La Côte d'Ivoire veut vivre son second «miracle économique»
La Côte d'Ivoire, moins de trois années après la crise sanglante qui l'a ébranlée, connaît une croissance digne des tigres asiatiques, dont la persistance est conditionnée au maintien de la paix et de la stabilité dans le pays.
Plus 9,8% en 2012, +8,7% en 2013 et de 8 à 10% prévus pour 2014... Des chiffres repris comme une antienne par le gouvernement ivoirien pour valider sa stratégie économique. L'Etat impulse cette croissance par de conséquents investissements dans les infrastructures, portés par les bailleurs. L'autoroute Abidjan-Yamoussoukro, reliant la métropole économique à la capitale politique sur 230 kilomètres, dont les 140 premiers avaient été inaugurés en 1981, a finalement été achevée en novembre.
Plus symbolique encore, le « troisième pont » enjambant la lagune abidjanaise, ajouté à échangeurs et nouvelles voies, doit permettre de désengorger la ville, pour un gain évalué à 1% du produit intérieur brut (PIB) l'an une fois l'ouvrage achevé fin 2014, selon un diplomate. La française Bouygues, entreprise-phare de l'ancienne puissance coloniale, est le principal acteur de ce chantier monumental. « Le nouveau miracle économique, après celui des années 60 à 80, est objectivement réalisable », s'est réjoui mercredi Daniel Kablan Duncan, le Premier ministre ivoirien, lors de l'ouverture du forum Investir en Côte d'Ivoire (ICI-2014), qui se clôt vendredi et dont le but est d'attirer les investisseurs étrangers.
La Côte d'Ivoire a accompli des « progrès remarquables » depuis 2011, a reconnu Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire internationale, s'adressant aux 3.000 participants par vidéoconférence. Et « ce n'est pas seulement un effet de rattrapage » après les mauvais résultats des dernières années du régime du président Laurent Gbagbo, marquées par la crise politico-militaire de 2000-2011, dont l'épilogue sanglant de 2010-2011 a fait plus de 3.000 morts, remarque un autre diplomate qui critique pourtant la « mauvaise répartition » de la croissance, peu ressentie par les plus pauvres. Les autorités vantent l'attractivité du pays. « Créer une entreprise en 24 heures est une réalité en Côte d'Ivoire », où le tribunal de commerce d'Abidjan statue en « moins de 90 jours », assène Emmanuel Essis, directeur général du Centre de promotion des investissements. Mais l'extraordinaire potentiel agricole du pays reste à la base de sa croissance. A commencer par le cacao, dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial avec 1,45 million de tonnes en 2012-2013, soit 35% des parts de marché et 15% du PIB du pays.
La Côte d'Ivoire est également le deuxième producteur de noix de cajou (500.000 tonnes) de la planète. Tandis que des plantations d'hévéa, de coton, d'huile de palme ou de fruits (banane, ananas, mangue) jalonnent le territoire.
Corruption élevée, sécurité précaire
« Dès qu'il y a paix, le pays prend 4 points de croissance rien que dans l'agriculture », observe un économiste, qui rappelle que la Côte d'Ivoire a connu « une croissance moyenne de 8% entre 1960 et 1980 » grâce au secteur. Le pays est également un petit producteur d'hydrocarbures. Et il dispose d'un sous-sol riche, même si l'activité minière ne représente pas plus de 5% du PIB. Pourtant, à l'exception de la Banque africaine de développement (BAD), qui reviendra cette année à Abidjan après une décennie d'exil à Tunis, les gros groupes ne s'implantent pas encore en Côte d'Ivoire « pour la durée », mais seulement afin d'engranger « des résultats rapides », relève l'économiste. La faute à un haut niveau de corruption, vilipendé par les donateurs, malgré de nombreuses mesures gouvernementales censées favoriser la bonne gouvernance. La faute surtout à une sécurité encore précaire. « Si j'ai le choix entre investir au Ghana, qui vit 30 ans de stabilité, et en Côte d'Ivoire, qui sort d'une décennie de crise, où irai-je ? », questionne un diplomate.
Un bulletin de l'ONU qualifiait en janvier la situation générale de « calme », malgré « de nombreux cas de braquages, viols, meurtres et conflits inter-communautaires sur l’ensemble du pays ». « En 2011, au sortir de la crise, les investisseurs ont attendu. En 2012 et 2013, ils ont un peu investi. Là, ils s'arrêtent. Ils ne savent pas ce qui va se passer en 2015 », année de la prochaine élection présidentielle, remarque-t-il. Le président Alassane Ouattara, candidat déclaré à sa succession, multiplie les gages donnés à l'opposition afin de réconcilier le pays. Les « frères » exilés politiques sont appelés à rentrer. Les procès impliquant les pro-Gbagbo ne sont pas tenus. Mais rien n'est encore garanti. Le monde des affaires reste dans l'expectative.
(Avec AFP)
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