Les mutations démographiques, économiques, sociales, politiques et institutionnelles ont modifié la structure socioprofessionnelle marocaine. Voilà ce qui ressort d’une enquête du HCP réalisée auprès de 60.000 ménages. En somme, si dans l’ensemble les rapports entre les classes n’ont pas réellement changé, le diable est dans les détails.

68% des Marocains appartiennent à un groupe socioprofessionnel différent de celui de leurs pères. Passé à la loupe, le chiffre révèle que 78,6% des femmes ont changé de catégorie contre 63% pour les hommes, et 75% pour les citadins contre 59,2% pour les ruraux. Doit-on pour autant s’en réjouir?

L’ascenseur monte pour l’homme et descend pour la femme

Plus de 6 femmes sur 10 ont vu leur statut social dégradé, 21,4% appartiennent à la même catégorie socioprofessionnelle que celle de leurs parents, et seulement 17,9% des femmes ont réussi à améliorer leur statut. Inversement, 44% des hommes s’en tirent mieux que leurs pères, 37% restent immobiles et seulement 19% régressent. D’ailleurs, une discrimination est constatée à ce niveau: présentant des caractéristiques équivalentes et répondant aux mêmes critères, un homme a 7,1 fois plus de chances qu’une femme d’occuper une position sociale supérieure à celle de son père.

Géographiquement, en ville, la progression est supérieure à la moitié, tandis que dans le monde rural l’échec est légion ; 44,4% vivent moins bien que leurs parents, contre moins de 15% qui améliorent leur statut.

Le moroccan dream ? Tu peux rêver !

D’après les données de l’enquête, la société marocaine est très peu fluide. En ce sens que malgré que la forte mobilité entre les catégories, les déplacements des individus sur l’échelle sociale se réalisent entre les catégories socioprofessionnelles les plus proches. Seulement 1,9% des descendants d’ouvriers accèdent à la catégorie des employeurs non agricoles, cadres supérieurs ou membres de professions libérales. De même, la mutation inverse reste faible. La probabilité de migrer de la classe socioprofessionnelle supérieure à celle d’ouvrier ou manœuvre est de 2,1%.

L’éducation : catalyseur de l’ascension sociale

Dans le processus de mobilité ascendante, l’enquête révèle qu’un individu de niveau scolaire fondamental a 160% plus de chances que son homologue non scolarisé d’évoluer dans la pyramide sociale. Au niveau secondaire, les chances augmentent à 4,6 fois. Finalement, les diplômés des cycles supérieurs ont 16,2 fois plus de chances de réaliser une mobilité sociale ascendante. Linéairement, chaque année de scolarité améliore les chances d’ascension sociale de 13,7%.

A moindre mesure, et concernant l’expérience professionnelle, une année d’ancienneté améliore de 12% les chances d’une mobilité sociale ascendante.

Le haut commissaire au plan, Ahmed Lahlimi Alami livre une lecture succincte des résultats de l’enquête. Au micro de Médias 24, il explique les raisons qui ont conduit à ces mutations: «Le Maroc a donné (peut être pour de bonnes raisons) beaucoup d’importance à la croissance économique et à la transformation des structures économiques, et a accordé peu d’importance à la transformation des structures sociales et surtout accumulé un grand retard dans la transformation des valeurs d’égalité des chances entre l’homme et la femme.» Sans doute!