Finlande: la coalition gouvernementale sur le point d'éclater
La coalition gouvernementale en Finlande était au bord de l'éclatement lundi après l'élection à la présidence du parti de droite anti-immigration des Vrais Finlandais, membre de la coalition, d'un homme condamné pour des propos racistes.
Le Premier ministre centriste Juha Sipilä, qui dirige ce gouvernement réunissant le centre, les conservateurs et les Vrais Finlandais, devrait selon toute vraisemblance annoncer lors d'une conférence de presse en fin d'après-midi à Helsinki la fin de ce gouvernement, en place depuis mai 2015.
Dans la matinée, il a reçu l'homme à l'origine de la rupture de l'entente plus ou moins cordiale entre les partenaires de la coalition: Jussi Halla-aho, 46 ans, qui a triomphé samedi lors du congrès de son parti en défendant une ligne radicalement anti-immigration et anti-européenne.
L'entrevue entre MM. Sipilä et Halla-aho, en présence du président du parti conservateur Petteri Orpo, a confirmé ce que les deux hommes savaient déjà. Ils ne peuvent pas s'entendre, et surtout pas sur les questions que le nouveau président des Vrais Finlandais considère comme essentielles.
"J'ai été clair sur le fait que le programme de gouvernement et le projet de politique d'asile étaient adéquats pour les Vrais Finlandais, mais nous espérons que ce qui avait été convenu soit suivi plus fidèlement", a rapporté sur Facebook M. Halla-aho, qui avait quitté la résidence du Premier ministre sans dire un mot à la presse.
Or l'exécutif s'est écarté ces deux dernières années de la ligne anti-immigration des Vrais Finlandais.
"Il y a quelques instants [en début d'après-midi], le Premier ministre a annoncé qu'un rapprochement avec la politique d'immigration présentée n'était pas possible, et que les conditions n'étaient pas là pour poursuivre de coopération au sein du gouvernement", a-t-il ajouté.
- Propos insultants contre l'islam -
Après cet entretien, M. Sipilä s'est rendu à une réunion avec les dirigeants et parlementaires du centre. Les conservateurs ont fait de même. Et tous sont convenus de chercher d'autres partenaires de coalition.
"Il n'existe pas de conditions permettant une poursuite de la coopération avec des Vrais Finlandais présidés par Halla-aho", a indiqué sur Twitter le chef du gouvernement. Son ministre des Finances conservateur, M. Orpo, a écrit la même chose.
La prochaine étape doit être pour ces deux partis d'entamer des discussions avec de possibles nouveaux partenaires, probablement des partis favorables tout comme eux à l'Union européenne.
Ainsi, M. Halla-aho devrait obtenir très rapidement ce qu'il souhaitait: retourner dans l'opposition. Deux années au pouvoir ont fait chuter sa formation dans l'opinion, sans que le fondateur du parti, le ministre des Affaires étrangères Timo Soini, ne réagisse.
Un sondage publié jeudi par la télévision publique Yle créditait les Vrais Finlandais de seulement 9% des intentions de vote, soit la cinquième position, alors qu'aux législatives de 2015 ils étaient arrivés troisièmes avec 17,7% des suffrages.
Le nouveau président de ce parti souvent qualifié de "populiste", député européen depuis 2014, est dénoncé par ses adversaires comme un extrémiste.
En 2008 sur son blog, il avait dénoncé l'islam et la communauté somalienne dans des propos insultants. Ces écrits lui avaient valu une amende pour incitation à la haine raciale et blasphème, dans une affaire qui est allée jusqu'à la Cour suprême en 2012.
Comme potentiels nouveaux partis de gouvernement, la presse finlandaise spéculait sur le parti des suédophones, habitué à être dans toutes sortes de coalition, et les chrétiens-démocrates. La possibilité d'une élection anticipée était aussi évoquée.