Un projet renforçant le caractère “juif” d'Israël divise le gouvernement
Les ministres israéliens étaient dimanche divisés sur un projet de loi controversé visant à renforcer le caractère juif de l'Etat d'Israël au détriment, selon ses détracteurs, de son caractère démocratique.
Selon ce projet, Israël ne serait plus défini dans les Lois fondamentales, qui font office de Constitution, comme "juif et démocratique" mais comme "l'Etat national du peuple juif".
Deux versions du projet de loi sont soumises au vote du gouvernement, à l'initiative de députés de la frange la plus à droite de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu. La première version est présentée par Zeev Elkin, du Likoud, le parti de M. Netanyahu, la deuxième, la plus controversée, par Ayelet Shaked, du Foyer juif, un parti de la droite ultra-nationaliste, et Yariv Levin (Likoud).
Selon des commentateurs, le débat entre les ministres était particulièrement houleux et ponctué de cris.
Ce projet de loi provoque une levée de boucliers parmi les députés et les ministres du centre et de la gauche qui craignent que le texte n'institutionnalise la discrimination à l'encontre de la minorité arabe-israélienne.
Il est débattu dans un contexte de montée des tensions à Jérusalem-Est, la partie palestinienne occupée et annexée par Israël de la Ville sainte, et en Cisjordanie occupée. Les affrontements entre Palestiniens et forces de l'ordre israéliennes ainsi que les attentats, dont le dernier mardi a tué cinq Israéliens dans une synagogue de Jérusalem-Ouest, font craindre un embrasement généralisé.
Les descendants des Palestiniens restés sur leur terre après la création d'Israël en 1948, qui représentent un Israélien sur cinq, sont aujourd'hui vent debout contre le projet de loi renforçant le caractère "juif" d'Israël.
Le procureur général Yehouda Weinstein, conseiller juridique du gouvernement, a lui aussi critiqué ce projet, estimant qu'il affaiblissait le caractère démocratique d'Israël, et la ministre de la Justice Tzipi Livni a réussi la semaine dernière à faire repousser le vote.
- 'Mascarade politique' -
Face à ces critiques, M. Netanyahu a assuré à l'ouverture de la réunion du gouvernement: "Il y a ceux qui veulent que la démocratie l'emporte sur le caractère juif et il y a ceux qui veulent que le caractère juif l'emporte sur la démocratie. Dans les principes de la loi que je présente aujourd'hui ces deux principes sont égaux".
Ce projet est une "inscription du racisme, déjà présent dans la rue, dans la Loi et au coeur du système politique", a accusé Majd Kayyal, d'Adalah, le Centre juridique de défense des droits de la minorité arabe. "La démocratie garantit que tous les citoyens ont les mêmes droits et sont égaux face à l'Etat, mais cette modification raciste introduit une distinction sur la base de la religion", selon lui.
Les deux versions du projet de loi discutées ce dimanche sont un gage donné par M. Netanyahu aux éléments les plus à droite de sa coalition mais la version définitive du texte sera amendée et édulcorée à la Knesset (Parlement), explique Denis Charbit, professeur de Sciences politiques à l'Université ouverte d'Israël.
"C'est une mascarade politique. Netanyahu sait qu'il fait voter un projet imbuvable, qui a été critiqué par le conseiller juridique du gouvernement comme extrêmement problématique", explique-t-il.
La Knesset doit se prononcer mercredi sur le projet en première lecture, selon le quotidien Haaretz.