La fusion SFR-Numericable dans le collimateur de l'Autorité de la concurrence
Perquisitions, bureaux placés sous scellés et ordinateurs saisis jeudi aux sièges de SFR et Numericable: les conditions du rachat en mars 2014 de l'opérateur mobile par le câblo-opérateur sont désormais dans la ligne de mire de l'Autorité de la concurrence.
SFR, ex-filiale de Vivendi, et Numericable ont-ils commencé les opérations de fusion avant le feu vert des autorités ? C'est ce que veut savoir l'Autorité de la concurrence, dont les équipes sont intervenues simultanément au siège de SFR à Saint-Denis et celui de Numericable à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), selon les syndicats.
Interrogée par l'AFP, l'Autorité de la concurrence a reconnu "avoir mené des opérations de visite et de saisie dans le secteur des télécoms", sans faire plus de commentaires.
Numericable avait réussi à s'emparer de SFR en mars 2014 à l'issue d'une bataille homérique contre Bouygues Télécoms, en mettant sur la table 13,36 milliards d'euros pour racheter l'opérateur de télécoms à Vivendi.
L'opération avait ouvert la voie à la formation du groupe Numericable-SFR qui a depuis absorbé Virgin Mobile et Telindus, tandis que sa maison mère Altice, pilotée par le magnat Patrick Drahi, a pris le contrôle de Portugal Telecom.
En 2014, le groupe a fait grise mine sur le plan financier. Le nouvel opérateur Numericable-SFR a affiché des pertes, comme sa maison-mère Altice. Numericable-SFR, a encaissé en 2014 une perte nette de 175 millions d'euros, alors qu'en 2013, le seul Numericable avait dégagé un bénéfice de 65 millions d'euros.
- "Réserves et étonnements" -
Après la vente de SFR en mars au groupe Altice/Numericable, l'Autorité de la concurrence avait émis un avis positif sur cette vaste opération de concentration le 27 novembre.
Auditionnés par l'Autorité de la Concurrence, les autres opérateurs n'en avaient pas moins émis des "réserves" et des "étonnements", selon des sources proches du dossier.
Parmi "ces signaux d'alerte", c'est la sortie excessivement rapide, dès novembre, sur le marché de la Box fibre de SFR Numericable, qui avait éveillé des soupçons chez ses concurrents. Un délai jugé beaucoup trop court.
Les équipes des deux opérateurs avaient, avant le feu vert du 27 octobre, le droit de discuter mais pas celui de travailler directement à la fusion. S'ils ont déployé des stratégies commerciales avant cette date, ils se retrouvent dans l'illégalité.
C'est dans un message interne que la direction du groupe Numericable-SFR avait annoncé à ses salariés dans la matinée qu'"afin de s'assurer du respect des conditions de rachat de SFR par Numericable Group, l'Autorité de la concurrence menait actuellement une enquête".
"On est tous très surpris", avait commenté le responsable CFDT, Olivier Lelong (CFDT).
Cette descente des équipes du gendarme de la concurrence intervient dans un climat assez délétère au sein du groupe, l'opérateur étant impliqué dans un contentieux avec ses fournisseurs.
Le Syntec Numérique, association qui regroupe 1.500 entreprises du secteur numérique, a confirmé mardi avoir saisi le médiateur inter-entreprises pour régler un différend entre Numericable-SFR et ses fournisseurs.
Le processus est "en route et nous comptons beaucoup sur la médiation et Pierre Pelouzet (le médiateur des relations inter-entreprises du gouvernement, ndlr) pour résoudre ce problème", a souligné le président de Syntec Numerique M. Mamou-Mani.