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La souveraineté au cœur du projet royal

Longtemps cantonnée à la défense de l'intégrité territoriale, la souveraineté s'est progressivement imposée comme le fil conducteur des grandes réformes engagées sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Le 28 juillet 2026 à 15h00

Les concepts ont parfois une histoire singulière. Ils apparaissent discrètement dans les discours, s'enrichissent au fil des événements, puis finissent par devenir le fil conducteur d'une vision politique. Tel est le cas de la "souveraineté". Longtemps associée à sa seule dimension territoriale, elle s'est progressivement imposée, dans les discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, comme un principe structurant de l'action publique. Santé, eau, énergie, industrie, protection sociale, sécurité alimentaire, développement territorial ou diplomatie : derrière la diversité des réformes engagées au cours des dernières années se dessine une même ambition, celle de renforcer la capacité du Royaume à maîtriser son destin dans un monde marqué par l'incertitude.

Cette évolution n'est pas le fruit du hasard. Elle répond aux profondes mutations de l'environnement international. La pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques, les ruptures des chaînes d'approvisionnement, les crises énergétiques, alimentaires et hydriques ont rappelé aux États une évidence que l'on croyait parfois dépassée : la mondialisation ne dispense pas de bâtir ses propres capacités nationales. Dans ce nouveau contexte, la souveraineté n'est plus un slogan politique ; elle devient une condition de la résilience et de la liberté de décision.

Une souveraineté à redéfinir

La souveraineté ne signifie ni le repli sur soi, ni l'autarcie, ni même l'autosuffisance absolue. Aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut aujourd'hui prétendre produire seul tout ce dont il a besoin. La souveraineté consiste plutôt à disposer de marges de décision suffisantes pour choisir librement ses partenariats, protéger ses intérêts vitaux et réduire les dépendances susceptibles de fragiliser son développement. Elle suppose une "ouverture assumée", fondée sur des choix souverains, et non une ouverture subie dictée par les circonstances et les forces étrangères.

Elle n'est pas davantage une décision ponctuelle. La souveraineté est une "construction patiente", un processus cumulatif qui se nourrit d'investissements, de réformes institutionnelles solides, d'infrastructures, de capital humain et d'anticipation stratégique. Elle ne se décrète pas ; elle se bâtit dans la durée.

C'est précisément sous cet angle que peuvent être relus les grands chantiers engagés sous l'impulsion du Roi Mohammed VI. Au-delà de leur diversité, ils répondent à une même logique : accroître progressivement la capacité du Maroc à décider librement de son avenir et à réduire ses vulnérabilités dans les domaines essentiels.

Cette orientation apparaît avec une netteté particulière dans les discours royaux des dernières années. La souveraineté n'y est plus seulement évoquée sous l'angle de l'intégrité territoriale. Elle irrigue désormais les politiques relatives à la santé, à l'eau, à l'énergie, à l'industrie, à la sécurité alimentaire ou encore à la cohésion territoriale. Le concept s'est élargi au rythme des défis auxquels le Royaume est confronté.

  La question nationale d’abord

Au cours des dernières années, la diplomatie royale a enregistré des avancées majeures qui ont profondément modifié les paramètres du dossier du Sahara marocain. Le soutien international au plan marocain d'autonomie n'a cessé de s'élargir, tandis que de nombreux États ont ouvert des représentations consulaires à Laâyoune et à Dakhla, consacrant ainsi leur reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.

Cette dynamique trouve son fondement dans une diplomatie constante, portée au plus haut niveau de l'État. Dans le discours prononcé le 20 août 2022, à l’occasion du 69e anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, le Souverain rappelait que le dossier du Sahara constitue "le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international et à l'aune duquel il mesure la sincérité des amitiés et l'efficacité des partenariats". Cette formulation marque une évolution importante : la question nationale n'est plus seulement un dossier diplomatique parmi d'autres ; elle devient le critère structurant des relations extérieures du Royaume.

