Le patronat sort les sifflets à Lyon pour son 3e jour de mobilisation
Les trois principales confédérations patronales (CGPME, Medef, Upa) ont prévu d'afficher leur unité mercredi à Lyon, au troisième jour d'une semaine de mobilisation des chefs d'entreprise qui a avivé les tensions avec le gouvernement.
Après les cartons jaunes brandis en octobre 2013, les patrons sont de retour à Lyon, cette fois-ci pour "siffler" le gouvernement et sa politique économique, à l'appel de la CGPME, du Medef et de l'Union professionnelle des artisans (Upa).
Les présidents des trois organisations tiendront une conférence de presse commune à 17H00, avant de prononcer un discours, chacun à leur tour, vers 20H00, dans une salle de 3.000 places qu'ils espèrent comble.
"Ras-le-bol des promesses non tenues du gouvernement, qui continue d'augmenter les impôts alors qu'il nous parle d'une baisse de 40 milliards" d'euros, a résumé le patron du Medef, Pierre Gattaz, dans un entretien au Progrès.
Les griefs du patronat sont multiples: la durée minimale de travail de 24 heures hebdomadaires pour les nouveaux contrats à temps partiel, l'obligation d'informer les salariés en cas de cession de l'entreprise et, surtout, l'entrée en vigueur du compte personnel de prévention de la pénibilité à partir du 1er janvier sont au cœur du bras de fer avec le gouvernement entamé cette semaine.
Le pacte de responsabilité, qui serait "un échec" dû au patronat a dit mardi le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, continuait mercredi d'alimenter les discussions.
"L'échec, s'il y a échec aujourd'hui, est un retard à l'allumage des organisations patronales, de la part des entreprises", a renchéri le chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux, mercredi sur RFI.
"Ce serait une grave erreur de ne pas saisir cette opportunité", a estimé sur RMC Laurence Parisot, vice-présidente de l'institut de sondage Ifop et ancienne présidente du Medef. Il faut "que toutes les parties prenantes (...) retrouvent la raison et se demandent comment sortir de ce blocage", a-t-elle ajouté.
- Le gouvernement cible Gattaz -
La pacte de responsabilité prévoit que chaque branche professionnelle ouvre des négociations pour établir des contreparties aux 40 milliards d'euros de baisses des prélèvements accordées aux entreprises. Mais, selon le gouvernement, seuls deux accords ont été signés pour le moment et la moitié des 50 principales branches professionnelles n'ont pas encore planifié de négociations.
Et seule une poignée de branches, comme la banque et l'assurance, ont commencé à négocier, sans aboutir pour l'instant.
Cependant, M. Macron s'est dit mercredi "confiant et optimiste" quant à la perspective prochaine de "nouveaux accords de branche", martelant que le pacte n'était "pas menacé".
"Le pacte de responsabilité, dont il ne faut pas se moquer, va porter ses fruits", a renchéri le ministre du Travail, François Rebsamen, promettant qu'avant la fin du mois, "des accords significatifs seront signés grâce à ce pacte".
Le Premier ministre, Manuel Valls, avait dénoncé mardi devant les députés les "provocations" de certains "dirigeants du patronat", qui ne sont "pas à la hauteur" de leurs "responsabilités".
Le chef du Medef, qui a récemment appelé à supprimer l'impôt sur la fortune et à réformer l'obligation de justifier les licenciements, concentre depuis plusieurs jours les critiques du gouvernement, dont le porte-parole, Stéphane Le Foll, a déclaré dimanche: "il y a un problème Gattaz".
Mais pour le porte-parole du NPA, Olivier Besancenot, ces invectives ne sont que "du spectacle", patronat et gouvernement étant "dans la même équipe."
Lors de la première journée de cette semaine d'action du patronat, lundi, des milliers de chefs d'entreprises (4.000 à 10.000 selon les sources) avaient manifesté à Paris et Toulouse à l'appel de la CGPME. Son président, Jean-François Roubaud, a réclamé "la suspension immédiate" de ces trois mesures avant d'être reçu par le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron.
Mardi, l'Upa a demandé de "supprimer le compte pénibilité" et d'"abandonner l'obligation d'information préalable des salariés en cas de cession", dans une lettre ouverte au président, François Hollande, publiée par plus de 60 quotidiens français.
Le syndicat des indépendants, organisation patronale interprofessionnelle de très petites entreprises revendiquant 25.000 adhérents, s'est quant à lui prononcé mercredi contre la mobilisation patronale, dénonçant un "double langage".