Inondations à Casablanca: Lydec et le Conseil de la ville, tous deux responsables

Les crues exceptionnelles ont mis à nu l'insuffisance des investissements dans les infrastructures de la ville ainsi que le défaut de gouvernance et de vision des élus. En somme, Lydec et le Conseil de la ville sont tous deux responsables du calvaire actuel des Casablancais. 

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Le 07 janvier 2021 à 21:00

Modifié le 09 janvier 2021 à 09:22

Après une année 2020 de pandémie et de forte sécheresse, le Maroc espérait voir la pluie tomber en 2021, prémices d'une bonne année agricole et donc d'une croissance économique tant attendue.

Mais voilà, quand le vœu se réalise avec l'espoir de voir les barrages se remplir et les terres et la nappe phréatique assoiffées s'abreuver, les infrastructures dans les villes, elles, flanchent.

Les scènes apocalyptiques à Casablanca partagées sur les réseaux sociaux sont révoltantes.

(Place de la Victoire)

Trois jours de pluies, certes importantes mais qui étaient prévisibles, ont noyé les artères de la métropole économique. Des chaussées abîmées voire effondrées, des trous dans les boulevards, des routes coupées, des tunnels bloqués, des voitures submergées, des maisons inondées,...  

Le Conseil de la ville rejette la responsabilité sur la Lydec

Après ces événements et l'indignation générale des habitants de la ville, le bureau du Conseil de la ville s'est exprimé mardi 5 janvier pour annoncer une réunion "d'urgence", qui n'a d'urgence que le nom, programmée pour le vendredi 8 janvier. 

Fait rare, le maire Abdelaziz El Omari a pris la parole pour s'exprimer sur le sujet, élections obligent ! Invité au JT de la deuxième chaîne nationale ce jeudi 7 janvier, son intervention avait pour message principal de rejeter la responsabilité sur la Lydec qui est le délégataire du service d'assainissement.

Quel est donc le rôle du Conseil de la ville? "Transmettre les réclamations des citoyens à Lydec", répond le maire avant d'ajouter que le Conseil de la ville a aussi "une mission et un rôle de contrôle". Et c'est dans ce cadre que la réunion du vendredi a été programmée.

"Lydec doit nous fournir un rapport détaillé sur la situation actuelle et les actions menées pour y faire face", affirme-t-il tout en invitant les citoyens victimes des intempéries à s'adresser à Lydec pour se faire indemniser.  


Un membre du bureau du Conseil joint par Médias24 a accepté de répondre à nos questions sous couvert d'anonymat. "Cette année, les pluies ont été beaucoup plus importantes que les années précédentes", nous explique-t-il. "Mais le Conseil de la ville ne gère pas directement l'assainissement, c'est un domaine dont la gestion est déléguée à un opérateur privé qui doit répondre de ce qui se passe actuellement", poursuit-il, gardant la même ligne de défense que le maire El Omari. 

"Nous avons convoqué une réunion ce vendredi 8 janvier avec Lydec. L'opérateur doit nous donner des explications sur la situation actuelle. A-t-il opéré le curage comme il se doit et à temps ? Si le curage a été fait, les responsables de Lydec doivent nous fournir des preuves, des documents, combien de sédiments ont été retirés...", ajoute-t-il. 

(Bd Mohammed VI, Derb Omar)

Selon notre source, les plus importants dégâts ont été enregistrés au niveau de la rue 37 à Hay Sadri. Ce quartier est ciblé par un projet visant à le protéger des crues. Il s'agit comme le précise le communiqué de Lydec publié le mercredi 6 janvier, d'une galerie de stockage des eaux pluviales à Hay Sadri dont les travaux ont été lancés en décembre 2018 (182 MDH).

Cet ouvrage d'une longueur de plus de 1,3 km et d’une profondeur allant de 30 à 40 mètres vise à protéger Hay Sadri et aussi l’avenue Mohamed Bouziane, le boulevard 10 mars contre les débordements jusqu’à une intensité de pluie décennale (22 mm/heure).