L'Initiative marocaine d'autonomie, largement saluée par la communauté internationale, ne constitue pas uniquement une solution politique réaliste et crédible au différend régional. Elle traduit également une conception moderne de l'organisation territoriale de l'État. Fondée sur une large décentralisation des compétences dans le respect de l'unité nationale, elle s'inscrit dans la même philosophie que le chantier de la régionalisation avancée.

Celle-ci n'est pas une simple réforme administrative. Elle traduit une nouvelle vision du développement fondée sur la responsabilité des territoires, la proximité de la décision publique et la mobilisation des potentialités régionales. En rapprochant les centres de décision des citoyens, elle renforce la cohésion nationale tout en donnant un contenu concret à une souveraineté qui s'exerce désormais aussi à travers des institutions territoriales plus fortes et plus responsables.

Cette même logique inspire la politique de développement des provinces du Sud. Les investissements considérables réalisés dans les infrastructures, les ports, les routes, les énergies renouvelables et les équipements sociaux témoignent d'une volonté de faire de cette région non seulement un espace pleinement intégré au Royaume, mais également une plateforme stratégique ouverte sur l'Afrique atlantique.

Au fond, la souveraineté territoriale ne se résume plus à la défense d'une frontière. Elle se mesure également à la capacité d'un pays à développer harmonieusement l'ensemble de son territoire, à valoriser ses ressources et à offrir à tous ses citoyens les mêmes perspectives de développement.

 Mettre le citoyen au cœur du projet national

Si la souveraineté territoriale constitue le socle de toute nation, elle ne saurait suffire à elle seule. Un État ne peut prétendre exercer pleinement sa souveraineté s'il demeure incapable d'assurer à ses citoyens un accès équitable aux soins, à la protection sociale ou à des conditions de vie dignes. C'est cette conviction qui transparaît dans les discours royaux consacrés à l'État social.

Le chantier de la généralisation de la protection sociale en constitue sans doute l'illustration la plus significative. Dans le discours du Trône du 29 juillet 2020, le Souverain annonçait le lancement de ce qui demeure l'une des plus importantes réformes sociales depuis l'indépendance, appelant à la généralisation de la protection sociale au profit de l'ensemble des Marocains selon un calendrier précis. Cette décision, prise au lendemain de la pandémie, répondait certes à une urgence sanitaire, mais elle traduisait surtout une vision de long terme : faire de la protection sociale un pilier de la souveraineté nationale.

La crise sanitaire avait en effet révélé une réalité que beaucoup de pays avaient sous-estimée : dépendre de l'extérieur pour des produits ou des équipements stratégiques constitue une vulnérabilité majeure. Elle avait également montré qu'une société ne peut être résiliente sans un système de santé solide, accessible et capable de faire face aux crises. Dans cette perspective, la réforme de la santé, la restructuration de l'offre de soins, la création des groupements sanitaires territoriaux et le renforcement des ressources humaines ne relèvent pas seulement de la politique sociale ; ils participent d'une stratégie plus globale visant à consolider la souveraineté sanitaire de notre pays.

La même logique inspire la mise en place de l'aide sociale directe, la réforme de l'assurance maladie et les différents dispositifs destinés à renforcer la cohésion sociale. La souveraineté ne se mesure plus uniquement à la capacité de défendre les frontières ; elle s'apprécie également à la capacité de protéger les citoyens contre les risques de la vie et de préserver leur dignité.

Réduire les fractures internes

Cette même exigence se retrouve dans un autre thème récurrent des discours royaux : la réduction des disparités territoriales. À plusieurs reprises, le Roi a rappelé que le développement ne saurait profiter uniquement aux espaces les plus favorisés. Dans son discours prononcé le 29 juillet 2025, à l'occasion du 26e anniversaire de son accession au trône, le Roi soulignait avec force qu'"il n'y aura pas de place pour un Maroc avançant à deux vitesses", appelant à une nouvelle génération de programmes territoriaux capables de garantir une répartition plus équilibrée des fruits de la croissance.

