Les écoles de Cheikh Maghraoui ont bien été fermées
Le ministère des Habous a réussi à apposer les scellés sur les écoles coraniques de l'association de Cheikh Maghraoui à Marrakech. Les partisans de ce dernier vivent cet épilogue comme une trahison de la part du PJD, qu'ils avaient soutenu aux élections.
Cheikh Maghraoui et les salafistes qui se sont regroupés autour de lui auront tout essayé : la mobilisation populaire, l’occupation des lieux, la surenchère religieuse, les accusations d’impiété, les imprécations, la réaffirmation bruyante de leur soutien à Amir Al mouminine, l’invocation de la nouvelle constitution, la menace de voir leur propre sang couler : rien n’y a fait. L’ultimatum que leur a donné le ministère des Habous pour fermer leurs écoles coraniques a expiré le 28 juin. Le lundi 1er juillet, les écoles ont été fermées par la force publique (vidéo) qui y ont apposé les scellés.
Le ministère des Habous et des Affaires islamiques, d’habitude peu disert, a publié un communiqué expliquant les fondements légaux de sa décision de fermer les écoles du réseau Maghraoui.
Le ministère rappelle en effet que «tout enseignement destiné au public et portant sur la religion, tant en ce qui concerne l'apprentissage du Coran que l'enseignement des disciplines théologiques, est régi par la loi relative à l'enseignement traditionnel (atta’lim alatik), abstraction faite de la partie qui en prend la charge ou du lieu où ils sont dispensés».
Les gérants de ces écoles «ont refusé de régulariser leur situation auprès des autorités supervisant l'enseignement originel dans les délais prescrits» et «n'ont pas accepté que ces lieux soient soumis, conformément à la loi, à la tutelle de l'autorité en charge de l'enseignement originel et ce, malgré les mises en demeure répétées qu'ils ont reçues depuis l'expiration des délais fixés par l'article 25 de la loi n°13-01 relatif à l'enseignement traditionnel».
Le ministère souligne qu'«au Maroc on ne saurait laisser enseigner le saint Coran sans règles fondatrices, ni méthodes et programmes éducatifs officiels dans le cadre de la loi». C'est ainsi que «toute personne physique ou morale désireuse d'enseigner le Saint Coran à des mineurs ou à des adultes se doit de fonder une école coranique après l'obtention d'une autorisation qui confère légalité à son activité et lui donne droit à bénéficier du soutien prévu par la loi, tout en la soumettant au contrôle éducatif en vigueur».
Le ministère a publié aujourd’hui une liste de 28 points supplémentaires (mosquées par exemple) qui ouvriront désormais leurs portes à l’enseignement du coran dans la ville de Marrakech.
Les salafistes du mouvement de Cheikh Maghraoui ont vécu la fermeture comme une défaite (ici et ici) et ont accepté de quitter les lieux dans le calme. La situation embarrasse clairement le PJD dont le quotidien Attajdid a plusieurs fois opposé ses colonnes aux partisans de Maghraoui, qui leur avait apporté son soutien au moment de la campagne électorale. Cheikh Maghraoui a fait partie des soutiens de Abdelilah Benkirane et ne l'a pas oublié, comme le montre cette photo de ftour collectif (photo sur la home page) qu'il a affichée sur sa page FB. Cheikh Maghraoui est le premier à droite du chef du gouvernement.
La réponse de l’association, signée de la main de Cheikh Maghraoui, adopte un lexique moderne, avec des références à la constitution, à la société civile et à la liberté. Selon lui, aucune association, même si elle ouvre des écoles, n’a de compte à rendre, a fortiori lorsqu’il s’agit d’enseigner le coran.
Le ministère des Habous, qui entend faire respecter le monopole du champ religieux exercé par le Roi, en tant que Amir Al Mouminine, ainsi que l’unité de rite qui en découle, a réussi à bien marquer les lignes rouges.
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