Le sommet européen empêtré dans les problèmes de budget
Le sommet européen s'est empêtré vendredi dans les problèmes de budgets, le Premier ministre britannique David Cameron refusant une demande de rallonge de plus de deux milliards d'euros au pot européen, jugée "inacceptable".
Au terme d'une révision technique du montant des contributions nationales pour 2014, la Commission européenne réclame à plusieurs Etats membres de rajouter des milliards d'euros pour le budget 2014 de l'UE. La Grande-Bretagne est la plus lourdement taxée, avec une rallonge pouvant aller jusqu'à 2,1 milliards d'euros.
Cette demande, révélée jeudi en marge du sommet européen, a immédiatement provoqué la colère de David Cameron. Vendredi, il a réclamé la tenue d'une réunion exceptionnelle des ministres européens des Finances.
Sous pression d'une poussée eurosceptique dans son pays, M. Cameron est visiblement tombé des nues, selon une source britannique.
Le nouveau calcul des contributions nationales figure dans une proposition de budget rectificatif adopté mi-octobre par la Commission, en vue du bouclage du budget européen 2014. Il prend en compte la révision des chiffres du PIB en Europe, en incluant de nouvelles activités comme le trafic de drogue et la prostitution.
Mais le plus grand flou règne. Le président sortant de la Commission, José Manuel Barroso, a même soutenu jeudi ne pas être au courant de la demande de ses services.
Outre la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, également très mécontents, doivent rajouter au budget quelque 600 millions d'euros. Leur ministre des Finances et patron de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, est monté au front vendredi, qualifiant cette nouvelle de "désagréable surprise".
"Nous allons examiner d'où vient ce chiffre car tout se mélange", a-t-il affirmé. "Nous nous attendions à une hausse du PIB et donc à une contribution plus élevée à l'UE, mais là on nous parle d'un rattrapage après une révision des ressources".
Au même moment, la France et l'Allemagne épargneraient respectivement un milliard et 780 millions d'euros. L'Autriche gagnerait elle aussi au change. "Mais ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué", a affirmé le chancelier Werner Fayman.
- 'Désagréable surprise' -
L'irruption de ce débat a largement occulté vendredi les discussions sur les budgets français et italiens, sur la sellette de la Commission européenne.
La Commission pourrait en effet demander à plusieurs Etats de la zone euro de revoir leur projet de budget si elle constate des manquements graves en terme d'objectifs budgétaires ou de réformes. Ce serait une première, qui passerait très mal en France et en Italie, deuxième et troisième économies de la zone euro.
"Le budget italien ne pose pas de problèmes", a soutenu jeudi le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. Il prévoit un déficit sous 3%, contrairement à la France, mais l'effort structurel est insuffisant au vu des critères européens.
Le ton est également ferme côté français. Le budget prévoit 21 milliards d'économies, "on n'ira pas au-delà", a assuré le président François Hollande. "Il faut chercher d'autres moyens d'atteindre les objectifs", a-t-il insisté, tout en promettant de respecter les règles européennes "mais avec le maximum de flexibilité".
Le budget français prévoit un déficit à 4,3% du PIB en 2015, loin des 3% auxquels Paris s'était engagé. Même en termes structurels, le compte n'y est pas, avec un effort de seulement 0,2%. "C'est un calcul compliqué", a-t-il souligné. Le verdict pourrait tomber mercredi prochain.
Réunis pour leur deuxième jour de sommet à Bruxelles, les dirigeants européens devaient prendre acte de la dégradation de la conjoncture économique et chercher des moyens de relancer l'investissement. Ils comptent sur le plan d'investissement de 300 milliards d'euros sur trois ans promis par Jean-Claude Juncker, qui prend la tête de la Commission début novembre.
L'idée est d'aller vite, alors que le plan de croissance de 120 milliards d'euros décidé en 2012 avait rapidement montré ses limites. M. Juncker s'est engagé à présenter le sien d'ici Noël. Pour accélérer les travaux, Paris et Berlin planchent sur des propositions communes. Le problème reste l'origine des fonds et la répartition de l'effort entre public et privé.