Agriculture : L’Etat mise sur la micro-irrigation
Pour atteindre ses objectifs de productivité agricole, l’Etat doit résoudre la problématique de l’eau. Un programme national dédié a été mis en place pour augmenter les superficies irriguées, améliorer les techniques d’irrigation et mieux gérer les ressources hydriques.
Le secteur agricole est de loin le plus gourmand en eau. Mais les ressources hydriques disponibles au Maroc demeurent très limitées. Outre les faibles précipitations annuelles et les grandes périodes de sécheresse qui soumettent les agriculteurs aux aléas climatiques, l’eau des barrages ne couvre pas tous les besoins hydriques tandis que les réserves souterraines sont surexploitées.
Aussi, le taux d’équipement en systèmes d’irrigation est encore faible. A l’heure actuelle, seulement 15% des surfaces cultivées en sont équipées. Et pour cause : la grande majorité des agriculteurs utilisent toujours des techniques traditionnelles d’irrigation et manquent souvent d’expertise en technique agricole.
Pour l’Etat, il est essentiel de miser sur l’irrigation : dans le cadre du Plan Maroc Vert, le ministère de l’Agriculture a initié un programme national de l’économie de l’eau d’irrigation (PNEEI) qui prévoit entre autres d’améliorer ce taux d’équipement.
Augmenter les superficies irriguées
Sur les 8,8 millions d’hectares de surface agricole utile que compte le Maroc, seulement 1.020.000 hectares ont été équipés par l’Etat en systèmes d’irrigation. En 1967, les surfaces équipées s’estimaient à 137.000 hectares. Avec le Plan Maroc Vert, l’Etat passe à la vitesse supérieure.
D’après les derniers chiffres du ministère, le programme national d’économie de l’eau d’irrigation (PNEEI) prévoit d’équiper sur 10 ans 550.000 hectares en systèmes d’irrigation adaptés.L’Etat alloue à ce programme un budget de 37 milliards de DH. A l’heure actuelle, 270.000 hectares ont déjà été équipés (dont la moitié en 2008). 50.000 ha supplémentaires le seront en 2014. L’objectif final est réalisable à l’horizon 2020, même si le taux d’équipement demeure faible.
L’Etat prévoit également de transformer 1 million d’hectares de surfaces céréalières en cultures à forte valeur ajoutée. En ce sens, les programmes en cours couvrent 450.000 hectares, soit 45% de l’objectif fixé par les pouvoirs publics.
Ceux-ci sont également sensibles à un phénomène qui affecte les superficies exploitées : l’objectif fixé sur les vingt prochaines années est de récupérer 28.000 hectares de terres agricoles utilisées pour l’immobilier. Mais il ne suffit pas seulement d’augmenter les surfaces irriguées : encore faut-il y appliquer les techniques adaptées.
Améliorer les techniques d’irrigation
A l’exception des grandes exploitations agricoles exportatrices, la plupart des agriculteurs utilisent encore des techniques traditionnelles pour pallier le manque d’eau. C’est essentiellement l’irrigation gravitaire ou irrigation de surface qui domine. Cette technique se base sur l’écoulement de l’eau selon la pente naturelle du sol et la construction de petites rigoles. Certes, elle est peu coûteuse et ne nécessite aucun apport énergétique extérieur, mais elle gaspille de grandes quantités d’eau et ne permet pas d’évaluer les besoins hydriques avec précision.
L’irrigation de surface représente 78% des techniques utilisées par les agriculteurs marocains. Les autres ont recours à l’irrigation par aspersion (9%), qui consiste à reproduire la pluie naturelle mais qui coûte beaucoup trop cher, et enfin l’irrigation localisée (12%) ou micro-irrigation (technique du goutte-à-goutte) qui demeure la solution la plus économe.
Le PNEEI s’est fixé comme objectif de moderniser les techniques d’irrigation. Idéalement, l’Etat souhaite que l’irrigation gravitaire soit réduite à 49%, l’irrigation par aspersion à 3% et l’irrigation localisée augmentée à 48%. Pour ce faire, il faut encore maîtriser les ressources disponibles.
