghreb Steel s’est déprécié en valeur plongeant davantage le sidérurgiste dans sa crise.
Si elle est confirmée par les autorités, la mesure de sauvegarde qui reste provisoirement de vigueur jusqu’en juin prochain, sera reconduite pour les quatre prochaines années. Cette décision des autorités soulagera les producteurs d’acier pendant un certain temps, mais elle est décriée par leurs clients qui n’ont plus accès aux produits moins chers provenant d’Europe.
Selon le management du groupe Maghreb Steel, le dumping, la crise en Europe et enfin le démantèlement tarifaire ont empêché le projet de connaître le démarrage espéré. Selon des sources professionnelles utilisatrices d'acier et se situant en aval de la nouvelle aciérie, le produit marocain est trop cher et ne peut être que trop cher pour des raisons objectifs comme la cherté de l'énergie dans notre pays et l'absence ou la rareté de matière première (fer et ferraille).
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