Cette déclaration dépasse largement le cadre de l'aménagement du territoire. Elle traduit une conception exigeante de la souveraineté nationale. Un pays dont certaines régions demeurent durablement à l'écart du développement fragilise sa cohésion interne, menace sa stabilité et limite son potentiel collectif. Réduire les écarts entre les territoires, améliorer l'accès aux infrastructures, aux services publics, à l'investissement et à l'emploi revient ainsi à renforcer la solidité de l'ensemble national et favoriser un développement harmonieux.

La régionalisation avancée prend ici tout son sens. Elle ne constitue pas uniquement un mode de gestion plus efficace des collectivités territoriales ; elle traduit la volonté de faire confiance aux territoires, de rapprocher la décision publique des citoyens et de mieux valoriser les potentialités locales. La souveraineté se construit également à partir des territoires.

Nouvelles frontières de la souveraineté

Les bouleversements internationaux ont profondément renouvelé la notion même de souveraineté. Pendant longtemps, celle-ci s'appréciait principalement sous l'angle politique et militaire. Aujourd'hui, elle se mesure également par la capacité des États à sécuriser leurs ressources stratégiques.

Dans un pays soumis à un stress hydrique croissant, l'eau est devenue une question de souveraineté. Les politiques de construction de barrages, de dessalement de l'eau de mer, d'interconnexion des bassins hydrauliques et de rationalisation de la consommation répondent à cette préoccupation. Les discours royaux de ces dernières années ont d'ailleurs insisté sur l'urgence d'une gestion plus rigoureuse de cette ressource vitale, devenue un enjeu majeur de sécurité nationale.

La même approche prévaut dans le domaine énergétique. Le développement des énergies renouvelables, les investissements dans l'hydrogène vert et la diversification des sources d'approvisionnement poursuivent un objectif clair : réduire progressivement les dépendances extérieures et renforcer la sécurité énergétique du Royaume.

Il en va de même pour la politique industrielle. L'essor des filières automobile, aéronautique, électronique ou des batteries ne répond pas uniquement à des objectifs de croissance ou d'exportation. Il traduit une volonté de consolider la base productive nationale, de développer les compétences locales et d'accroître la capacité du Maroc à s'insérer dans les chaînes de valeur mondiales à partir d'une position plus forte.

Là encore, la souveraineté ne signifie nullement l'isolement. Bien au contraire. Ces choix reposent sur une stratégie d'ouverture, d'attractivité des investissements et de multiplication des partenariats internationaux. Mais cette ouverture est désormais pensée comme un levier de renforcement des capacités nationales et non comme une dépendance.

 Une souveraineté en mouvement

À travers ces différents chantiers apparaît une constante. La souveraineté, telle qu'elle se dégage progressivement des discours royaux, n'est ni un concept figé ni un objectif définitivement atteint. Elle constitue un processus permanent d'adaptation, d'anticipation et de renforcement des capacités nationales.

Cette approche explique la cohérence de politiques qui pourraient, à première vue, sembler dispersées. De la diplomatie à la protection sociale, de la gestion de l'eau à la politique industrielle, de la régionalisation avancée à la transition énergétique, toutes participent d'une même ambition : donner au Royaume les moyens de décider librement de son avenir et de mieux résister aux chocs extérieurs.

Vingt-sept ans après l'accession de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Trône, cette lecture offre sans doute une clé de compréhension des transformations qu'a connues le Maroc. Plus qu'une succession de réformes, celles-ci dessinent progressivement les contours d'un projet national où la souveraineté, dans toutes ses dimensions, apparaît comme un principe directeur et une ambition royale.

La souveraineté n'est donc ni un slogan, ni un repli, ni une fin en soi. Elle est une démarche, une exigence et une responsabilité. Elle suppose des institutions solides, une économie compétitive, une société plus inclusive, des territoires mieux intégrés et une diplomatie capable de défendre les intérêts supérieurs de notre pays.

Dans un monde où les certitudes d'hier s'effacent rapidement, la véritable souveraineté ne consiste pas à s'isoler des autres, mais à être suffisamment fort pour coopérer librement avec eux. C'est probablement dans cette conception, à la fois ouverte et exigeante, que réside l'une des clés de lecture les plus éclairantes de l'action conduite sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

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Le 28 juillet 2026 à 15h00

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