Cannabis. L'usage médical n'a rien à voir avec l'usage récréatif (experts)

Joints par Médias24, des experts nous éclairent sur le potentiel médical du cannabis qui ne contient pas que des produits psychoactifs et dont l'usage thérapeutique reste, comme la morphine, sous contrôle médical.

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Cannabis. L'usage médical n'a rien à voir avec l'usage récréatif (expert) (Photo AFP)

Le 03 mars 2021 à 18:35

Modifié le 05 mars 2021 à 10:08

Élaboré par le ministère de l’Intérieur, le projet de loi 21.13 sur l’usage légal du chanvre indien fait l’objet de plusieurs débats, notamment au sujet de ses apports médicaux et socio-économiques. 

Il a également été confronté à des réticences sociales et politiques. Certains ont confondu l’usage récréatif avec l’usage médical du cannabis, tandis que d’autres n’ont pas saisi les atouts que peut apporter cette dépénalisation pour le pays.

Pourtant, le projet de loi est très clair : l’usage récréatif du cannabis restera interdit. La dépénalisation proposée ne concerne que l’usage médical et thérapeutique de la plante et ses dérivés, puisque le marché international du cannabis à usage médical présente un réel potentiel économique pour le Maroc. 

De plus, un tel projet va permettre de développer le Nord du Royaume et améliorer la vie de ses habitants, y compris les agriculteurs.  

Le projet de loi a été examiné jeudi 25 février en conseil de gouvernement. La suite de son étude et son adoption a été reportée à ce jeudi 4 mars. Au cours de cette semaine, la question a été étudiée par plusieurs experts qui ont tenté d’en expliquer les avantages et d'en analyser les enjeux. 

Contactés par Médias24, des experts nous éclairent sur l’usage médical de cette plante et l’intérêt, pour le Maroc, de développer son usage licite. Il s'agit de Pr Driss Moussaoui, professeur de psychiatrie, Pr Jaafar Heikel, professeur de médecine (épidémiologiste) et de Khalid Tinasti, directeur de la "global commission on drug policy".

"Addictif et dangereux, l'usage thérapeutique du cannabis est soumis aux prescriptions médicales"

“Au Maroc, l’ambiguïté autour de la légalisation ou encore de la tolérance de l’usage du cannabis n’est pas récente. Depuis le temps des Almohades, les gens qui fumaient le kif subissaient des "ablations" dentaires en public sur la place Jamaa El Fna. C’est une histoire très ancienne, imbibée dans la conscience collective”, déclare Pr Moussaoui. 

Depuis, les choses ont changé, notamment sur le plan scientifique puisque, comme nous l’explique Khalid Tinasti, “dans les années 60 le cannabis a été placé dans deux tableaux au niveau international. Le premier le décrit comme une substance très addictive, ce qui est toujours le cas. C’est pourquoi le cannabis nécessite un contrôle aussi fort que celui d’un produit basé sur l’opium comme la morphine. Le second est le tableau IV qui classait le cannabis comme une substance qui n’a aucune valeur médicale. C’est ce qui a changé en décembre 2020 au niveau de la commission des stupéfiants de l’ONU”. 

Autrement dit, la communauté internationale dit que “le cannabis peut avoir des bénéfices médicaux et c’est à chaque pays de décider s’il veut en tirer profit ou pas”, ajoute M. Tinasti. 

Selon Pr Heikel, "la France prévoit d'utiliser le 31 mars 2021, dans le cadre d'un projet de loi, du cannabis thérapeutique et médicamenteux chez 3.000 patients. Les Canadiens, qui en ont légalisé l’usage, sont les champions du monde de la médecine préventive. Si cette plante a des vertus thérapeutiques et médicinales, pourquoi ne pas l’étudier ?"

Morphine, cigarettes, paracétamol... Tant de substances dangereuses mais autorisées 

M. Tinasti souligne que sur le plan international “l’usage récréatif des substances dangereuses est interdit. Mais en même temps, l’accès au système médical est une obligation. Donc, à titre d’exemple, il faut interdire l’héroïne mais aussi assurer l’accès à la morphine, sachant que les deux sont des dérivés de l’opium”. 

Le même exemple a été cité par Pr Jaafar Heikel. Il souligne que “la morphine est non seulement extrêmement addictive mais aussi dangereuse”. Cela dit, elle est “entre les mains des médecins”, et ce sera également le cas du cannabis à usage médical si toutefois il est autorisé. 

En effet, compte tenu de son côté addictif et dangereux, l’usage du cannabis dans un cadre médical et thérapeutique est soumis aux prescriptions médicales

“Il ne s’agit pas non plus de se rendre chez le médecin avec un mal de tête et de réclamer une prescription médicale. On n’utilise le cannabis thérapeutique que dans le cadre de douleurs intenses notamment pour les personnes souffrant de sclérose en plaques ou de cancer”, indique Pr Heikel. 

