Etats-Unis: défaut écarté in extremis, Obama prépare la prochaine bataille budgétaire
Barack Obama a signé jeudi matin la loi votée in extremis par le Congrès américain qui écarte le défaut de paiement en relevant le plafond de la dette des Etats-Unis et qui met fin à la plus grave crise politique jusqu’à présent du second mandat du président américain.
Il a signé le texte après que le Congrès a relevé mercredi soir le plafond de la dette du pays jusqu’au 7 février.
Dans une intervention à la Maison Blanche, il avait déclaré plus tôt que les élus auraient à regagner la «confiance» des Américains après deux semaines d’affrontements politiques, et a dit souhaiter cesser de gouverner «de crise en crise».
Le Sénat américain puis la Chambre des représentants ont adopté successivement dans la soirée à de larges majorités un texte de compromis dévoilé quelques heures plus tôt, après d’intenses tractations et des semaines de péripéties parlementaires.
Selon les termes du compromis, le Trésor est autorisé à emprunter jusqu’au 7 février, et l’Etat fédéral est financé jusqu’au 15 janvier.
L’ensemble des fonctionnaires fédéraux au chômage technique depuis 16 jours d’impasse budgétaire ont été rappelés au travail dès jeudi matin. Ils seront tous payés rétroactivement.
Mais ce compromis reste provisoire, ne donnant que quelques mois aux deux camps pour réconcilier leurs positions budgétaires. Une commission bicamérale doit être convoquée et élaborer d’ici au 13 décembre les contours d’un budget pour le reste de l’année 2014, une invitation au compromis dont se sont montrés jusqu’à présent incapables les élus du Congrès, divisés entre démocrates et républicains.
Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, a souligné mercredi le caractère temporaire de l’accord, et a déclaré dans un communiqué qu’il était «essentiel de réduire l’incertitude entourant la conduite de la politique budgétaire en relevant le plafond de la dette d’une manière plus durable».
Les principales Bourses mondiales - qui n’ont jamais cru ces derniers jours à un scénario catastrophe et à un défaut de paiement américain, faisaient peu de cas de l’annonce d’un accord largement anticipé, les investisseurs se tournant désormais prudemment vers les résultats d’entreprises et les indicateurs macro-économiques jusqu’ici négligés.
Vers 11H45 (09H45 GMT), la Bourse de Londres cédait 0,30%, celle de Paris 0,73% et celle de Francfort 0,68%.
Auparavant en Asie, Tokyo avait fini en hausse de 0,83%, tandis que Hong Kong et Shanghai ont cédé respectivement 0,57% et 0,21%. Séoul a gagné 0,29%, Sydney 0,38%.
Sur le marché des changes en revanche, l’euro montait fortement face au dollar. Vers 10H00 GMT, il valait 1,3622 dollar contre 1,3530 dollar mercredi à 21H00 GMT.
Sur le marché obligataire, le taux à 10 ans des Etats-Unis était en recul, à 2,6213% contre 2,663% la veille, signe de l’intérêt des investisseurs.
La Chine, dont les immenses réserves de devises sont majoritairement en dollars, a «salué les avancées aux Etats-Unis» estimant que «la résolution appropriée de ce problème profite non seulement aux propres intérêts (des Etats-Unis) mais également à la stabilité et au développement de l’économie mondiale».
Le dénouement n’a en revanche pas dissuadé l’agence de notation financière chinoise Dagong d’abaisser d’un cran la note de la dette souveraine des Etats-Unis, de A à A-, assortie d’une perspective négative. «La situation de base qui voit le gonflement de sa dette dépasser la croissance de ses revenus reste inchangée», a observé l’agence chinoise.
La Réserve fédérale (Fed) a indiqué mercredi que l’économie du pays avait poursuivi son expansion de façon «modeste à modérée» pendant le mois de septembre et début octobre.
Mais la paralysie des administrations fédérales aura eu un impact sur l’économie. Selon l’agence Standard and Poor’s, la paralysie coûtera 0,6 point de pourcentage à la croissance économique américaine au quatrième trimestre, l’équivalent de 24 milliards de dollars de richesse produite en moins.
Parti républicain battu
L’issue marque un revers cinglant pour le camp républicain et son chef, le président de la Chambre John Boehner, qui a exigé pendant des semaines des concessions de l’exécutif, en particulier sur les dépenses sociales, avant tout vote budgétaire, avant de capituler mercredi.
«Nous nous sommes battus pour la bonne cause, mais nous n’avons pas gagné», a déclaré M. Boehner à l’antenne de la radio WLW de son fief de l’Ohio (nord).
Il a promis de continuer à lutter contre «la catastrophe que représente la loi sur la réforme de la santé» promulguée par M. Obama en 2010 et dont un volet central a commencé à s’appliquer début octobre.
La bataille laissera des traces au sein du parti républicain, dont la cote de popularité a atteint un niveau historiquement bas cet automne.
«J’ai dit depuis le départ que je savais comment ça se terminerait», déclarait consterné mercredi le sénateur républicain John McCain, très critique face à la stratégie d’intransigeance adoptée par ses collègues de la Chambre.
La mouvance ultra-conservatrice du Tea Party, dont les élus sont accusés d’avoir provoqué l’impasse, n’a jamais été aussi impopulaire.
(Par AFP)
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