Analyse du discours officiel
Suite à l’annonce du gel de 15 milliards de dépenses d’investissement, plusieurs membres du gouvernement sont montés au créneau pour tenter de le justifier. Un décryptage des raisons avancées est donc nécessaire pour éclairer le débat.
S’il est vrai que la réduction des dépenses d’investissement, toutes choses égales par ailleurs, réduit de fait mécaniquement les dépenses totales et donc le montant du déficit à financer, cette analyse « à la hussarde » est bien réductrice.
Réduire des dépenses d’investissement maintient le déficit public à un niveau finançable
L’impact sur l’économie n’est pas le même selon que le déficit sert à financer des dépenses courantes – c’est-à-dire le fonctionnement de l’Etat – ou des dépenses d’investissement, qui sont moteur de croissance. Selon les modèles de croissance endogène récents, ce sont les dépenses publiques d’investissement en infrastructure qui ont un impact positif sur la croissance en stimulant la productivité du secteur privé. Ce gel, qui représente tout de même un quart des dépenses prévues, ne risque-t-il donc pas d’hypothéquer la croissance des années à venir en retardant des investissements nécessaires ? Si la situation économique exige que l’Etat se serre la ceinture, ne serait-il pas préférable que l’effort porte aussi, pour ne pas dire surtout, sur les dépenses de fonctionnement ?
Un gel pour consacrer les principes de bonne gestion des finances publiques
Selon la formule d’Emile de Girardin, « gouverner c’est prévoir » et a fortiori dans le domaine des finances publiques. Les budgets publics annuels, et particulièrement les budgets d’investissement, s’inscrivent dans le cadre de programmes pluriannuels de moyen terme (plus connus dans le jargon des économistes sous le nom de CDMT, cadre de dépenses à moyen terme). Ces programmes reposent sur des stratégies sectorielles déterminant des objectifs à atteindre à moyen terme et les efforts à fournir annuellement, en matière d’investissement notamment, pour y parvenir. Venir nous dire tout juste trois mois après le commencement de l’exécution du budget que le gel d’un quart des investissements annuels prévus est une mesure de bonne gestion des finances publiques est une pilule difficile à avaler. Dès lors, de deux choses l’une, soit les budgets annuels d’investissement ne sont pas liés aux stratégies sectorielles de moyen terme – et dans ce cas le capitaine du navire n’a pas de cap précis, mais navigue à vue – soit les stratégies définies sont trop ambitieuses au regard de la capacité d’investissement du pays. Dans ce second cas, il convient de les redéfinir. Mais cela doit se faire dans le cadre concerté de la loi de finance et non dans un décret d’application, quand bien même ladite loi permet le gel des investissements par décret. Il en va de la bonne gestion des finances publiques.
Surseoir à l’exécution des dépenses pour en améliorer la programmation
Le gel des 15 milliards d’investissement serait indolore dans la mesure où il serait de toute façon inférieur aux crédits reportés de l’exercice fiscal 2012 (qui s’élèveraient à 21 milliards). En réduisant ainsi les investissements on en fluidifierait l’exécution, tout en améliorant la programmation. La problématique liée à la programmation a déjà été développée dans le point précédent. Quant à la fluidification de l’exécution des dépenses elle est davantage liée aux procédures régissant le circuit de la dépense qu’au montant de cette dépense. Et l’argument est d’autant moins pertinent pour l’exercice fiscal en cours que, selon le bulletin mensuel de statistiques des finances publiques publié par le Ministère des Finances, le taux d’engagement des dépenses d’investissement était de 18% à la fin février, avec un taux d’émission sur engagement de 95%. Ce qui après 2 mois seulement d’exercice budgétaire est honorable.
Mais au-delà des aspects économiques, la vraie question posée par cette décision est la suivante : peut-on aujourd’hui en démocratie légiférer par décret pour une question aussi importante qu’une réduction de 25% des dépenses d’investissement ? N’est-ce pas pour reprendre l’expression d’un humoriste célèbre « la porte ouverte à toutes les fenêtres » ?
à lire aussi
Article : EXCLUSIF : les grands chantiers d'Amine Benabdallah à la tête de la Cour constitutionnelle
Récemment nommé par le Roi Mohammed VI à la présidence de la Cour constitutionnelle, Mohamed Amine Benabdallah, éminent universitaire et spécialiste du droit public, livre à Médias24 sa première grande interview dans ses nouvelles fonctions. Contrôle de constitutionnalité, exception d'inconstitutionnalité, intelligence artificielle, démocratie, élections et grands défis institutionnels du Royaume : le nouveau président revient sur toutes les missions de cette institution-clé et partage sa vision de l'évolution constitutionnelle du Maroc. Entretien exclusif.
Article : Le Roi Mohammed VI décore Nawal Sfendla du Wissam Al Moukafaa Al Watania de l’ordre d’Officier
Le Souverain a reçu, lundi au palais royal de Rabat et a décoré Mme Nawal Sfendla du Wissam Al Moukafaa Al Watania de l’ordre d’Officier.
Article : Retraites : la CIMR examinée le 15 juin, mais la réforme attendra sans doute un autre gouvernement
Après la CNSS, la CMR et le RCAR, la commission technique arrive au bout du diagnostic des régimes. Mais entre le calendrier électoral, les désaccords avec les syndicats et les arbitrages encore flous, le chantier ouvert depuis 2003 semble une nouvelle fois rattrapé par le temps politique. Round up.
Article : Mondial 2026 : beIN Sports promet plus de 17 heures de direct par jour
Le diffuseur proposera en direct les 104 matchs de la compétition dans la région MENA, dont le Maroc, du 11 juin au 19 juillet. Six chaînes MAX, une couverture en arabe, français et anglais, ainsi que 18 reporters déployés en Amérique du Nord doivent accompagner cette édition élargie à 48 équipes.
Article : CMT : Tighza, la mine presque centenaire qui vaut encore de l’or
Depuis le début de 2026, l’action de la Compagnie minière de Touissit a presque triplé, portée par la bonne tenue du plomb, du zinc et de l’argent. À Mrirt, le site de Tighza continue d’extraire, d’explorer et de s’étendre, avec 357.470 tonnes de minerai produites en 2025 et un cinquième puits appelé à renforcer les volumes. CMT regarde désormais au-delà de son actif historique, avec des projets dans le cuivre, le graphite et l’antimoine.
Article : L'image comme arme : coordination visuelle et mèmes dans la guerre narrative autour de l'OTAN (4/4)
Ce quatrième et dernier volet de la série consacrée à 62 jours de surveillance du débat anglophone sur Twitter/X autour de l'OTAN et de la crise iranienne est consacré à l'analyse de l'image. Le diagnostic textuel est incomplet, les narratifs les plus actifs visuellement sont invisibles aux outils standards. Ce que les trois volets précédents ont cartographié dans le texte, ce volet le cartographie dans l'image.