"Les travaux de réalisation de la galerie de stockage des eaux pluviales de Hay Sadri avancent conformément au planning préétabli", avance Lydec dans son communiqué. 

"La réunion de vendredi nous permettra aussi de savoir si les projets programmés pour protéger les points bas de la ville sont conformes au calendrier ou s'ils sont en retard", nous explique le membre du bureau du Conseil de la ville. 

A en croire le ton adopté par le Conseil de la ville dans les médias, la réunion de vendredi s'annonce explosive ! Notons à toutes fins utiles que les sorties des élus ne sont pas exemptes de calculs politiciens pendant une année électorale.

Cela dit, Lydec est responsable de la situation actuelle tout autant que le Conseil de la ville supposé opérer le contrôle nécessaire tout au long de l'année et non quatre jours après le drame. 

Lydec présente ses arguments et fait son mea-culpa 

Que dit la Lydec de tout cela ? Médias24 a contacté le délégataire. Ces pluies sont-elles si exceptionnelles ? Quel est l'état du réseau d'assainissement casablancais ? 

Saâd Azzaoui, directeur maîtrise d'ouvrage à Lydec nous explique que "sur les cinq dernières années, il pleuvait en moyenne sur Casablanca entre 200 et 250 mm en une année. Sur les trois derniers jours, nous avons atteint sur certains points un cumul de 90 mm".

"Nous avons enregistré entre hier et aujourd'hui, sur certains points, des pluies équivalentes à 75 mm". Ce qui représente une pluie de période de retour de cinquante ans, précise la Lydec dans un communiqué publié dans la soirée du jeudi 7 janvier. 

En ce qui concerne les réseaux d'assainissement pluvial, notre interlocuteur explique "que ces réseaux sont régis par des référentiels précis. Ils sont généralement dimensionnés pour supporter une pluie de retour de dix ans, ce qui correspond à peu près à 20 mm. C'est le standard."

(Autoroute urbaine, Sidi Bernoussi)

"Or, les pluies que nous avons constatées dans le périmètre de la gestion déléguée depuis le début des évènements de cette semaine dépassent la capacité de transit des réseaux qui sont dimensionnés, pour la plupart, pour une pluie décennale (20 mm, ndlr)", poursuit notre interlocuteur qui insiste donc sur le caractère exceptionnel des crues enregistrées cette semaine et qui se poursuivront jusqu'à lundi selon une récente note météorologique. 

Mais pourquoi donc à chaque épisode pluvial important, pas forcément aussi exceptionnel que l'est celui de cette année, Casablanca coule sous les eaux ?

"La ville de Casablanca est une ville dynamique; tous les ans, plus de 310 hectares viennent se greffer au périmètre urbain. Ce qui se traduit par une imperméabilisation du sol qui augmente le risque de débordements et d'inondation", explique Saâd Azzaoui. 

"L'eau va ruisseler jusqu'à se retrouver dans le point le plus bas. Ces points bas qui ont été à un moment donné de l'histoire conformes, peuvent ne plus l'être, d'où un schéma directeur qui identifie tous les renforcements nécessaires pour accompagner ce développement urbain sur les points où on constate une insuffisance des réseaux", poursuit-il.

"Nous avons un programme d'investissement qui se fait dans le cadre de nos engagements contractuels qui sont validés dans le comité de suivi (où est représenté le conseil de la ville, ndlr). Au moment où je vous parle, nous avons des projets en cours pour l'équivalent de 600 MDH. Depuis le début du contrat (1997, ndlr) nous avons investi à peu près 26 milliards de DH dont la moitié de ces investissements a été consacrée à l'assainissement", ajoute Saâd Azzaoui. 

C'est dans le cadre de ce programme que sont menés les projets de la galerie de Hay Sadri et le système d’assainissement liquide de la route nationale n°1 (RN1). 

"En parallèle, nous avons un programme annuel de maintenance, de curage et de nettoyage des réseaux. Il faut savoir que nous avons un réseau d'assainissement liquide et d'eau pluviale de plus de 6.800 km avec plus de 150 stations de pompage et de 130 bassins de rétention des eaux pluviales". 

