Faire face aux guerres hybrides
La concomitance entre la visite du Premier ministre français Sébastien Lecornu au Maroc et le retour de l'affaire Pegasus dans le débat médiatique alimente les interrogations sur les nouvelles formes d'influence dans les relations internationales.
Après la visite du Premier ministre français Sébastien Lecornu au Maroc, et la réapparition simultanée de l’épisode Pegasus, on aurait pu imaginer des étudiants en relations internationales se penchant sérieusement sur une dissertation relative à ce sujet : Commentez l’affaire Pegasus : est-ce un instrument de guerre hybride ou une arme de communication dans les relations Maroc-France ? ou alors poser la problématique différemment : Peut-on saboter une visite officielle par des attaques médiatiques coordonnées : Pegasus, du scandale au levier de pression ? Ou encore : Les guerres hybrides, nouveau champ de bataille diplomatique : l’affaire Pegasus face au rapprochement Maroc-France.
Le passage de la délégation ministérielle française à Rabat, pendant cette tempête médiatique hexagonale, s’inscrit dans le cadre de la Réunion de haut niveau. Elle est venue sceller la réconciliation et le partenariat stratégique entre les deux pays. À cette occasion, Lecornu a réaffirmé, une fois de plus, la position intangible de Paris sur l’intégrité territoriale du Maroc, et réitéré le soutien de la France à la souveraineté marocaine sur son Sahara. Cependant, en France, la campagne médiatique anti-marocaine, qui en réalité n’a jamais cessé, se déroulait en parallèle de la visite de la délégation française. Elle visait à coup sûr un seul objectif, nuire au Maroc et à l’évolution que connaissent les relations entre nos deux pays.
Ces attaques, qu’on peut qualifier d’hybrides, sont ces conflits souterrains qui désignent des activités préjudiciables qui visent un État tiers, et qui sont planifiées et menées dans l’intention de nuire à ses intérêts et d’altérer son image. Elles visent à porter atteinte à une nation et à ses institutions, par l’intermédiaire des médias et organisations non gouvernementales acquis à la cause. Ces campagnes hybrides sont conçues de manière à rendre difficile la détection de leur origine. Elles sont pensées pour rester en dessous du seuil qui pourrait livrer les visages de leurs instigateurs. Elles se répandent de plus en plus à travers le monde, aidées en cela par les moyens technologiques modernes sophistiqués.
L’objectif des guerres hybrides n’est pas de vaincre par les armes, mais d’éroder un pays de l’intérieur, par la fausse information et la désinformation, d’affaiblir sa cohésion sociale, et de saper le moral de la nation et sa confiance dans ses institutions. Les conséquences de ces attaques sont loin d’être négligeables sur le plan interne. Sur le plan international, elles peuvent altérer l’image du pays en critiquant par exemple ses responsables, ses institutions ou ses infrastructures, dans la perspective de dissuader les visiteurs de s’y rendre ou d’y investir. Sur le plan social, ces désinformations risquent d’attiser la polarisation et d'exacerber les tensions politiques, ethniques ou religieuses.
Les guerres hybrides peuvent être soutenues par les services d’un État instigateur contre un autre moins malléable. Elles permettent d’atteindre des objectifs stratégiques à moindre coût, sans engager directement ses forces militaires ou sa puissance. C’est ce qui rend difficile et compliquée l’attribution de tels actes à une seule source, qu'elle soit officielle ou officieuse. L’autre marque de la guerre hybride est de mener des actions hostiles tout en maintenant le déni pour rendre malaisée l’identification des acteurs. Cette zone grise entre paix et guerre, entre entente et confrontation, constitue le terrain fertile par excellence pour déstabiliser un concurrent sans pour autant provoquer une escalade incontrôlée.
L’autre trait de la guerre hybride est incontestablement sa flexibilité et son adaptation à l’évolution des événements. Les acteurs de ces actes, parce qu’ils agissent dans l’anonymat, ont la faculté d’adapter leurs tactiques en fonction de l’évolution de la situation, en relançant par exemple des rumeurs ou accusations au moment le plus opportun, comme lors d’une rencontre officielle. C’est cette capacité d’adaptation et d’action qui rend les attaques hybrides particulièrement efficaces et moins coûteuses qu’une confrontation directe.
Dans ces guerres hybrides modernes, le cyberespace est devenu un champ de bataille crucial. Les cyberattaques initiées de l’extérieur peuvent paralyser les infrastructures d’un Etat, perturber sa communication, ou accéder à des informations sensibles qui servent à des chantages. Ces guerres d’information et de manipulation exploitent avec une facilité déconcertante les médias sociaux et les plateformes numériques pour diffuser, à grande échelle, les accusations et les mensonges. L’accélération technologique et le développement de l’intelligence artificielle ont démultiplié encore plus la portée et l’efficacité de ces guerres hybrides.
