Malgré une rentrée scolaire atypique, les grandes librairies s'en sont bien sorties

Les grandes librairies ont tiré leur épingle du jeu pour cette rentrée scolaire particulière, en écoulant leurs stocks de fournitures bien avant la décision de fermeture de plusieurs écoles et le basculement vers l'enseignement à distance. Les petits points de vente des quartiers populaires sont bien moins lotis.

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Malgré une rentrée scolaire atypique, les grandes librairies s'en sont bien sorties

Le 10 septembre 2020 à 19:59

Modifié le 11 septembre 2020 à 08:14

Malgré un impact certain sur les petites structures, le secteur des librairies scolaires a plutôt bien résisté, selon Hassan El Kamoun, président de l’association des libraires indépendants du Maroc, qui nous explique que la crise aurait été beaucoup plus grave si le calendrier d’équipement des parents avait été différent.

En effet, El Kamoun déclare que l'impact a été très différent selon l’emplacement et la taille des points de vente qui sont au nombre total de 1.200 dont seulement 86 ayant un cahier des charges homologué par le ministère de l'Education nationale. 

Les grandes librairies de centre-ville ont bien résisté

« Ma librairie du centre-ville d'El Jadida s'en est plutôt bien tirée avec une rentrée scolaire qui a bien démarré.

"J'ai, en effet, réalisé 75% de mon chiffre d’affaires habituel par rapport à l'année dernière. C'est moins qu'avant mais par ces temps de crise et de manque de visibilité, c'est très honorable.

« S'il n'en est pas de même chez mes confrères qui ont des petites structures dans les quartiers périphériques, toutes les autres grandes librairies du Royaume ont réalisé un très bon démarrage.

La fermeture de la ville de Casablanca est arrivée trop tard pour impacter le secteur

« C’est le cas de Casablanca où la rentrée se prépare toujours dès la fin août ce qui a permis de sauver la saison avant la décision des autorités de fermer les écoles et d'imposer l'enseignement distanciel.

« Ainsi comme la majorité des parents achètent les fournitures requises, dès le début de septembre, nos confrères qui fournissent les lycées de l'élite avaient déjà pratiquement bouclé leur chiffre d'affaires.

Les achats ont surtout concerné les manuels au détriment des fournitures

« Dès le lendemain de l'Aïd Al Adha, les parents se sont rendus en masse dans les grandes librairies avoisinantes mais il faut préciser que 90% venaient acheter des manuels et seulement 10% des fournitures scolaires (cahiers, trousse, cartable, stylos …).

« Cela s'explique par le fait que les livres peuvent être utilisés aussi bien pour l’enseignement distanciel que présentiel alors que les fournitures sont jugées moins nécessaires par les parents.

« Cela représente évidemment une grosse perte en termes de chiffre d'affaires mais au regard de la situation de certains que la crise sanitaire n’a pas épargnés voire ruinés, nous n'allons pas nous plaindre.

Présentiel ou distanciel, une interrogation parentale, toujours sans réponse, qui impacte les librairies populaires

« Au final, la fermeture des établissements scolaires de la capitale économique n'a pratiquement eu aucun impact sur les grandes librairies de la ville mais dans les quartiers périphériques et populaires (Sidi Othman, Hay Mohammadi …), la situation a été très  différente.

« Ces librairies ont beaucoup plus souffert que nous car leur clientèle habituelle ne sait toujours pas, à ce jour, si l’enseignement distanciel sera maintenu toute l'année ou pas.

Détérioration du pouvoir d’achat qui pousse des parents à inscrire leurs enfants dans le secteur public

« De plus, ces librairies ont dû faire face au fait qu’une partie des parents ne se sont pas encore décidés à inscrire leurs enfants soit dans des écoles publiques soit privées, proches de leur lieu de résidence.

« Sachant que le pouvoir d'achat de ces parents dont les enfants étaient récemment dans le privé, s’est beaucoup détérioré, une majorité a décidé de mettre sa progéniture dans des écoles publics et d'autres ont préféré la garder à la maison en attendant d'y voir plus clair.

« Il y a donc un attentisme d’une bonne partie des parents qui préfèrent ne pas acheter dans l’immédiat les manuels scolaires et encore moins les petites fournitures.