(Intervention des agents de Lydec)

Lydec précise qu'en 2020, près de 30.000 tonnes de sédiments correspondant à divers déchets contenus dans le réseau et les ouvrages ont été extraites. Elle ajoute que le planning et le rapport détaillé de ces différentes actions sont régulièrement envoyés aux autorités concernées du Grand Casablanca (autorité délégante, wilaya, préfectures, arrondissements et communes).

Les investissements consentis restent insuffisants 

Malgré l'importance de ces investissements, le directeur maîtrise d'ouvrage à Lydec concède que "les capacités du contrat ne sont pas suffisantes pour accompagner le développement de Casablanca en termes d'assainissement pluvial". 

"Il faut aussi savoir que l'assainissement pluvial n'a pas de ressources propres. On ne facture pas l'assainissement pluvial. Son financement se fait donc dans le cadre de péréquation entre les métiers et cela ne permet pas de financer la totalité des projets", explique-t-il. 

"Donc, chaque année, nous priorisons les projets qui ont, disons, un impact direct sur la continuité du service. Bien sûr, cela en dehors des évènements exceptionnels tels qu'on les a vécus ces deux derniers jours", poursuit-il en précisant que ces projets, notamment ceux en cours, "répondent à un besoin localisé géographiquement. Le système d’assainissement liquide de la route nationale n°1 (RN1), par exemple, vise à lutter contre les débordements au niveau de route d'El Jadida entre l'Office des changes et la voie express. C'est le cas aussi des autres projets". 

"D'autres points apparaissent au fil du temps avec le développement de la ville, auxquels on répond avec d'autres investissements qui seront programmés pour les résoudre. Et ce programme d'investissement est décidé en concertation avec les autorités de la ville selon des engagements contractuels", insiste Saâd Azzaoui. 

"Nous inscrivons les projets dans la fourchette des capacités disponibles dans le cadre du contrat. Et on sait très bien que tous les ans, quand certains projets sont inscrits, d'autres ne le sont pas faute de moyens. Nous sommes toujours en discussion et en réflexion avec l'autorité délégante pour trouver des moyens de financement pour pouvoir subvenir aux besoins". 

"Vous pouvez constater dans le monde que même les pays qui ont des moyens plus importants peuvent subir des événements d'inondation suite à des pluies exceptionnelles. Et nous sommes dans l'ordre de l'exceptionnel. Cela dit, je n'exclus pas que dans certains points, c'est la concomitance de deux événements. Ces points connaissent une sous-capacité du réseau amplifiée par une pluie exceptionnelle. Sur ces points-là, nous sommes en train d'agir avec un programme d'investissement qui se déploie en concertation avec les autorités", conclut notre interlocuteur.

Les éclairages rationnels apportées par la Lydec n'expliquent pas pourquoi ces projets, importants pour protéger les populations et leurs biens ainsi que les biens publics n'ont pas été priorisés. 

Ils n'expliquent pas non plus comment des chaussées s'effondrent après trois jours de pluies aussi diluviennes soient-elles ! Ils n'expliquent pas non plus le laxisme de l'autorité délégante.

Le Roi Mohammed VI s'est interrogé en 2013 sur le sort de la métropole lors de son discours à l'occasion de l'ouverture de la première session de la troisième année législative de la 9e législature.

"Mais pourquoi cette ville, qui compte parmi les plus riches du Maroc, ne connaît-elle pas concrètement l'essor auquel aspirent les Casablancaises et les Casablancais, à l'instar de beaucoup d'autres villes ? Est-il raisonnable qu'elle reste à ce point un espace des grandes contradictions, jusqu'à devenir l'un des modèles les plus faibles en matière de gestion territoriale ?"

La réponse à ces interrogations, le Souverain l'avait résumée en une phrase: "En un mot, le problème dont souffre la capitale économique tient essentiellement à un déficit de gouvernance". 

Force est de constater que sept ans après ce discours, peu de choses ont changé. 

