Les industriels défendent la hausse des droits de douane sur les produits finis
La hausse des droits de douane à 40% sur les produits finis de consommation, importés hors des pays signataires d’ALE avec le Maroc, est selon les industriels un bon signal pour l'industrie locale. Les industriels défendent le maintien de ce taux qui fait aujourd'hui l'objet d'une action de lobbying pour le baisser à 25%. Voici leurs arguments.
Le relèvement de 25% à 40% des droits d'importation des produits finis de consommation en 2020 est au cœur d'une bataille d'arguments entre importateurs et industriels. Les premiers cherchent à ramener ces droits à 25% car la hausse a impacté l'activité.
Les seconds tiennent quant à eux à ce que la hausse soit maintenue. "C'est un relèvement qui est venu à point nommé. L'industrie locale a pâti de la crise. Une crise qui a démontré la nécessité d'avoir une souveraineté industrielle, chose que nous demandons depuis longtemps", nous explique Nabil Souaf, président de la fédération marocaine de plasturgie.
Pour rappel, la hausse des droits d'importation sur les produits finis provenant de pays avec lesquels le Maroc ne dispose pas d'ALE s'est opérée en deux temps en 2020. D’abord dans la loi de finances 2020, où le taux des droits de douane est passé dès le 1er janvier de 25 à 30%, puis dans la loi de finances rectificative avec le passage au taux de 40% à partir du 27 juillet dernier.
L'assiette taxable (positions tarifaires) concernée par ce relèvement est de 54,6 MMDH sur la base de l'année 2019. Ce montant inclut les produits qui paient effectivement ce taux (près de 14 milliards de DH), ainsi que ceux qui bénéficient de franchise ou d'accords de libre-échange et dont le taux de droits de douane ne peut être rétabli à 40% qu'en cas de renégociation des ALE ou d'application de mesures de protection.
Comme ce fut le cas avec la Turquie. La révision de l'ALE avec la Turquie a permis l'instauration d'une liste négative comportant plus 1.200 produits relevant de 630 positions tarifaires appartenant aux secteurs du textile et habillement, le cuir, l'automobile, la métallurgie, le bois et l'électricité pour lesquels le droit commun sera appliqué à hauteur de 90%. Par exemple, si dans le droit commun le taux appliqué à un produit donné est de 40%, le droit d'importation qui sera appliqué à ce produit provenant de Turquie sera de 36%.
Les industriels sont unanimes, le relèvement du droit commun et la révision des ALE sont des avancées majeures en faveur de l'industrie locale. Ils avancent plusieurs arguments en faveur de leur position.
Le poids de l'importation est énorme au Maroc
"Le poids des importations par rapport au PIB est trop élevé au Maroc. Ce ratio est de 48% chez nous, alors que la moyenne mondiale et régionale ne dépasse pas 28%", explique Karim Tazi, industriel et porte-parole de plusieurs fédérations industrielles sur ce sujet parmi lesquelles, les fédérations du textile, de la plasturgie, la FIMME, l'artisanat, l'Amica, l'électricité,...
"En plus de rendre l'économie dépendante aux marchés étrangers, le poids de l'importation rend inefficace plusieurs actions menées par l'Etat. L'argent injecté dans l'économie via les mécanismes de renforcement du pouvoir d'achat ne profite finalement pas à l'économie locale mais va in fine à l'étranger. C'est pour cela que les pays qui ont un poids élevé des importations ont peur d'injecter de la monnaie car cela peut s'avérer inefficace ou avec très peu d'efficacité en terme de valeur ajoutée locale ", poursuit-il.
Nabil Souaf verse dans le même sens. "Nous avons perdu plusieurs filières industrielles et avec nous avons perdu notre souveraineté. On ne peut pas prétendre développer une industrie forte et concurrentielle si on ne lui fournit pas un marché locale qui lui permet d'atteindre une certaine taille et de profiter de l'économie d'échelle pour aller cibler d'autres marchés extérieurs", déclare le président de la fédération marocaine de plasturgie. Pour ce dernier, le Maroc a été le bon élève des ALE.
