Le DG de Lydec : "Casablanca croît plus vite que les réseaux d'assainissement"

Lydec a organisé, ce mardi 12 janvier, un point de presse pour s'expliquer sur les inondations qu'a connues la ville de Casablanca suite aux dernières intempéries. Voici ses principales conclusions.

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Le 12 janvier 2021 à 18:20

Modifié le 12 janvier 2021 à 20:20

Durant cette conférence était très attendue par les Casablancais, Jean-Pascal Darriet, DG de Lydec et Saad Azzaoui, directeur maîtrise d'ouvrage, sont revenus sur les principales causes de ces inondations, et sur les investissements nécessaires pour y faire face dans l'avenir. 

10.000 hectares de plus en dix ans

Lors de son intervention, M. Darriet a fait le point sur les précipitations qu'a connues la métropole. "Durant les sept jours de pluie (du 5 au 11 janvier), nous avons reçu 70% de ce qui tombe sur une année complète à Casablanca, et c'est beaucoup pour la capacité des réseaux", a-t-il précisé. 

"Nous avons atteint 250 mm en 7 jours, soit plus que la pluviométrie qu'a connu la ville sur toute l'année dernière (2020, NDLR), qui était à 218 mm, et c'est énorme", a ajouté M. Azzaoui.

La principale cause des débordements d'eau enregistrés dans plusieurs zones de Casablanca, est le manque d'équilibre entre l'urbanisation et l'équipement de la ville en réseaux d'assainissement, d'après les deux intervenants. 

"La ville de Casablanca est une ville particulière. Elle est en pleine croissance et évolue plus vite que les réseaux d’installation pluviale. Cette ville, qui croit en s'urbanisant, dégage des surfaces supplémentaires sur lesquelles l’eau ruisselle. Au fur et à mesure que la ville s'étend, nous avons plus d'eau qui vient de la zone péri-urbaine, la plus éloignée du centre vers le centre, avant de retourner à la mer", a expliqué le directeur de Lydec.

"Cette évolution de la ville, qui n’est pas accompagnée avec la même vitesse par l’évolution des réseaux, est une difficulté et un point de fragilité pour l'installation pluviale. Ces installations deviennent, pour certaines, sous-dimensionnées, puisque trop d’eau arrive là où elles n’avaient pas été dimensionnées pour l’apport correspondant, ou parce que les installations pluviales n'ont pas encore été mises en œuvre. Tout cela constitue des points fragiles, qui, lorsque l’épisode pluvial est sévère, viennent générer des débordements ou des risques de nuisance pour ceux qui sont à proximité des points bas", a-t-il souligné. 

M. Azzaoui explique pour sa part qu'en 2010, année à laquelle Casablanca s'étendait sur 20.000 ha, les autorités ont décidé d'ouvrir la ville à l’urbanisation pour 25.000 ha de plus. "En 2020, 10.000 ha sont venus se greffer au périmètre urbain, qui est donc passé à 30.000 ha actuellement, accentuant ainsi le ruissellement au niveau de Casablanca. Le rythme de croissance urbanistique n'est donc pas calé avec le rythme de l'équipement et l'évolution des réseaux dans la ville"

La capacité d'investissement de la gestion déléguée, dimensionnée en 2009, soit avant l'ouverture à l’urbanisation, prévoyait seulement jusqu'à 3.000 ou 4.000 ha de plus, selon lui. 

Ouverture de nouvelles zones péri-urbaines et requalification urbaine du centre-ville

Ces deux éléments amplifient également le risque d'inondations dans la métropole, souligne Saad Azzaoui.

"De nombreux changements urbanistiques sont opérés à l'intérieur de Casablanca. On assiste notamment à des passages de zones villas à des zones immeubles, où 80% de la pluie ne s'infiltre plus dans le sol et ruissèle, augmentant ainsi le risque d'inondation". 

"Il y a également le phénomène de l'extension de la ville, avec la création de nouvelles zones péri-urbaines durant ces dernières années, telles que Errahma, Dar Bouazza, Tit Mellil, Bouskoura, et Ben Saleh… Aujourd'hui, avec son extension, Casablanca absorbe les périmètres qui étaient périphériques avec des voies généralement non équipées en assainissement pluviales, telles que la route nationale Errahma, ou encore la route d'Azemour.... Ce sont des voies qui n’étaient pas équipées en réseau d’assainissement, et qui ont été complétement intégrées dans un périmètre urbain, mais l’infrastructure n’a pas suivi. Ce sont des choses sur lesquelles on est en train de travailler".