Inondations à Casablanca: Lydec et le Conseil de la ville, tous deux responsables

Le 07 janvier 2021 à21:00

Modifié le 09 janvier 2021 à 09:22

Les crues exceptionnelles ont mis à nu l'insuffisance des investissements dans les infrastructures de la ville ainsi que le défaut de gouvernance et de vision des élus. En somme, Lydec et le Conseil de la ville sont tous deux responsables du calvaire actuel des Casablancais. 

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Après une année 2020 de pandémie et de forte sécheresse, le Maroc espérait voir la pluie tomber en 2021, prémices d'une bonne année agricole et donc d'une croissance économique tant attendue.

Mais voilà, quand le vœu se réalise avec l'espoir de voir les barrages se remplir et les terres et la nappe phréatique assoiffées s'abreuver, les infrastructures dans les villes, elles, flanchent.

Les scènes apocalyptiques à Casablanca partagées sur les réseaux sociaux sont révoltantes.

(Place de la Victoire)

Trois jours de pluies, certes importantes mais qui étaient prévisibles, ont noyé les artères de la métropole économique. Des chaussées abîmées voire effondrées, des trous dans les boulevards, des routes coupées, des tunnels bloqués, des voitures submergées, des maisons inondées,...  

Le Conseil de la ville rejette la responsabilité sur la Lydec

Après ces événements et l'indignation générale des habitants de la ville, le bureau du Conseil de la ville s'est exprimé mardi 5 janvier pour annoncer une réunion "d'urgence", qui n'a d'urgence que le nom, programmée pour le vendredi 8 janvier. 

Fait rare, le maire Abdelaziz El Omari a pris la parole pour s'exprimer sur le sujet, élections obligent ! Invité au JT de la deuxième chaîne nationale ce jeudi 7 janvier, son intervention avait pour message principal de rejeter la responsabilité sur la Lydec qui est le délégataire du service d'assainissement.

Quel est donc le rôle du Conseil de la ville? "Transmettre les réclamations des citoyens à Lydec", répond le maire avant d'ajouter que le Conseil de la ville a aussi "une mission et un rôle de contrôle". Et c'est dans ce cadre que la réunion du vendredi a été programmée.

"Lydec doit nous fournir un rapport détaillé sur la situation actuelle et les actions menées pour y faire face", affirme-t-il tout en invitant les citoyens victimes des intempéries à s'adresser à Lydec pour se faire indemniser.  


Un membre du bureau du Conseil joint par Médias24 a accepté de répondre à nos questions sous couvert d'anonymat. "Cette année, les pluies ont été beaucoup plus importantes que les années précédentes", nous explique-t-il. "Mais le Conseil de la ville ne gère pas directement l'assainissement, c'est un domaine dont la gestion est déléguée à un opérateur privé qui doit répondre de ce qui se passe actuellement", poursuit-il, gardant la même ligne de défense que le maire El Omari. 

"Nous avons convoqué une réunion ce vendredi 8 janvier avec Lydec. L'opérateur doit nous donner des explications sur la situation actuelle. A-t-il opéré le curage comme il se doit et à temps ? Si le curage a été fait, les responsables de Lydec doivent nous fournir des preuves, des documents, combien de sédiments ont été retirés...", ajoute-t-il. 

(Bd Mohammed VI, Derb Omar)

Selon notre source, les plus importants dégâts ont été enregistrés au niveau de la rue 37 à Hay Sadri. Ce quartier est ciblé par un projet visant à le protéger des crues. Il s'agit comme le précise le communiqué de Lydec publié le mercredi 6 janvier, d'une galerie de stockage des eaux pluviales à Hay Sadri dont les travaux ont été lancés en décembre 2018 (182 MDH).

Cet ouvrage d'une longueur de plus de 1,3 km et d’une profondeur allant de 30 à 40 mètres vise à protéger Hay Sadri et aussi l’avenue Mohamed Bouziane, le boulevard 10 mars contre les débordements jusqu’à une intensité de pluie décennale (22 mm/heure).

