Réchauffement climatique : ce que risque le Maroc
Le rapport 2013 des experts du Giec sur le changement climatique dresse un tableau encore plus accablant que le précédent rapport établi en 2007. L’agriculture et les zones côtières exposées à l’élévation du niveau de la mer sont très vulnérables.
Le constat des experts du Giec (Groupe d’experts environnemental sur l’évolution du climat) est sans appel. Pour le Maroc, les conséquences du réchauffement climatique, notamment sur l’agriculture et sur l’élévation du niveau de la mer, sont alarmantes.
Les réalités du changement climatique au Maroc
Les observations sur une longue période (depuis 1960) montrent plusieurs changements :
-Des pluies plus erratiques avec une nette régression des quantités de pluie recueillies annuellement et de longues périodes de sécheresse alternant avec de fortes précipitations intempestives avec des inondations dévastatrices. Selon les études réalisées sur ce sujet, la fréquence de la sécheresse a ainsi augmenté d'un événement tous les 10 ans au début du XXe siècle à 5 ou 6 événements tous les 10 ans au début du XXIe siècle ;
-Un réchauffement compris entre 1 et 1,4°, avec une accentuation des vagues de chaleur au détriment des vagues de froid.
Dans les années à venir, la pluviométrie devrait continuer à diminuer. La baisse pourrait atteindre 20% à l’horizon 2050 et 30% à l’horizon 2080. Quant aux températures moyennes, elles pourraient augmenter d’environ 2° à l’horizon 2050 et 3° à l’horizon 2100. Le niveau des océans devrait s’élever de 60 cm à 1 mètre d’ici 2100, avec une élévation de la température et une salinisation accrue de l’eau de mer.
Des conséquences sanitaires et sociales prévisibles
Les secteurs les plus exposés au réchauffement climatique sont :
-L’eau : Les apports naturels en eau ont diminué de 20% sur les 30 dernières années et le capital-eau par habitant et par an va continuer de diminuer. L’enjeu est donc d’assurer une gestion durable de cette ressource vitale, alors que « le pays est déjà en situation de stress hydrique, du fait de la diminution du potentiel mobilisable depuis 30 ans » selon Abdellatif Khattabi, professeur à l’Ecole nationale forestière d’ingénieurs.
-L’agriculture : secteur économique le plus consommateur d’eau (89% des ressources), c’est le secteur le plus vulnérable face à la raréfaction de la ressource. Selon Abdellatif Khattabi « le changement climatique affecterait aussi bien la production que la productivité agricole, et plus particulièrement l’agriculture vivrière qui se pratique sur des terrains plus ou moins marginaux et qui est fort dépendante des précipitations ».
-La sécurité alimentaire et paix sociale : selon le Professeur Khattabi, « le changement climatique aura également un impact sur la production et la sécurité alimentaires, puisqu’il affecte la disponibilité des ressources hydriques et de terres aptes à la production agricole. L’insécurité alimentaire ainsi accentuée, entrainerait des flux migratoires internes et externes qui pourraient être une menace pour la stabilité sociale ».
-Les forêts : les changements climatiques, associés aux pressions anthropiques, ont causé des mortalités massives d’arbres sur pied, et une absence totale de jeunes semis dans certains massifs forestiers marocains. Ils pourraient aboutir à une désertification progressive du pays.
-Le littoral et la pêche : l’avantage que tire le Maroc de sa position privilégiée du fait de son littoral de 3.500 km, peut devenir un handicap du fait des risques de l’élévation du niveau de la mer. Ces risques sur les espaces côtiers comprennent la submersion des côtes basses, l’érosion côtière et la salinisation des estuaires et des aquifères côtiers. Ils sont d’autant plus prégnants que le littoral concentre une grande partie des infrastructures et des activités économiques du pays ainsi que les plus fortes densités de population. Selon le professeur Khattabi « la biodiversité marine et côtière ainsi que les activités économiques qui en dépendent, par exemple la pêche et l’aquaculture, seront aussi susceptibles d’être affectées négativement par le réchauffement des eaux et par leur acidification. ». Les villes les plus vulnérables sont Tanger, Casablanca, Mohammedia et Agadir.
-La santé : avec un risque de réactivation des foyers de maladies telles que le paludisme, la bilharziose, la typhoïde et le choléra.
Quelles décisions pour limiter l’impact du réchauffement ?
Le Maroc a ratifié les accords de Kyoto en 2002. En 2009, le pays s’est doté d’un Plan national contre le réchauffement climatique (http://www.ccmaroc.ma/maroc/pnrc.pdf).
Le pays a élaboré une nouvelle stratégie énergétique qui comprend notamment le développement des énergies renouvelables pour atteindre 42% de la puissance totale installée d’ici 2020, la promotion de l’efficacité énergétique pour réaliser des économies de l’ordre de 20% en 2030, etc. Il a mis en place une nouvelle stratégie de développement des ressources en eau fondée notamment sur une meilleure gestion de l’offre et de la demande, la protection des ressources en eau, la lutte contre les inondations et les effets de la sécheresse.
Le Programme national d'économie d'eau en irrigation intégré au Plan Maroc Vert participe à cet effort de gestion des ressources en eau. Il s’est également doté de stratégie de gestion des déchets, des écosystèmes naturels, marins, etc.
Selon Abdellatif Khattabi, « actuellement le Maroc fournit des efforts louables en matière d’adaptation au changement climatique et aussi en matière d’atténuation volontaire. Cependant, une meilleure intégration de la dimension de moyen-long terme des changements climatiques dans les politiques est souhaitable ».
Malgré toutes ces stratégies, le Maroc reste tributaire des décisions internationales sur lesquels son influence est bien mince. D’autant plus que certains pays, comme les Etats-Unis pourtant responsables d’environ 30% des émissions de gaz à effet de serre, n’ont toujours pas ratifié le protocole de Kyoto.
Pour plus d’information sur cette question, consultez le site dédié aux changements climatiques : http://www.ccmaroc.ma/index.html
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