D'un autre côté, avec toute l'extension urbaine qui se fait en périphérie de la ville, "on s'éloigne de l’exutoire naturel qui est la mer. Contrairement à d'autres villes, comme Paris, Casablanca n'a pas cette spécificité d'être traversée par des fleuves, où en fonction de l'évolution urbaine on a toujours un exutoire naturel. Donc les pluies doivent traverser toute la ville pour arriver à la mer. C'est-à-dire que l’eau pluviale enregistrée à Bouskoura, Oulad Saleh, Nouacer, ou autres … traverse tout le périmètre de Casablanca pour pouvoir rejoindre son exutoire naturel, ce qui intensifie le risque de débordements d'eau". 

Par ailleurs, la nature de la topographie de la ville a également été pointée du doigt. "Certaines zones de Casablanca, notamment la zone côtière ou encore Aïn Sebaa, se situent en dessous du niveau de la mer, ce qui peut complexifier l'exclusion des eaux de pluie", a-t-il noté. 

Le directeur maîtrise d'ouvrage de Lydec résume la situation comme suit : "le réseau d’assainissement pluviale de Casablanca nécessite des renforcements. Tous ces éléments n'ont pas été pris en considération, parce qu'au moment de la mise en place du contrat de la gestion déléguée en 2009, ces extensions n'avaient pas encore eu lieu. Maintenant c’est le cas et on n’a pas encore révisé nos capacités d’investissement. Les discussions sont en cours avec les acteurs concernés pour trouver des solutions".

Les solutions techniques identifiées depuis 2013, mais le financement pose problème

Certaines solutions sont déjà identifiées depuis des années, et validées auprès des autorités concernées, mais n'ont pas encore été mises en œuvre, toujours d'après M. Azzaoui. 

"A partir de 2013, on a réalisé des schémas directeurs afin d'évaluer et dimensionner tous les ouvrages nécessaires pour accompagner le développement que connaît la ville. Les solutions techniques sont identifiées depuis, et validées par un comité de suivi. Egalement, dans le cadre de l'élaboration du Plan de développement du Grand Casablanca en 2014, nous avons validé avec les autorités compétentes les besoins en investissements nécessaires à l’assainissement pluvial, qui s’élèvent à 15 milliards de DH, à horizon 2027."

"Dans le cadre de discussions contractuelles, et sur la base de nouvelles données relatives à l'évolution urbanistique de Casablanca, nous avons replanifié nos besoins en investissement à près de 10 MMDH". Mais comment les financer ?

Parmi les solutions envisagées et validées, M. Azzaoui évoque l’harmonisation des périmètres de distribution d'eau et d'électricité, qui est toujours dans l'impasse. "Aujourd'hui, tout le développement de Casablanca se fait dans les communes de Dar Bouazza, Bouskoura, Tit Melil, et Mediouna..., et les gens qui y habitent, continuent de recevoir deux factures, une, relative à l'électricité de l'ONEE, et une, à l'assainissement de la Lydec". Selon lui, cette problématique est toujours en discussion. L'assainissement ne génère pas de revenus pour Lydec, c'est la branche électricité, toujours gérée par l'ONEE dans ces zones, qui finance les investissements en assainissement par un système de péréquation.

"On est en train de discuter avec l'autorité délégante pour pouvoir trouver d’autres sources de financement, afin de supprimer les points de débordement", conclut-il. 

"Tout est contrôlé par la commune de Casablanca"

Par ailleurs, tout au long de la conférence, Saad Azzaoui a tenu à préciser que toutes les opérations effectuées par la Lydec font l'objet d'échange avec les autorités concernées, notamment l'autorité délégante, qui est la Commune de Casablanca. 

Rappelons que lors d'une intervention sur 2M, suite aux inondations qu'a connues la ville durant les premiers jours de la semaine précédente, Abdelaziz Omari, président de la Commune, n'a pas hésité à jeter la responsabilité sur Lydec. Il a également invité les Casablancais, victimes de ces inondations, à adresser des réclamations et des demandes d'indemnisation à Lydec. 

Sur ce point, la société française a précisé sur un communiqué diffusé à l'issue de cette conférence que "l'indemnisation des éventuels dégâts n'est pas systématique. Elle obéit à des dispositions réglementaires nationales et à celles du contrat de gestion déléguée". 

"Pour les éventuelles réclamations de tiers, si la preuve de la responsabilité de Lydec est rapportée, elles seront traitées dans le respect de la loi et des dispositions du contrat de gestion déléguée", conclut le document. 