"Les travaux de réalisation de la galerie de stockage des eaux pluviales de Hay Sadri avancent conformément au planning préétabli", avance Lydec dans son communiqué. 

"La réunion de vendredi nous permettra aussi de savoir si les projets programmés pour protéger les points bas de la ville sont conformes au calendrier ou s'ils sont en retard", nous explique le membre du bureau du Conseil de la ville. 

A en croire le ton adopté par le Conseil de la ville dans les médias, la réunion de vendredi s'annonce explosive ! Notons à toutes fins utiles que les sorties des élus ne sont pas exemptes de calculs politiciens pendant une année électorale.

Cela dit, Lydec est responsable de la situation actuelle tout autant que le Conseil de la ville supposé opérer le contrôle nécessaire tout au long de l'année et non quatre jours après le drame. 

Lydec présente ses arguments et fait son mea-culpa 

Que dit la Lydec de tout cela ? Médias24 a contacté le délégataire. Ces pluies sont-elles si exceptionnelles ? Quel est l'état du réseau d'assainissement casablancais ? 

Saâd Azzaoui, directeur maîtrise d'ouvrage à Lydec nous explique que "sur les cinq dernières années, il pleuvait en moyenne sur Casablanca entre 200 et 250 mm en une année. Sur les trois derniers jours, nous avons atteint sur certains points un cumul de 90 mm".

"Nous avons enregistré entre hier et aujourd'hui, sur certains points, des pluies équivalentes à 75 mm". Ce qui représente une pluie de période de retour de cinquante ans, précise la Lydec dans un communiqué publié dans la soirée du jeudi 7 janvier. 

En ce qui concerne les réseaux d'assainissement pluvial, notre interlocuteur explique "que ces réseaux sont régis par des référentiels précis. Ils sont généralement dimensionnés pour supporter une pluie de retour de dix ans, ce qui correspond à peu près à 20 mm. C'est le standard."

(Autoroute urbaine, Sidi Bernoussi)

"Or, les pluies que nous avons constatées dans le périmètre de la gestion déléguée depuis le début des évènements de cette semaine dépassent la capacité de transit des réseaux qui sont dimensionnés, pour la plupart, pour une pluie décennale (20 mm, ndlr)", poursuit notre interlocuteur qui insiste donc sur le caractère exceptionnel des crues enregistrées cette semaine et qui se poursuivront jusqu'à lundi selon une récente note météorologique. 

Mais pourquoi donc à chaque épisode pluvial important, pas forcément aussi exceptionnel que l'est celui de cette année, Casablanca coule sous les eaux ?

"La ville de Casablanca est une ville dynamique; tous les ans, plus de 310 hectares viennent se greffer au périmètre urbain. Ce qui se traduit par une imperméabilisation du sol qui augmente le risque de débordements et d'inondation", explique Saâd Azzaoui. 

"L'eau va ruisseler jusqu'à se retrouver dans le point le plus bas. Ces points bas qui ont été à un moment donné de l'histoire conformes, peuvent ne plus l'être, d'où un schéma directeur qui identifie tous les renforcements nécessaires pour accompagner ce développement urbain sur les points où on constate une insuffisance des réseaux", poursuit-il.

"Nous avons un programme d'investissement qui se fait dans le cadre de nos engagements contractuels qui sont validés dans le comité de suivi (où est représenté le conseil de la ville, ndlr). Au moment où je vous parle, nous avons des projets en cours pour l'équivalent de 600 MDH. Depuis le début du contrat (1997, ndlr) nous avons investi à peu près 26 milliards de DH dont la moitié de ces investissements a été consacrée à l'assainissement", ajoute Saâd Azzaoui. 

C'est dans le cadre de ce programme que sont menés les projets de la galerie de Hay Sadri et le système d’assainissement liquide de la route nationale n°1 (RN1). 

"En parallèle, nous avons un programme annuel de maintenance, de curage et de nettoyage des réseaux. Il faut savoir que nous avons un réseau d'assainissement liquide et d'eau pluviale de plus de 6.800 km avec plus de 150 stations de pompage et de 130 bassins de rétention des eaux pluviales". 

