Yémen: les miliciens chiites forment une commission pour assurer la sécurité
Les miliciens chiites ont nommé samedi une commission de sécurité après s'être emparés la veille du pouvoir exécutif, un coup de force dénoncé comme "un putsch" par des manifestants et critiqué par les Etats-Unis et l'ONU.
Comme un défi à l'autorité des nouveaux maîtres de Sanaa, un engin a explosé samedi à l'entrée sud du Palais présidentiel, qui est sous le contrôle des miliciens chiites depuis le 20 janvier, faisant deux blessés dont un civil.
Des commerces du secteur ont été aussitôt fermés à la demande de ces miliciens, qui recherchaient d'autres engins explosifs, selon des témoins.
Simultanément, des miliciens chiites ont tiré en l'air à balles réelles pour disperser, comme la veille, de nombreux protestataires sur une place près de l'Université de Sanaa et dans d'autres villes, dont Taëz (sud-ouest), Hodeida (ouest), Ibb et Baïda (centre).
Ils manifestaient contre un "putsch" chiite, selon des témoins et des activistes qui ont fait état de "17 arrestations" à Sanaa.
Vendredi, la milice chiite a consolidé son emprise sur le pouvoir dans ce pays pauvre de la péninsule arabique en révoquant le Parlement et en installant un Conseil présidentiel de cinq membres.
Également appelés Houthis, du nom de leur chef, les miliciens chiites sont issus de la minorité zaïdite concentrée dans le nord du Yémen.
Ils sont entrés le 21 septembre dans la capitale Sanaa et ont depuis élargi leur influence vers l'ouest et le centre du pays.
Fin janvier à Sanaa, la prise par les Houthis du Palais présidentiel et d'autres bâtiments gouvernementaux ont précipité en quelques jours la démission du président Abd Rabbo Mansour Hadi et du gouvernement.
Selon un communiqué de la milice chiite, les ministres de la Défense et de l'Intérieur de ce gouvernement démissionnaire figurent parmi les 18 membres de la commission de sécurité, qui "dirigera les affaires du pays jusqu'à la mise en place du Conseil présidentiel".
Son président, le général Mahmoud al-Sobeihi, était ministre de la Défense dans le gouvernement démissionnaire.
Cette nomination a été cependant accueillie avec méfiance dans l'entourage de M. Sobeihi, considéré comme un fidèle du président Hadi. "Nous avons perdu tout contact avec lui et nous nous inquiétons pour sa vie", a déclaré à l'AFP son chef de cabinet, Abdel Aziz Mansour.
Le futur Conseil présidentiel, qui doit être élu par un Conseil national de 551 membres destiné à remplacer le Parlement dissout, doit former un gouvernement de compétence nationale pour une période de transition, fixée à deux ans.
- Silence à Ryad et Téhéran -
La mainmise des Houthis sur le pouvoir s'est formalisée vendredi au lendemain de la suspension, faute d'accord, des négociations politiques sur une sortie de crise, parrainées par l'émissaire de l'ONU au Yémen Jamal Benomar.
M. Benomar, qui a quitté précipitamment le Yémen peu avant la "déclaration constitutionnelle" des miliciens chiites, est revenu samedi à Sanaa où, selon l'agence officielle Saba, il doit "rencontrer le Comité révolutionnaire", appellation désignant les Houthis, "et des formations et partis politiques".
Alors que le parti populaire nassérien (pan-arabe) a dénoncé dans un communiqué l'action des Houthis comme "un putsch contre la légalité constitutionnelle", les autres formations, dont Al-Islah (islamiste), le parti socialiste et le Congrès populaire général (CPG, dirigé par l'ex-président Ali Abdallah Saleh devenu un allié des Houthis), n'ont pas encore réagi officiellement.
L'Arabie saoudite, pays frontalier et principal pourvoyeur de fonds du Yémen, et l'Iran, accusé de soutenir les miliciens chiites, gardent encore le silence.
Les Etats-Unis, alliés du régime de M. Hadi dans la lutte antiterroriste, ont désapprouvé l'initiative des Houthis qui, selon responsable américain, suscite une grande inquiétude et "un sentiment que la communauté internationale doit prendre une position plus forte".
Le Conseil de sécurité des Nations Unies s'est déclaré "très inquiet" de la situation et a brandi la menace de sanctions si les négociations ne reprennent pas.
Mais les Houthis, qui ont célébré vendredi soir leur coup de force par des feux d'artifice dans le ciel de Sanaa et de Saada, leur fief du nord, ont appelé à de nouvelles célébrations samedi après-midi dans la banlieue nord de Sanaa, marquées par un discours de leur chef, Abdel Malek al-Houthi, selon leur télévision Al-Massira.