Lire aussi: Inondations à Casablanca: Ce que les sinistrés doivent savoir pour se faire indemniser

Le DG de Lydec : "Casablanca croît plus vite que les réseaux d'assainissement"

Le 12 janvier 2021 à18:24

Modifié le 12 janvier 2021 à 20:20

Lydec a organisé, ce mardi 12 janvier, un point de presse pour s'expliquer sur les inondations qu'a connues la ville de Casablanca suite aux dernières intempéries. Voici ses principales conclusions.

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Durant cette conférence était très attendue par les Casablancais, Jean-Pascal Darriet, DG de Lydec et Saad Azzaoui, directeur maîtrise d'ouvrage, sont revenus sur les principales causes de ces inondations, et sur les investissements nécessaires pour y faire face dans l'avenir. 

10.000 hectares de plus en dix ans

Lors de son intervention, M. Darriet a fait le point sur les précipitations qu'a connues la métropole. "Durant les sept jours de pluie (du 5 au 11 janvier), nous avons reçu 70% de ce qui tombe sur une année complète à Casablanca, et c'est beaucoup pour la capacité des réseaux", a-t-il précisé. 

"Nous avons atteint 250 mm en 7 jours, soit plus que la pluviométrie qu'a connu la ville sur toute l'année dernière (2020, NDLR), qui était à 218 mm, et c'est énorme", a ajouté M. Azzaoui.

La principale cause des débordements d'eau enregistrés dans plusieurs zones de Casablanca, est le manque d'équilibre entre l'urbanisation et l'équipement de la ville en réseaux d'assainissement, d'après les deux intervenants. 

"La ville de Casablanca est une ville particulière. Elle est en pleine croissance et évolue plus vite que les réseaux d’installation pluviale. Cette ville, qui croit en s'urbanisant, dégage des surfaces supplémentaires sur lesquelles l’eau ruisselle. Au fur et à mesure que la ville s'étend, nous avons plus d'eau qui vient de la zone péri-urbaine, la plus éloignée du centre vers le centre, avant de retourner à la mer", a expliqué le directeur de Lydec.

"Cette évolution de la ville, qui n’est pas accompagnée avec la même vitesse par l’évolution des réseaux, est une difficulté et un point de fragilité pour l'installation pluviale. Ces installations deviennent, pour certaines, sous-dimensionnées, puisque trop d’eau arrive là où elles n’avaient pas été dimensionnées pour l’apport correspondant, ou parce que les installations pluviales n'ont pas encore été mises en œuvre. Tout cela constitue des points fragiles, qui, lorsque l’épisode pluvial est sévère, viennent générer des débordements ou des risques de nuisance pour ceux qui sont à proximité des points bas", a-t-il souligné. 

M. Azzaoui explique pour sa part qu'en 2010, année à laquelle Casablanca s'étendait sur 20.000 ha, les autorités ont décidé d'ouvrir la ville à l’urbanisation pour 25.000 ha de plus. "En 2020, 10.000 ha sont venus se greffer au périmètre urbain, qui est donc passé à 30.000 ha actuellement, accentuant ainsi le ruissellement au niveau de Casablanca. Le rythme de croissance urbanistique n'est donc pas calé avec le rythme de l'équipement et l'évolution des réseaux dans la ville"

La capacité d'investissement de la gestion déléguée, dimensionnée en 2009, soit avant l'ouverture à l’urbanisation, prévoyait seulement jusqu'à 3.000 ou 4.000 ha de plus, selon lui. 

Ouverture de nouvelles zones péri-urbaines et requalification urbaine du centre-ville

Ces deux éléments amplifient également le risque d'inondations dans la métropole, souligne Saad Azzaoui.

"De nombreux changements urbanistiques sont opérés à l'intérieur de Casablanca. On assiste notamment à des passages de zones villas à des zones immeubles, où 80% de la pluie ne s'infiltre plus dans le sol et ruissèle, augmentant ainsi le risque d'inondation". 

"Il y a également le phénomène de l'extension de la ville, avec la création de nouvelles zones péri-urbaines durant ces dernières années, telles que Errahma, Dar Bouazza, Tit Mellil, Bouskoura, et Ben Saleh… Aujourd'hui, avec son extension, Casablanca absorbe les périmètres qui étaient périphériques avec des voies généralement non équipées en assainissement pluviales, telles que la route nationale Errahma, ou encore la route d'Azemour.... Ce sont des voies qui n’étaient pas équipées en réseau d’assainissement, et qui ont été complétement intégrées dans un périmètre urbain, mais l’infrastructure n’a pas suivi. Ce sont des choses sur lesquelles on est en train de travailler".