(Intervention des agents de Lydec)

Lydec précise qu'en 2020, près de 30.000 tonnes de sédiments correspondant à divers déchets contenus dans le réseau et les ouvrages ont été extraites. Elle ajoute que le planning et le rapport détaillé de ces différentes actions sont régulièrement envoyés aux autorités concernées du Grand Casablanca (autorité délégante, wilaya, préfectures, arrondissements et communes).

Les investissements consentis restent insuffisants 

Malgré l'importance de ces investissements, le directeur maîtrise d'ouvrage à Lydec concède que "les capacités du contrat ne sont pas suffisantes pour accompagner le développement de Casablanca en termes d'assainissement pluvial". 

"Il faut aussi savoir que l'assainissement pluvial n'a pas de ressources propres. On ne facture pas l'assainissement pluvial. Son financement se fait donc dans le cadre de péréquation entre les métiers et cela ne permet pas de financer la totalité des projets", explique-t-il. 

"Donc, chaque année, nous priorisons les projets qui ont, disons, un impact direct sur la continuité du service. Bien sûr, cela en dehors des évènements exceptionnels tels qu'on les a vécus ces deux derniers jours", poursuit-il en précisant que ces projets, notamment ceux en cours, "répondent à un besoin localisé géographiquement. Le système d’assainissement liquide de la route nationale n°1 (RN1), par exemple, vise à lutter contre les débordements au niveau de route d'El Jadida entre l'Office des changes et la voie express. C'est le cas aussi des autres projets". 

"D'autres points apparaissent au fil du temps avec le développement de la ville, auxquels on répond avec d'autres investissements qui seront programmés pour les résoudre. Et ce programme d'investissement est décidé en concertation avec les autorités de la ville selon des engagements contractuels", insiste Saâd Azzaoui. 

"Nous inscrivons les projets dans la fourchette des capacités disponibles dans le cadre du contrat. Et on sait très bien que tous les ans, quand certains projets sont inscrits, d'autres ne le sont pas faute de moyens. Nous sommes toujours en discussion et en réflexion avec l'autorité délégante pour trouver des moyens de financement pour pouvoir subvenir aux besoins". 

"Vous pouvez constater dans le monde que même les pays qui ont des moyens plus importants peuvent subir des événements d'inondation suite à des pluies exceptionnelles. Et nous sommes dans l'ordre de l'exceptionnel. Cela dit, je n'exclus pas que dans certains points, c'est la concomitance de deux événements. Ces points connaissent une sous-capacité du réseau amplifiée par une pluie exceptionnelle. Sur ces points-là, nous sommes en train d'agir avec un programme d'investissement qui se déploie en concertation avec les autorités", conclut notre interlocuteur.

Les éclairages rationnels apportées par la Lydec n'expliquent pas pourquoi ces projets, importants pour protéger les populations et leurs biens ainsi que les biens publics n'ont pas été priorisés. 

Ils n'expliquent pas non plus comment des chaussées s'effondrent après trois jours de pluies aussi diluviennes soient-elles ! Ils n'expliquent pas non plus le laxisme de l'autorité délégante.

Le Roi Mohammed VI s'est interrogé en 2013 sur le sort de la métropole lors de son discours à l'occasion de l'ouverture de la première session de la troisième année législative de la 9e législature.

"Mais pourquoi cette ville, qui compte parmi les plus riches du Maroc, ne connaît-elle pas concrètement l'essor auquel aspirent les Casablancaises et les Casablancais, à l'instar de beaucoup d'autres villes ? Est-il raisonnable qu'elle reste à ce point un espace des grandes contradictions, jusqu'à devenir l'un des modèles les plus faibles en matière de gestion territoriale ?"

La réponse à ces interrogations, le Souverain l'avait résumée en une phrase: "En un mot, le problème dont souffre la capitale économique tient essentiellement à un déficit de gouvernance". 

Force est de constater que sept ans après ce discours, peu de choses ont changé. 

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