Ce ne sont pas les exemples qui manquent de ces guerres hybrides et qui se développent dangereusement dans le monde. Israël s’en sert au Liban, en Syrie, contre l’Iran et ailleurs. Il s’en sert pour attaquer parfois des entités non étatiques, c’est-à-dire des acteurs autres que l’Etat pour affaiblir et soumettre les gouvernements en place. L’Iran suit également le même dessein dans les pays de la région, comme au Yémen et au-delà. Nulle part la guerre hybride n’est plus visible qu’en mer Baltique et dans les pays de l’Est devenus l’épicentre de l’offensive russe. Enfin ces méthodes de guerre hybride, conjuguées à la propagande, se sont transposées en Algérie, qui s’en sert sans retenue pour déstabiliser son voisin de l’Ouest.
C’est au moment où les relations entre Rabat et Paris étaient au plus bas que l’affaire Pegasus est apparue pour plomber les liens entre les responsables des deux pays. Un consortium de journalistes avait accusé le Maroc d’espionner certains responsables français sans apporter de preuves, ce qui avait retardé la réconciliation entre les deux pays. Le Maroc avait alors fermement nié l’usage de ce logiciel, et réfuté tout recours à ces méthodes d’espionnage. Il avait qualifié, en ce temps, l’enquête menée par ces journalistes de campagne médiatique hostile sans preuves irréfutables.
Pendant cette campagne, dans certains médias français sont apparues d’autres personnes mandatées par l’Algérie, comme l’avocat du polisario en France un certain Joseph Breham, qui s’attaquait ouvertement aux institutions marocaines. Ne déclarait-il pas alors que "les Marocains nous espionnent et nous leur faisons des concessions diplomatiques, ils ont un pouvoir extrêmement fort en France, et je ne peux que m’en étonner" ? Ainsi, les dénigrements qui visaient le Maroc en France avaient des soutiens qui provenaient d’Alger.
Les objectifs de cette cavalcade étaient dès lors clairs. Il fallait gêner le rapprochement entre le Maroc et la France et aggraver le fossé entre leurs responsables. Pour certains cercles européens, l’idée d’un Maroc qui avance, qui multiplie ses partenaires, qui s’investit dans son continent en partageant son expertise et en proposant des partenariats solides et ouverts, ne passe plus. Une France alignée sur le Maroc ne pourrait que le rendre encore plus puissant dans sa région, et plus intransigeant dans la défense de ses propres intérêts. Réchauffer l’histoire de Pegasus, espérait-on, mettrait en difficulté le Maroc et forcerait la France à ralentir son enthousiasme à l’égard du Royaume.
La meilleure réponse donnée aux détracteurs a été celle du Premier ministre français lui-même. Il a déclaré que nos deux pays préparaient un traité d’amitié hors-normes, qui sera annoncé lors de la visite du Souverain à Paris. Pour Sébastien Lecornu, ce sera là l’occasion d’instaurer un partenariat d’exception entre nos deux pays, et une nouvelle étape qui changera l’échelle de la coopération maroco-française. Il a ajouté que nos deux pays faisaient face aux mêmes défis liés à la sécurité, aux enjeux démographiques et environnementaux qui justifient le renforcement de leur partenariat stratégique.
à lire aussi
Article : La CGEM échange avec le Parti de l’Istiqlal sur les priorités économiques
La CGEM a accueilli une délégation du Parti de l’Istiqlal, conduite par son secrétaire général Nizar Baraka. Les deux parties ont échangé sur leurs priorités économiques et partagé leurs points de vue sur plusieurs sujets liés aux entreprises, à l’investissement et à l’emploi.
Article : DGI : les principales échéances fiscales à respecter avant le 31 juillet
La Direction générale des impôts rappelle que plusieurs déclarations et paiements doivent être effectués au plus tard le 31 juillet 2026. Ils concernent notamment la TVA, les délais de paiement, les retenues à la source et les auto-entrepreneurs.
Article : Les voyageurs à l’épreuve de l’EES, le nouveau système de contrôle aux frontières européennes
Présenté par l’Union européenne comme un outil de modernisation et de sécurisation des contrôles, le système européen d’entrée/sortie (EES) suscite également des interrogations sur son impact à court terme, notamment en raison des délais supplémentaires qu’il pourrait entraîner pour certains voyageurs.
Article : Casablanca renforce la gestion technique de trois trémies stratégiques
Après avoir engagé des travaux de sécurisation sur les tunnels des Almohades et de Dakar, Casa aménagement prévoit désormais d'assurer, pendant un an, l'exploitation technique et la gestion opérationnelle de trois trémies majeures de la métropole, afin de garantir leur fonctionnement continu.
Article : Le Complexe Mohammed VI de formation professionnelle remis aux autorités maliennes sur instructions royales
Édifié sur une superficie de 5.200 m² à Bamako, le Complexe Mohammed VI de formation professionnelle, remis aux autorités maliennes sur instructions royales, accueillera près de 1.000 stagiaires par an dans 21 filières, dont 12 dédiées aux métiers du BTP et 9 aux secteurs du tourisme, de l'hôtellerie et de la restauration.
Article : Bourse de Casablanca. Le MASI termine en hausse de 0,43%
La Bourse de Casablanca a terminé la dernière séance de la semaine sur une note positive. Le MASI s'est apprécié de 0,43%, réduisant légèrement ses pertes depuis le début de l'année, dans un marché ayant généré près de 165 MDH de transactions, exclusivement sur le marché central.