Economie sociale : pour en finir avec la crise
Le secteur de l'économie sociale et solidaire s'est renforcé par le lancement de sa stratégie nationale 2010-2020. Néanmoins, plusieurs facteurs entravent son développement : l'insuffisance et l'irrégularité des ressources financières et la difficulté d'accès au système de financement classique.
A l’occasion du colloque national sur l’économie sociale tenu mercredi 26 juin à Rabat, Médias 24 a posé 3 questions à Philippe Chesneau, conseiller régional de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et délégué au développement de l’économie responsable. Il nous livre son analyse.
Compte tenu de l’importance de la taille des entreprises dans l’économie en raison de la réalisation des marges, peut-on envisager des structures gérées en coopérative pour atteindre la dimension des sociétés multinationales ?
Oui c’est possible, et je prends comme exemple l’entreprise française «Chèque Déjeuners» qui avait pour activité la production de chèques restaurant. Aujourd’hui, elle est devenue une entreprise multinationale qui a grandi dans les règles du marché -qui sont à mon avis incontournables- mais tout en gardant les valeurs de solidarité, de démocratie et d’intérêt général.
Aujourd’hui, on ne parle pas beaucoup des coopératives, et on pense qu’il n’y a que les grands groupes capitalistes qui réussissent, mais les groupes d’économie sociale peuvent marcher. Je pense notamment à un autre exemple, celui du pays basque : une entreprise qui travaillait sur les chaudières est devenue une entreprise internationale employant 80.000 salariés de par le monde. Cela montre que, même sous un statut coopératif, on peut énormément grandir.
Dans cette configuration, on pourrait penser que les sociétés sont lésées, particulièrement en ce qui concerne les différentes exonérations dont les coopératives et les associations bénéficient…
Un marché régulé doit être bâti sur les bonnes règles car, si c’est une économie planifiée, comme celle qui existait dans les anciens pays de l’est, ça ne marchera pas ! L’émulation et la concurrence sont nécessaires, tout en ayant un cadre légal qui protège les petites entreprises. Mais, en parlant d’avantages fiscaux, il n’y a pas de grande différence. Les différences qui peuvent exister font partie des aides publiques ; si l’association est utile pour la communauté ou la société, il est normal que cette dernière donne quelque chose en échange. Ça peut aller des subventions, aux prêts sans intérêts ou aux avantages fiscaux. Mais le plus important dans cet échange est d’arriver à mesurer l’utilité sociale de l’entreprise. Dans ce sens, une étude menée en France a montré qu’1 euro investi dans l’économie sociale en rapporte 3.
Dans le contexte économique actuel marqué par la récession et la crise de l’emploi, quelle réponse l’économie sociale apporte-t-elle?
C’est vrai que de nombreuses sociétés font faillite actuellement en France, et je crois que c’est la même chose au Maroc. La question qu’il faut se poser est de savoir si l’activité de la société est encore viable ou pas. Parfois, la faillite n’est pas inhérente à l’activité, elle peut intervenir suite au départ en retraite du chef d’entreprise, par exemple.
Il y a aussi la contrainte des investisseurs qui demandent un dividende autour de 15%. Par contre, dans les coopératives, les salariés ne demandent qu’à vivre de leur travail. D’ailleurs, dans la loi française, il est prévu que quand une entreprise cesse son activité, le tribunal de commerce propose systématiquement la reconversion en statuts coopératifs. Si cela n’est pas possible, ce sont les salariés qui reprennent l’activité. Il existe une troisième piste qui est la reconversion provisoire en coopérative, ce statut mixte ou hybride existe dans le cas où les personnes qui reprennent l’entreprise n’ont pas assez de ressources pour racheter le capital de la société. La loi leur donne un délai de 3 à 5 ans pour réunir la somme, avant de devenir une coopérative.
Il s’agit là d’une des nombreuses solutions qu’apporte l’économie sociale face à la crise.
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