Ukraine: l'Est séparatiste prorusse vote en défiant Kiev et les Occidentaux
Les régions séparatistes de l'est de l'Ukraine votaient dimanche pour élire leurs présidents et leurs Parlements, défiant Kiev et les Occidentaux dans un scrutin qui pourrait remettre en cause le fragile processus de paix.
Les élections dans les républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, que Moscou a promis de reconnaître, risquent de sceller la perte de contrôle par Kiev des territoires rebelles à l'issue d'un conflit de six mois qui a fait plus de 4.000 morts après l'annexion en mars de la Crimée par la Russie.
Le président pro-occidental Petro Porochenko, élu en mai après la contestation du Maïdan à Kiev, réprimée dans le sang en février et ayant entraîné la chute du régime prorusse, a qualifié ces scrutins de "farce menée sous la menace des chars" et d'un "défi" auquel l'Ukraine répondra "de façon adéquate".
En pleines élections, un porte-parole militaire ukrainien a dénoncé un déploiement "intense d'équipements et de troupes" en provenance de Russie, alors qu'il était interrogé sur les images et vidéos diffusées par des médias ukrainiens sur lesquelles on voit plusieurs dizaines de camions militaires sans plaques d'immatriculation, présentés comme une "colonne russe dans les rues de Donetsk".
Des journalistes de l'AFP ont observé dimanche après-midi une colonne d'une vingtaine de camions militaires, dont plusieurs transportant des mitrailleuses antiaériennes allant vers l'aéroport de Donetsk, épicentre des combats ces derniers mois entre rebelles et forces ukrainiennes.
Les Occidentaux ont d'ores et déjà fustigé ce scrutin qui va compliquer les efforts de la paix dans la crise ukrainienne, ayant entraîné la pire dégradation des relations avec la Russie depuis la fin de la guerre froide.
- "Question de guerre ou de paix" -
Mais à Moscou un haut responsable parlementaire pro-Kremlin a estimé dimanche soir que Kiev était "obligé de reconnaître" ces élections.
"C'est une question de guerre ou de paix", a déclaré le vice-président de la Douma (chambre basse du Parlement russe) Mikhaïl Marguelov, cité par l'agence de presse russe TASS.
A Saint-Pétersbourg, deuxième ville russe, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche en appelant le président Vladimir Poutine à reconnaître les républiques séparatistes et à leur apporter "un soutien militaire massif".
"J'espère que notre vote va changer quelque chose. Peut-être que nous allons finalement être reconnus comme un vrai pays, indépendant", a déclaré Tatiana Ivanovna, 65 ans dans un bureau de vote à Donetsk, bastion rebelle.
A Donetsk, les électeurs, tous âgés, était nombreux, selon des journalistes de l'AFP, mais il restait difficile de se faire une idée du taux de participation dans la mesure où le nombre de bureaux de vote ouverts était moindre que d'habitude.
Les premières estimations devaient être annoncées à 18HOO GMT.
Pour le "Premier ministre" de la république autoproclamée de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, dont la victoire ne fait guère de doute, ce vote "permettra de constituer un gouvernement légitime".
Ce mécanicien de 38 ans avait dirigé à Donetsk la cellule locale du groupe paramilitaire Oplot, dont le chef avait publiquement appelé à "crever un oeil ou casser une jambe" aux opposants pro-européens. En août, M. Zakhartchenko avait été nommé "Premier ministre" en remplacement d'un citoyen russe.
A Lougansk, autre place forte des séparatistes, l'ex-militaire de 50 ans Igor Plotnitski, très attaché au passé soviétique, devrait être confirmé dans ses fonctions.
- Fausse OSCE -
Aucune organisation internationale n'a envoyé d'observateurs pour ces élections.
Alors que les médias russes publient des commentaires d'"observateurs internationaux" sur le scrutin, Kiev a accusé la Russie de "manipulation" avec la mise en place d'une fausse OSCE, l'"ASCE" (Association pour la sécurité et la coopération en Europe) réunissant des "hommes politiques de droite italiens et autrichiens".
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, à l'instar de Bruxelles, a estimé que ce scrutin allait "sérieusement ébranler les accords de Minsk" signés le 5 septembre entre Kiev, les rebelles, Moscou et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
Sur le terrain, le cessez-le-feu qui en découle semble être de plus en plus virtuel, avec une reprise des combats dans plusieurs zones qui ont fait plus de 300 morts au cours des dix derniers jours, selon un bilan établi par l'ONU.
L'armée ukrainienne a perdu trois hommes en 24 heures dont deux dans une explosion dimanche matin sur un barrage ukrainien à l'entrée de Marioupol, port stratégique sur les bords de la mer d'Azov et dernière grande ville de l'Est contrôlée par Kiev.
La veille, Kiev a annoncé la perte de sept soldats, un des plus lourds bilans depuis septembre.