D'un autre côté, avec toute l'extension urbaine qui se fait en périphérie de la ville, "on s'éloigne de l’exutoire naturel qui est la mer. Contrairement à d'autres villes, comme Paris, Casablanca n'a pas cette spécificité d'être traversée par des fleuves, où en fonction de l'évolution urbaine on a toujours un exutoire naturel. Donc les pluies doivent traverser toute la ville pour arriver à la mer. C'est-à-dire que l’eau pluviale enregistrée à Bouskoura, Oulad Saleh, Nouacer, ou autres … traverse tout le périmètre de Casablanca pour pouvoir rejoindre son exutoire naturel, ce qui intensifie le risque de débordements d'eau". 

Par ailleurs, la nature de la topographie de la ville a également été pointée du doigt. "Certaines zones de Casablanca, notamment la zone côtière ou encore Aïn Sebaa, se situent en dessous du niveau de la mer, ce qui peut complexifier l'exclusion des eaux de pluie", a-t-il noté. 

Le directeur maîtrise d'ouvrage de Lydec résume la situation comme suit : "le réseau d’assainissement pluviale de Casablanca nécessite des renforcements. Tous ces éléments n'ont pas été pris en considération, parce qu'au moment de la mise en place du contrat de la gestion déléguée en 2009, ces extensions n'avaient pas encore eu lieu. Maintenant c’est le cas et on n’a pas encore révisé nos capacités d’investissement. Les discussions sont en cours avec les acteurs concernés pour trouver des solutions".

Les solutions techniques identifiées depuis 2013, mais le financement pose problème

Certaines solutions sont déjà identifiées depuis des années, et validées auprès des autorités concernées, mais n'ont pas encore été mises en œuvre, toujours d'après M. Azzaoui. 

"A partir de 2013, on a réalisé des schémas directeurs afin d'évaluer et dimensionner tous les ouvrages nécessaires pour accompagner le développement que connaît la ville. Les solutions techniques sont identifiées depuis, et validées par un comité de suivi. Egalement, dans le cadre de l'élaboration du Plan de développement du Grand Casablanca en 2014, nous avons validé avec les autorités compétentes les besoins en investissements nécessaires à l’assainissement pluvial, qui s’élèvent à 15 milliards de DH, à horizon 2027."

"Dans le cadre de discussions contractuelles, et sur la base de nouvelles données relatives à l'évolution urbanistique de Casablanca, nous avons replanifié nos besoins en investissement à près de 10 MMDH". Mais comment les financer ?

Parmi les solutions envisagées et validées, M. Azzaoui évoque l’harmonisation des périmètres de distribution d'eau et d'électricité, qui est toujours dans l'impasse. "Aujourd'hui, tout le développement de Casablanca se fait dans les communes de Dar Bouazza, Bouskoura, Tit Melil, et Mediouna..., et les gens qui y habitent, continuent de recevoir deux factures, une, relative à l'électricité de l'ONEE, et une, à l'assainissement de la Lydec". Selon lui, cette problématique est toujours en discussion. L'assainissement ne génère pas de revenus pour Lydec, c'est la branche électricité, toujours gérée par l'ONEE dans ces zones, qui finance les investissements en assainissement par un système de péréquation.

"On est en train de discuter avec l'autorité délégante pour pouvoir trouver d’autres sources de financement, afin de supprimer les points de débordement", conclut-il. 

"Tout est contrôlé par la commune de Casablanca"

Par ailleurs, tout au long de la conférence, Saad Azzaoui a tenu à préciser que toutes les opérations effectuées par la Lydec font l'objet d'échange avec les autorités concernées, notamment l'autorité délégante, qui est la Commune de Casablanca. 

Rappelons que lors d'une intervention sur 2M, suite aux inondations qu'a connues la ville durant les premiers jours de la semaine précédente, Abdelaziz Omari, président de la Commune, n'a pas hésité à jeter la responsabilité sur Lydec. Il a également invité les Casablancais, victimes de ces inondations, à adresser des réclamations et des demandes d'indemnisation à Lydec. 

Sur ce point, la société française a précisé sur un communiqué diffusé à l'issue de cette conférence que "l'indemnisation des éventuels dégâts n'est pas systématique. Elle obéit à des dispositions réglementaires nationales et à celles du contrat de gestion déléguée". 

"Pour les éventuelles réclamations de tiers, si la preuve de la responsabilité de Lydec est rapportée, elles seront traitées dans le respect de la loi et des dispositions du contrat de gestion déléguée", conclut le document. 

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