Une baisse du pouvoir d’achat qui a fait exploser la vente de manuels d’occasion

« Cette baisse du pouvoir d’achat a entraîné un développement inédit des bourses des livres d'occasion qui a beaucoup fait baisser nos ventes de manuels scolaires  certains parents ont même créé des groupes WhatsApp pour se procurer les livres requis auprès de leurs familles, proches, voisins …

« Seul point positif, avec la fermeture des frontières, les enseignants de la mission étrangère qui ramenaient toujours des manuels pour les revendre n’ont pas pu se déplacer l’été dernier dans leur pays d’origine.

"Cela nous a permis de passer des commandes plus importantes qu’en 2019 en étant assurés de les revendre.

"L'année va donc être difficile à gérer voire à surmonter pour les petites structures qui auront du mal à maintenir des relations commerciales saines avec leur fournisseur, diffuseur et importateur.

« En effet, après la réouverture en juin des librairies, la plupart d’entre nous n’ont pas été en mesure de passer le même volume de commandes que celui de la rentrée précédente.

« N’ayant pas l’assurance de revendre ces manuels qui coûtent 150 à 250 dirhams l’unité, les commandes ont donc été limitées en particulier à cause du pouvoir d'achat parental qui s'est beaucoup détérioré avec une crise sanitaire qui a entraîné baisse de revenu voire chômage dans certains cas.

Pire que la crise sanitaire, une digitalisation sauvage menace de faire disparaître le secteur

« Selon moi, la plus grande menace qui pèse sur notre secteur n'est pas la pandémie, qui sera surmontée un jour ou l'autre, mais plutôt une digitalisation sauvage des livres scolaires.

« Il faut vraiment s’en inquiéter car ce phénomène a déjà commencé dans un lycée de Casablanca.

"Ses responsables obligent tous leurs élèves à acheter un pack numérique qui contient pratiquement toutes les matières enseignées (français, anglais, espagnol, mathématiques, physique, sciences de la vie et de la terre …) pour la modique somme de 350 dirhams.

« Si cette pratique se généralise dans les écoles privées, plusieurs points de vente finiront par fermer boutique », conclut, pessimiste, El Kamoun, qui juge que cette concurrence déloyale doit être combattue pour éviter la débâcle d’un secteur qui connaît déjà trop de faillites annuelles à cause de la cherté des livres dans les librairies…

Malgré une rentrée scolaire atypique, les grandes librairies s'en sont bien sorties

Le 10 septembre 2020 à18:39

Modifié le 11 septembre 2020 à 08:14

Les grandes librairies ont tiré leur épingle du jeu pour cette rentrée scolaire particulière, en écoulant leurs stocks de fournitures bien avant la décision de fermeture de plusieurs écoles et le basculement vers l'enseignement à distance. Les petits points de vente des quartiers populaires sont bien moins lotis.

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Malgré un impact certain sur les petites structures, le secteur des librairies scolaires a plutôt bien résisté, selon Hassan El Kamoun, président de l’association des libraires indépendants du Maroc, qui nous explique que la crise aurait été beaucoup plus grave si le calendrier d’équipement des parents avait été différent.

En effet, El Kamoun déclare que l'impact a été très différent selon l’emplacement et la taille des points de vente qui sont au nombre total de 1.200 dont seulement 86 ayant un cahier des charges homologué par le ministère de l'Education nationale. 

Les grandes librairies de centre-ville ont bien résisté

« Ma librairie du centre-ville d'El Jadida s'en est plutôt bien tirée avec une rentrée scolaire qui a bien démarré.

"J'ai, en effet, réalisé 75% de mon chiffre d’affaires habituel par rapport à l'année dernière. C'est moins qu'avant mais par ces temps de crise et de manque de visibilité, c'est très honorable.

« S'il n'en est pas de même chez mes confrères qui ont des petites structures dans les quartiers périphériques, toutes les autres grandes librairies du Royaume ont réalisé un très bon démarrage.

La fermeture de la ville de Casablanca est arrivée trop tard pour impacter le secteur

« C’est le cas de Casablanca où la rentrée se prépare toujours dès la fin août ce qui a permis de sauver la saison avant la décision des autorités de fermer les écoles et d'imposer l'enseignement distanciel.

« Ainsi comme la majorité des parents achètent les fournitures requises, dès le début de septembre, nos confrères qui fournissent les lycées de l'élite avaient déjà pratiquement bouclé leur chiffre d'affaires.