Karim Tazi cite la dernière étude du Conseil Economique Sociale et Environnemental (CESE) qui recommande une limitation des importations pour une relance économique nationale à court terme (2021-2022). En effet, dans une étude sur "les impacts sanitaires, économiques et sociaux de la pandémie de la Covid-19 et leviers d’actions envisageables", le CESE explique que les choix de politiques industrielles ont rendu le tissu productif vulnérable aux changements brusques au niveau des chaines de valeur mondiales et des chaines logistiques, en n’accordant que peu d’importance à l’exploitation des opportunités de substitution aux importations.
En parallèle, les efforts de restructuration de l’appareil productif n’ont pas permis de régler les problèmes de taille et de sous-capitalisation des entreprises nationales. Et il appelle donc à développer les secteurs stratégiques pour renforcer la souveraineté du pays. Ce développement doit être maitrisé afin de réduire la dépendance vis-à-vis de l’étranger et accroître ainsi la résilience de l'économie.
L'industrie crée plus d'emplois
Le deuxième argument porté par les industriels est celui de l'emploi. L'industrie crée plus d'emploi que l'importation. Dans ce sens Karim Tazi avance les chiffres relatifs au secteur textile qu'il connait au bout des doigts, pour être lui-même un industriel textile et pour avoir été président de l'Amtith.
"Un million de DH de chiffre d'affaires dans l'industrie permet de créer de 15 à 18 emplois. Un million de DH de chiffre d'affaires dans l'importation crée un emploi. Autant dire, que pour chaque million de DH de chiffre d'affaires qui part vers l'importation ce sont au moins 14 emplois détruits dans l'industrie", avance-t-il.
La sensibilité des autorités publiques à l'argument de création d'emplois est aujourd'hui amplifiée par la crise que traversent le pays et le monde. "Selon le HCP, le Maroc a perdu 600.000 emplois entre juillet 2019 et juillet 2020. Des emplois que nous devons récupérer sans parler des nouveaux arrivants sur le marché du travail, estimés annuellement à 300.000" ajoute Tazi. "Comment absorber tous ces demandeurs d'emploi si ce n'est avec des projets industriels qui permettent à la fois de créer de la richesse locale et d’assurer l'indépendance du pays vis-à-vis des marchés étrangers, notamment au niveau des secteurs stratégiques".
Les secteurs productifs sont favorables à un maintien du taux élevé des droits communs. "L'équation est simple, soit on a un marché qui nous réconforte et nous permet de capitaliser dessus pour viser d'autres marchés, soit on ne l'a pas et donc on ne pourra pas être concurrentiel. Aujourd'hui, nous voyons bien que les autorités publiques sont sensibles à cette question et que cette logique est partagée par tous", lâche Souaf.
Pour Tazi, il faut redonner de l'attractivité aux secteurs productifs formels et cela passe par plusieurs mesures et non pas seulement le relèvement des droits communs. Mais d'abord, il faut fermer la brèche de la suroffre qui existe sur le marché local et qui est due essentiellement à l'importation massive. Pour cela, il y a principalement deux mesures utilisées par tous les pays qui ont cette logique. La première est de relever les droits de douane au maximum permis par l'OMC et c'est 40%. La seconde mesure est le recours aux barrières non tarifaires.
Le dernier argument des industriels est celui de la stabilité fiscale. "Revenir en arrière sur cette mesure crée la pire des situations pour les investisseurs, c'est l'instabilité fiscale et l'absence de visibilité", avance notre interlocuteur.
Revenir sur cette mesure serait en effet, un coup dur pour les industriels mais aussi pour la stratégie d'import-substitution portée par le ministre de l'Industrie Moulay Hafid El Alamy. Ce dernier fait de cette politique son cheval de bataille pour la relance économique et qui apporte également une réponse à l'argument des importateurs voulant que l'industrie locale ne fournit pas actuellement l'ensemble des produits surtaxés.
Il a lancé une banque à projets visant à substituer plus de 30 MMDH d'importation. D'ailleurs, les premières conventions ont été signées ce 11 novembre. Dix-sept conventions d’investissement d’un montant global de 857 millions de DH ont été signées, concernant les secteurs de l'agroalimentaire, le textile et le cuir, la plasturgie... Elles permettront de créer 3.079 emplois et générer 1,36 MMDH de chiffre d'affaires additionnels à horizon 2023.
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