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Japon: débâcle des marchés, coup de grâce pour les “abenomics” ?

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Le 12 février 2016 à 9h52

Brutal retour en arrière au Japon des "abenomics": la Bourse de Tokyo et le yen sont revenus à leur niveau d'octobre 2014, victimes du marasme des marchés mondiaux qui, selon les économistes, menace la stratégie de relance du Premier ministre Shinzo Abe.

La semaine a été cauchemardesque: l'indice Nikkei a perdu 11% et le dollar a glissé sous les 111 yens, ruinant des mois d'efforts du gouvernement de Shinzo Abe et de la Banque du Japon (BoJ).

Or "leurs options sont limitées pour endiguer la volatilité des marchés", estime dans une note Tobias Harris, analyste chez Teneo Intelligence.

La preuve, la BoJ a sorti de son chapeau fin janvier un nouvel outil pour combattre ces vents contraires - les taux d'intérêt négatifs -, pourtant "le Japon se trouve aujourd'hui dans une situation pire qu'avant cette annonce", souligne-t-il.

"Il ne fait pas face à une crise financière imminente, le gouvernement Abe ne va pas être renversé", poursuit M. Harris, "mais son programme économique risque de ne pas atteindre ses objectifs, laissant le pays tout autant démuni face aux conséquences du déclin démographique qu'avant le retour d'Abe au pouvoir" fin 2012.

A son arrivée, le dirigeant conservateur a dégainé une recette dite "abenomics", articulée autour de trois axes (assouplissement monétaire, largesses budgétaires et réformes structurelles) et censée insuffler une énergie nouvelle dans un pays affaibli par de longues années de déflation.

Après des débuts encourageants, la troisième économie mondiale a évolué en dents de scie, oscillant entre récession et modeste croissance. Mais face à ces résultats mitigés, au moins Shinzo Abe pouvait-il brandir le trophée du yen faible, ses effets positifs sur les profits des entreprises exportatrices (à des niveaux records) et sur la Bourse de Tokyo, où le Nikkei avait doublé de valeur en deux ans et demi.

Désormais, si la devise nippone continue à se renforcer, "la menace sur la rentabilité des firmes japonaises est réelle", avertit l'analyste. Autant dire que l'espoir d'un cercle vertueux - profits en hausse, salaires meilleurs, consommation et investissement revigorés - semble s'envoler.

- Fuite en avant -

Cette débâcle tombe au pire moment pour les abenomics, avant des élections sénatoriales en été, alors que d'aucuns doutaient déjà de la réussite de cette politique dans un pays réticent à se réformer.

Shinzo Abe, forcé de ménager les susceptibilités, "a échoué pour l'heure dans la mise en place des réformes structurelles" régulièrement promises, les seules à même de "rendre le Japon plus résistant" aux chocs extérieurs, juge Takuji Okubo, directeur de Japan Macro Advisors.

Le ralentissement en Chine, partenaire commercial majeur, et ses répercussions sur les marchés émergents secouent fortement le Japon, par ailleurs confronté à l'intérieur à des défis démographiques sans précédent, entre vieillissement de la population et manque cruel de bébés.

"Ces problèmes sont complexes" et impliquent des changements sociétaux qui ne se font pas du jour au lendemain, plaide Ivan Tselichtchev, professeur d'économie à l'Université de gestion de Niigata (nord-ouest du Japon).

Alors quelle marge de manoeuvre reste-t-il au gouvernement ? Il pourrait annoncer un énième plan de soutien budgétaire et renoncer à la seconde hausse de taxe prévue au printemps 2017 pour enrayer l'envolée de la dette (près de 250% du PIB), imagine M. Okubo.

Quant à la BoJ, va-t-elle encore assouplir sa politique ? "La stratégie qui consiste à aller toujours plus loin ne pourra pas fonctionner indéfiniment à moins d'être complétée par des mesures de l'exécutif pour doper le potentiel de croissance", avertit Cameron Umetsu, analyste chez Mizuho Securities.

Avant même les turbulences actuelles, le produit intérieur brut (PIB), dont les chiffres seront publiés lundi, pourrait avoir reculé au quatrième trimestre 2015, d'après les pronostics des analystes.

Vendredi, le ministre des Finances Taro Aso a répété que "les fondements de l'économie japonaise restaient solides", mais il a dit "surveiller de près les mouvements des monnaies" et pourrait prendre "les mesures appropriées" si nécessaire.

Les spéculations grandissent sur une possible intervention des autorités sur le marché des changes pour stopper la hausse du yen ("endaka").

Les dernières remontent à 2010-2011 dans la foulée de la crise financière internationale: le gouvernement de centre gauche avait à l'époque lancé plusieurs interventions massives pour calmer sa monnaie, en quasi pure perte.

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Le 12 février 2016 à 9h52

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