Mieux gérer les ressources hydriques
L’eau des barrages ne couvre pas la totalité des besoins hydriques agricoles. Selon les derniers chiffres du ministère, les dix dernières années ont enregistré un déficit de 42% en couverture des surfaces irrigables par les barrages.
Le PNEEI prévoit notamment de mobiliser un milliard de m3 pour irriguer 155.000 hectares situés autour des barrages, dont 121.000 hectares pour la grande irrigation et 36.000 hectares pour la petite et moyenne irrigation.
Plus généralement, l’Etat s’est fixé pour objectif de doubler la valeur ajoutée par m3 (2,60 DH à 5,60 DH) et surtout d’économiser l’eau de 20 à 50% pour augmenter les rendements agricoles de 10 à 100%. A court et moyen terme, l’Etat prévoit également d’économiser et valoriser 1,4 milliard de m3 par an.
A long terme, l’objectif est d’augmenter les revenus des agriculteurs (Pilier II du PMV) et d’augmenter la production nationale ainsi que les exportations agricoles. Mais l’Etat l’avoue : il ne peut pas tout faire tout seul. Un programme aussi ambitieux n’est pas réalisable sans un réel partenariat entre les secteurs privé et public. Dans ce cadre, quatre projets sont prévus, qui couvrent 3.200 hectares dans le littoral atlantique, 33.800 hectares dans l’Oriental, 13.000 hectares dans la région de Chtouka Aït Baha (irrigation à partir de l’eau de mer) et enfin, 21.000 hectares près du barrage de Dar Khrofa.
À découvrir
à lire aussi
Article : PHIASUD : après vingt ans de bras de fer avec les Slimani, l'Omnium marocain de pêche quitte la gouvernance
Quelques mois après la sortie de la famille Slimani, PHIASUD change de gouvernance. L'Omnium marocain de pêche abandonne ses fonctions de direction au profit d'une nouvelle équipe. Un mouvement qui dépasse la seule PHIASUD et touche également d'autres sociétés du groupe.
Article : Bourse de Casablanca : qui a profité de la baisse, qui a vendu ?
Après trois années de hausse, la Bourse de Casablanca a brusquement marqué le pas. La correction de près de 9% du premier trimestre n’a pourtant pas provoqué le mouvement de fuite que l’on pouvait imaginer : les chiffres de l’AMMC montrent un marché encore actif, mais plus prudent, où les investisseurs n’ont pas tous joué la même partition. Explications.
Article : Mondial 2026 : Hervé Renard quitte déjà la Tunisie
Arrivé en urgence après la déroute contre la Suède et le limogeage de Sabri Lamouchi, le technicien français n’aura dirigé que deux matches, soldés par deux défaites face au Japon et aux Pays-Bas, avant l’élimination des Aigles de Carthage dès la phase de groupes.
Article : Automobile : Madrid voit le Maroc comme un partenaire, mais veut protéger ses usines
Dans une réponse parlementaire, l’exécutif espagnol refuse de voir l’essor industriel marocain comme une menace systémique, mais conditionne la coopération avec Rabat à la défense de l’emploi, à la réindustrialisation de la filière et au maintien de règles de concurrence équilibrées.
Article : Feux de forêt : en pleine vague de chaleur, Lisbonne demande l’appui du Maroc
Deux Canadair marocains ont été sollicités dans le cadre de la coopération bilatérale de protection civile, aux côtés de renforts espagnols et européens, alors que le Portugal continental est placé en état d’alerte face à des températures supérieures à 40°C, des vents soutenus et une humidité très faible.
Article : Cloud et intelligence artificielle : malgré la promesse d’optimisation, la facture numérique des entreprises s’alourdit
Le cloud et l’intelligence artificielle ont longtemps été présentés comme des leviers pour réduire les coûts et booster la productivité des entreprises. Pourtant, derrière cette transition numérique se cache une réalité peu visible : une augmentation constante des dépenses liées aux logiciels. En Europe, cette tendance devient un véritable enjeu économique. Au Maroc, où l’adoption de l’IA s’accélère, ce sont surtout les très petites et moyennes entreprises (TPME) qui risquent de ressentir en premier les effets de cette flambée des coûts.