Les achats ont surtout concerné les manuels au détriment des fournitures

« Dès le lendemain de l'Aïd Al Adha, les parents se sont rendus en masse dans les grandes librairies avoisinantes mais il faut préciser que 90% venaient acheter des manuels et seulement 10% des fournitures scolaires (cahiers, trousse, cartable, stylos …).

« Cela s'explique par le fait que les livres peuvent être utilisés aussi bien pour l’enseignement distanciel que présentiel alors que les fournitures sont jugées moins nécessaires par les parents.

« Cela représente évidemment une grosse perte en termes de chiffre d'affaires mais au regard de la situation de certains que la crise sanitaire n’a pas épargnés voire ruinés, nous n'allons pas nous plaindre.

Présentiel ou distanciel, une interrogation parentale, toujours sans réponse, qui impacte les librairies populaires

« Au final, la fermeture des établissements scolaires de la capitale économique n'a pratiquement eu aucun impact sur les grandes librairies de la ville mais dans les quartiers périphériques et populaires (Sidi Othman, Hay Mohammadi …), la situation a été très  différente.

« Ces librairies ont beaucoup plus souffert que nous car leur clientèle habituelle ne sait toujours pas, à ce jour, si l’enseignement distanciel sera maintenu toute l'année ou pas.

Détérioration du pouvoir d’achat qui pousse des parents à inscrire leurs enfants dans le secteur public

« De plus, ces librairies ont dû faire face au fait qu’une partie des parents ne se sont pas encore décidés à inscrire leurs enfants soit dans des écoles publiques soit privées, proches de leur lieu de résidence.

« Sachant que le pouvoir d'achat de ces parents dont les enfants étaient récemment dans le privé, s’est beaucoup détérioré, une majorité a décidé de mettre sa progéniture dans des écoles publics et d'autres ont préféré la garder à la maison en attendant d'y voir plus clair.

« Il y a donc un attentisme d’une bonne partie des parents qui préfèrent ne pas acheter dans l’immédiat les manuels scolaires et encore moins les petites fournitures.

Une baisse du pouvoir d’achat qui a fait exploser la vente de manuels d’occasion

« Cette baisse du pouvoir d’achat a entraîné un développement inédit des bourses des livres d'occasion qui a beaucoup fait baisser nos ventes de manuels scolaires  certains parents ont même créé des groupes WhatsApp pour se procurer les livres requis auprès de leurs familles, proches, voisins …

« Seul point positif, avec la fermeture des frontières, les enseignants de la mission étrangère qui ramenaient toujours des manuels pour les revendre n’ont pas pu se déplacer l’été dernier dans leur pays d’origine.

"Cela nous a permis de passer des commandes plus importantes qu’en 2019 en étant assurés de les revendre.

"L'année va donc être difficile à gérer voire à surmonter pour les petites structures qui auront du mal à maintenir des relations commerciales saines avec leur fournisseur, diffuseur et importateur.

« En effet, après la réouverture en juin des librairies, la plupart d’entre nous n’ont pas été en mesure de passer le même volume de commandes que celui de la rentrée précédente.

« N’ayant pas l’assurance de revendre ces manuels qui coûtent 150 à 250 dirhams l’unité, les commandes ont donc été limitées en particulier à cause du pouvoir d'achat parental qui s'est beaucoup détérioré avec une crise sanitaire qui a entraîné baisse de revenu voire chômage dans certains cas.

Pire que la crise sanitaire, une digitalisation sauvage menace de faire disparaître le secteur

« Selon moi, la plus grande menace qui pèse sur notre secteur n'est pas la pandémie, qui sera surmontée un jour ou l'autre, mais plutôt une digitalisation sauvage des livres scolaires.

« Il faut vraiment s’en inquiéter car ce phénomène a déjà commencé dans un lycée de Casablanca.

"Ses responsables obligent tous leurs élèves à acheter un pack numérique qui contient pratiquement toutes les matières enseignées (français, anglais, espagnol, mathématiques, physique, sciences de la vie et de la terre …) pour la modique somme de 350 dirhams.

« Si cette pratique se généralise dans les écoles privées, plusieurs points de vente finiront par fermer boutique », conclut, pessimiste, El Kamoun, qui juge que cette concurrence déloyale doit être combattue pour éviter la débâcle d’un secteur qui connaît déjà trop de faillites annuelles à cause de la cherté des livres dans les librairies…

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