Avec le braquage de Tanger, l’insécurité vire au grand banditisme
Après l’attaque d’un fourgon de transport de fonds à Tanger, la montée de l’insécurité devient préoccupante et menace désormais les ambitions économiques et sociales du Maroc. On ne peut pas faire Singapour si l’insécurité se répand dans nos villes.
Lundi 24 février, quatre individus cagoulés ont braqué un fourgon blindé près d’une agence bancaire de Tanger en blessant un convoyeur par arme à feu et un autre avec un coup de crosse.
Les braqueurs qui se sont emparés d’une somme d’un montant indéterminée mais d’au moins 3 millions de DH, ont réussi à prendre la fuite.
Cette situation pose le problème de l’apparition éventuelle du grand banditisme dans le nord du pays. Et également de la performance sécuritaire et de la montée de l’insécurité.
Lorsque les protecteurs sont eux-mêmes vulnérables
Les pouvoirs publics ont décidé de sous-traiter une partie de la sécurité. Mais ils ont omis de permettre aux sous-traitants en question de faire correctement leur travail en leur donnant les moyens légaux d’utiliser les armes.
Face au vide juridique, les entreprises de sécurité n’ont pas cessé de demander aux autorités publiques d’autoriser les convoyeurs à disposer d’armes leur permettant de se défendre en cas d’attaque. Malheureusement, la loi marocaine a contrario du reste de la planète, ne leur permet toujours pas de disposer d’armes de dissuasion.
Le ministère de l’Intérieur oppose une fin de non-recevoir à ces demandes. Pour justifier son véto, la direction générale de la Sureté nationale (DGSN) met en avant le risque de transformer les rues en champ de bataille avec des balles perdues pouvant toucher des civils en cas d’affrontement avec les braqueurs.
De tout temps, le Maroc a manifesté une grande méfiance envers l’utilisation d’armes à feu et ceci malgré la banalisation des coutelas utilisées par des agresseurs drogués aux psychotropes qui n’ont plus peur de rien. Notons que jeudi, au lever du jour, une bande de malfrats a dépouillé plusieurs passagers qui attendaient le tramway à Casablanca. Il faut souligner que les forces de police elles-mêmes ont pour consigne de n’utiliser leurs pistolets qu’en cas de force majeure.
Une réglementation dépassée
Concernant le transport de fonds, on assiste depuis 1997 à un développement considérable de cette activité par laquelle transitent quelque 5 milliards de DH par jour, selon des sources professionnelles.
Les banques et sociétés privées qui brassent beaucoup de liquidité ne sont plus en mesure d’assurer elles-mêmes leur transport car elles ne disposent ni de moyens adéquats et encore moins de savoir-faire.
Des grandes sociétés internationales, notamment Brink’s et Group4Securicor (G4S) se partagent le marché du convoyage avec 50% chacune même si Brink’s ne fait que du transport de fonds alors que la seconde exerce aussi l’activité de gardiennage, de sécurité et de surveillance.
Le transport de fonds n’est régi par aucun texte de loi spécifique mais simplement par la loi sur le transport en général. Les forces de police qui ne peuvent pas être partout à la fois doivent cependant déléguer leurs missions en permettant aux sous traitants privés d’accéder aux basiques de la sécurité. Il est patent que la plupart des entreprises de sécurité et de gardiennage souffrent d’un manque flagrant de formation, de professionnalisme et de salaires peu motivants.
A la lumière de l’actualité et malgré la légitimité de leur demande, il semble que l’attribution de port d’armes réclamé avec insistance par les convoyeurs de fourgons blindés ne soit pas pour demain.
L’insécurité engage l’avenir du Maroc
La montée de l’insécurité ambiante a de quoi laisser perplexe face à l’ambition du Maroc de faire de Casablanca un nouveau Singapour et de Tanger le 1er pôle industriel d’Afrique.
La vitrine à l’international du Royaume passe d’abord par un climat serein de sécurité qui semble faire défaut face aux agressions répétées de touristes étrangers qui sont les ambassadeurs du tourisme national.
Les malfrats qui ont attaqué le fourgon blindé de Tanger mettent à nu la montée de l’insécurité et le risque de dérive sécuritaire dans le pays.
Personne ne se fait d’illusion : si ces malfrats sont démasqués et arrêtés, cela sera uniquement en raison de l’ampleur de l’opération et de sa médiatisation. L’insécurité est en train de devenir un talon d’Achille qui menace les ambitions économiques et sociales du Maroc. La sécurité a besoin d’un traitement social, d’équipements et surtout d’un nouveau mode de gestion des équipes, de l’organisation et des méthodes de travail. La DGSN a du pain sur la planche.
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