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Turquie: Le Parlement vote la loi sur le contrôle d'internet jugée « liberticide »

Le Parlement turc a voté mercredi soir une série d'amendements très controversés renforçant le contrôle de l'Etat sur internet, malgré les violentes critiques de l'opposition qui a dénoncé un texte «liberticide» à l'heure où le gouvernement se débat dans un scandale de corruption sans précédent.  

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Le 6 février 2014 à 10h59 | Modifié 6 février 2014 à 10h59

Après quelques heures à peine d'un débat très animé, les députés du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, qui dispose de la majorité absolue, ont adopté sans surprise et sans difficulté ces nouvelles dispositions. Présentés dans le cadre d'un projet de loi fourre-tout par un élu de l'AKP, ces dispositions visent, selon leur rapporteur, à «protéger la famille, les enfants et la jeunesse ». Tout au long du débat, les députés de l'opposition ont multiplié en vain les interventions, parfois violentes, pour dénoncer la « censure » imposée par ce texte jugé « liberticide ». « A votre arrivée au pouvoir, vous parliez de renforcer la démocratie en Turquie, aujourd'hui vous tentez d'imposer le fascisme », a lancé un élu du Parti républicain du peuple (CHP) Hasan Ören, « souvenez-vous qu'Adolf Hitler a employé les mêmes méthodes lorsqu'il a pris le pouvoir en Allemagne ». « Chaque jour notre démocratie régresse, ces mesures sont purement liberticides », a renchéri un de ses collègues du Parti pour la paix et la démocratie (BDP, prokurde), Altan Tan.Entre autres mesures, ces amendements autorisent notamment l'autorité gouvernementale des télécommunications (TIB) à bloquer, sans décision de justice, un site internet dès lors qu'il contient des informations portant « atteinte à la vie privée » ou des contenus jugés « discriminatoires ou insultants ».

Ils permettent également à la même TIB de requérir auprès des fournisseurs d'accès et de conserver pendant deux ans des informations sur les sites visités par chaque internaute. Dès mercredi soir, de nombreux internautes ont réagi avec véhémence contre le nouveau texte, qui amende la loi sur internet mise en place en 2007 par le Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan. « Le régime Erdogan a asséné un nouveau coup aux libertés en Turquie », a déploré le célèbre éditorialiste Hasan Cemal.

« Etat orwellien »

Ces derniers jours, de nombreuses ONG turques et internationales, mais aussi l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis, ont multiplié les mises en garde contre le nouveau texte. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé la « cybercensure » et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) une « dérive vers l'autoritarisme sur internet » dans un pays déjà classé comme « le principal emprisonneur de journalistes au monde ». Le gouvernement turc a balayé toutes les craintes d'un revers de main. « Il n'y a pas de censure sur internet », s'est agacé lundi le vice-Premier ministre Bülent Arinç, « nous sommes bien plus libres que beaucoup d'autres pays et nous respectons la liberté de la presse ». Mais depuis plusieurs années déjà, la Turquie de M. Erdogan figure dans le peloton de tête des pays censeurs du web.

Dans un « rapport sur la transparence » publié en décembre, le géant de l'internet Google avait l'avait classée au premier rang, avec la Chine. Des milliers de sites internet ont déjà été bloqués par les autorités d'Ankara. De 2008 à 2010, la plateforme de distribution de vidéo YouTube a ainsi été interdite pour avoir diffusé des images montrant des supporteurs de football grecs se moquant des Turcs. Lors de la fronde antigouvernementale de juin 2013, M. Erdogan avait lui-même qualifié le réseau Twitter de « fauteur de troubles ». Avant même le vote de la loi, le gouvernement a donné la semaine dernière une illustration de l'application qu'il pourrait faire du nouveau texte. Le TIB a ainsi ordonné à un député de l'opposition et à plusieurs médias de retirer de leur site internet le texte d'une question au Parlement dans laquelle il mettait en cause, sur la foi d'écoutes téléphoniques, l'intervention personnelle du Premier ministre dans le rachat de médias « amis ». « C'est un nouveau pas vers la création d'un Etat orwellien », a déclaré à l'AFP Yaman Akdeniz, professeur de droit à l'université privée Bilgi d'Istanbul, « la Turquie avance vers la surveillance de masse de tous les internautes ».

(Avec AFP) 

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Le 6 février 2014 à 10h59

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