Ce dernier souligne, par ailleurs, que “le médicament le plus utilisé au Maroc est le paracétamol. Pourtant, il n’est pas dénué d’effets secondaires puisqu’il peut créer des hépatites aiguës graves. Tout médicament ou toute substance a des effets indésirables. Mais elle porte aussi, en majorité, des effets bénéfiques. C’est ce qu’on appelle la balance bénéfice-risque”. 

Pr Heikel indique pour sa part que “la substance la plus addictive consommée par l’être humain est la cigarette. Et malgré ses dangers pour la santé, elle n’est pas interdite et ne fait pas l’objet de débats ou de fatwas”, ajoute-t-il. 

“Dans la cigarette il y a près de 800 produits différents. Les gens pensent qu’il n’y a que du goudron et de la nicotine mais ce n’est pas le cas. Idem pour le cannabis qui contient des produits différents avec chacun des actions différentes”, déclare Pr Moussaoui. 

"Tous les composants actifs du cannabis ne sont pas psychogènes" 

“Le cannabis contient un grand nombre de produits. Certains, comme le THC (tétrahydrocannabinol) posent problème au niveau du fonctionnement cérébral. Cela perturbe la perception de la vitesse, de la couleur ainsi que la concentration de la personne. Les accidents mortels sur la voie publique sont multipliés par deux ou par trois, et les personnes ayant une vulnérabilité génétique pour la schizophrénie, deviennent schizophrènes plus rapidement. Mais, il y a d’autres substances comme le CBD (Cannabidiol), qui peuvent aider certaines personnes comme ceux qui ont une épilepsie résistante aux traitements ou ceux qui souffrent de douleurs dues à la sclérose en plaques”, explique la même source. 

En effet, “le CBD n’a absolument pas de psychoactifs. Beaucoup de pays ne le contrôlent pas. Il est même vendu dans la rue car il s’agit uniquement d’une plante qui relaxe les gens mais qui ne fait pas tourner la tête et n’altère pas l’esprit”, indique M. Tinasti. 

C’est ce que confirme Pr Heikel. Il précise que c’est la THC qui est dangereuse et psychogène. D’ailleurs, si “le cannabis marocain est célèbre c’est grâce au taux de THC élevé, car il varie entre 18 et 20%. Or, le cannabis médicamenteux ne doit pas dépasser 0,2% de THC”.

“Je pense qu’il ne faut pas complètement rejeter la dépénalisation du cannabis, sans pour autant aller à la légalisation de l’usage récréatif. Il faut trouver un juste milieu qui va permettre aux agriculteurs de vivre, à la région de se développer sereinement, sans pour autant opérer dans l’illégal. Ce qui va aussi protéger la santé des gens et offrir une opportunité industrielle au Maroc”, ajoute-t-il.  

(Photo AFP)

Cannabis. L'usage médical n'a rien à voir avec l'usage récréatif (experts)

Le 03 mars 2021 à19:10

Modifié le 05 mars 2021 à 10:08

Joints par Médias24, des experts nous éclairent sur le potentiel médical du cannabis qui ne contient pas que des produits psychoactifs et dont l'usage thérapeutique reste, comme la morphine, sous contrôle médical.

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Élaboré par le ministère de l’Intérieur, le projet de loi 21.13 sur l’usage légal du chanvre indien fait l’objet de plusieurs débats, notamment au sujet de ses apports médicaux et socio-économiques. 

Il a également été confronté à des réticences sociales et politiques. Certains ont confondu l’usage récréatif avec l’usage médical du cannabis, tandis que d’autres n’ont pas saisi les atouts que peut apporter cette dépénalisation pour le pays.

Pourtant, le projet de loi est très clair : l’usage récréatif du cannabis restera interdit. La dépénalisation proposée ne concerne que l’usage médical et thérapeutique de la plante et ses dérivés, puisque le marché international du cannabis à usage médical présente un réel potentiel économique pour le Maroc. 

De plus, un tel projet va permettre de développer le Nord du Royaume et améliorer la vie de ses habitants, y compris les agriculteurs.  

Le projet de loi a été examiné jeudi 25 février en conseil de gouvernement. La suite de son étude et son adoption a été reportée à ce jeudi 4 mars. Au cours de cette semaine, la question a été étudiée par plusieurs experts qui ont tenté d’en expliquer les avantages et d'en analyser les enjeux. 

Contactés par Médias24, des experts nous éclairent sur l’usage médical de cette plante et l’intérêt, pour le Maroc, de développer son usage licite. Il s'agit de Pr Driss Moussaoui, professeur de psychiatrie, Pr Jaafar Heikel, professeur de médecine (épidémiologiste) et de Khalid Tinasti, directeur de la "global commission on drug policy".

"Addictif et dangereux, l'usage thérapeutique du cannabis est soumis aux prescriptions médicales"

“Au Maroc, l’ambiguïté autour de la légalisation ou encore de la tolérance de l’usage du cannabis n’est pas récente. Depuis le temps des Almohades, les gens qui fumaient le kif subissaient des "ablations" dentaires en public sur la place Jamaa El Fna. C’est une histoire très ancienne, imbibée dans la conscience collective”, déclare Pr Moussaoui. 

Depuis, les choses ont changé, notamment sur le plan scientifique puisque, comme nous l’explique Khalid Tinasti, “dans les années 60 le cannabis a été placé dans deux tableaux au niveau international. Le premier le décrit comme une substance très addictive, ce qui est toujours le cas. C’est pourquoi le cannabis nécessite un contrôle aussi fort que celui d’un produit basé sur l’opium comme la morphine. Le second est le tableau IV qui classait le cannabis comme une substance qui n’a aucune valeur médicale. C’est ce qui a changé en décembre 2020 au niveau de la commission des stupéfiants de l’ONU”. 

Autrement dit, la communauté internationale dit que “le cannabis peut avoir des bénéfices médicaux et c’est à chaque pays de décider s’il veut en tirer profit ou pas”, ajoute M. Tinasti. 

Selon Pr Heikel, "la France prévoit d'utiliser le 31 mars 2021, dans le cadre d'un projet de loi, du cannabis thérapeutique et médicamenteux chez 3.000 patients. Les Canadiens, qui en ont légalisé l’usage, sont les champions du monde de la médecine préventive. Si cette plante a des vertus thérapeutiques et médicinales, pourquoi ne pas l’étudier ?"

Morphine, cigarettes, paracétamol... Tant de substances dangereuses mais autorisées 

M. Tinasti souligne que sur le plan international “l’usage récréatif des substances dangereuses est interdit. Mais en même temps, l’accès au système médical est une obligation. Donc, à titre d’exemple, il faut interdire l’héroïne mais aussi assurer l’accès à la morphine, sachant que les deux sont des dérivés de l’opium”. 

Le même exemple a été cité par Pr Jaafar Heikel. Il souligne que “la morphine est non seulement extrêmement addictive mais aussi dangereuse”. Cela dit, elle est “entre les mains des médecins”, et ce sera également le cas du cannabis à usage médical si toutefois il est autorisé. 

En effet, compte tenu de son côté addictif et dangereux, l’usage du cannabis dans un cadre médical et thérapeutique est soumis aux prescriptions médicales

“Il ne s’agit pas non plus de se rendre chez le médecin avec un mal de tête et de réclamer une prescription médicale. On n’utilise le cannabis thérapeutique que dans le cadre de douleurs intenses notamment pour les personnes souffrant de sclérose en plaques ou de cancer”, indique Pr Heikel. 

Ce dernier souligne, par ailleurs, que “le médicament le plus utilisé au Maroc est le paracétamol. Pourtant, il n’est pas dénué d’effets secondaires puisqu’il peut créer des hépatites aiguës graves. Tout médicament ou toute substance a des effets indésirables. Mais elle porte aussi, en majorité, des effets bénéfiques. C’est ce qu’on appelle la balance bénéfice-risque”. 

Pr Heikel indique pour sa part que “la substance la plus addictive consommée par l’être humain est la cigarette. Et malgré ses dangers pour la santé, elle n’est pas interdite et ne fait pas l’objet de débats ou de fatwas”, ajoute-t-il. 

“Dans la cigarette il y a près de 800 produits différents. Les gens pensent qu’il n’y a que du goudron et de la nicotine mais ce n’est pas le cas. Idem pour le cannabis qui contient des produits différents avec chacun des actions différentes”, déclare Pr Moussaoui. 

"Tous les composants actifs du cannabis ne sont pas psychogènes" 

“Le cannabis contient un grand nombre de produits. Certains, comme le THC (tétrahydrocannabinol) posent problème au niveau du fonctionnement cérébral. Cela perturbe la perception de la vitesse, de la couleur ainsi que la concentration de la personne. Les accidents mortels sur la voie publique sont multipliés par deux ou par trois, et les personnes ayant une vulnérabilité génétique pour la schizophrénie, deviennent schizophrènes plus rapidement. Mais, il y a d’autres substances comme le CBD (Cannabidiol), qui peuvent aider certaines personnes comme ceux qui ont une épilepsie résistante aux traitements ou ceux qui souffrent de douleurs dues à la sclérose en plaques”, explique la même source. 

En effet, “le CBD n’a absolument pas de psychoactifs. Beaucoup de pays ne le contrôlent pas. Il est même vendu dans la rue car il s’agit uniquement d’une plante qui relaxe les gens mais qui ne fait pas tourner la tête et n’altère pas l’esprit”, indique M. Tinasti. 

C’est ce que confirme Pr Heikel. Il précise que c’est la THC qui est dangereuse et psychogène. D’ailleurs, si “le cannabis marocain est célèbre c’est grâce au taux de THC élevé, car il varie entre 18 et 20%. Or, le cannabis médicamenteux ne doit pas dépasser 0,2% de THC”.

“Je pense qu’il ne faut pas complètement rejeter la dépénalisation du cannabis, sans pour autant aller à la légalisation de l’usage récréatif. Il faut trouver un juste milieu qui va permettre aux agriculteurs de vivre, à la région de se développer sereinement, sans pour autant opérer dans l’illégal. Ce qui va aussi protéger la santé des gens et offrir une opportunité industrielle au Maroc”, ajoute-t-il.  

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