img_pub
Rubriques

Bourses chinoises: les épineux défis du nouveau régulateur

m24-En-continu
Par
Le 22 février 2016 à 10h50

Le nouveau chef de l'autorité de régulation financière chinoise, dont la nomination a fait rebondir la Bourse de Shanghai, devra affronter les mêmes épineux défis que son prédécesseur disgracié: une défiance générale envers des marchés aux allures de casinos et un cruel besoin de réformes.

Après des mois d'intenses spéculations sur son sort, Xiao Gang a été "révoqué" de son poste à la tête de la direction de la Commission de régulation des marchés financiers (CSRC), qu'il occupait depuis 2013, a annoncé samedi l'agence Chine nouvelle.

La sanction était largement anticipée: M. Xiao était sur la sellette depuis mi-2015, très critiqué pour sa relative inaction face aux violents soubresauts des Bourses, et pour ses interventions maladroites.

Son successeur, Liu Shiyu, est un financier expérimenté, ex-patron de l'Agricultural Bank of China et ancien vice-gouverneur de la banque centrale.

Sa nomination à la CSRC a été accueillie lundi par un enthousiasme fervent: la Bourse de Shanghai comme celle de Shenzhen ont bondi de plus de 2%.

Mais ce sursaut pourrait s'avérer éphémère: la Bourse shanghaïenne a déjà perdu environ 20% de sa valeur depuis le début de l'année, minée par les inquiétudes persistantes sur l'essoufflement de l'économie chinoise et la violente dépréciation du yuan.

"Le plus gros défi qui attend désormais M. Liu sera de restaurer la confiance perdue des investisseurs", indique à l'AFP Chen Xingyu, analyste du courtier Phillip Securities.

- 'Coupe-circuit' vite débranché -

En 2015, la CSRC était restée largement impuissante à enrayer la spectaculaire déroute estivale des Bourses chinoises: la place de Shanghai s'était alors effondrée de presque 40%, faisant s'envoler en fumée des milliers de milliards de dollars et ébranlant les marchés mondiaux.

L'interventionnisme du gouvernement, à coups d'achats massifs d'actions, n'avait pas non plus rassuré, contredisant de façon flagrante la promesse de Pékin d'accorder un rôle accru au marché.

Les appels au départ de M. Xiao, bête noire des petits actionnaires, avaient repris de plus belle début janvier, après l'invraisemblable fiasco du "coupe-circuit" -- un système interrompant automatiquement les échanges en cas de forte baisse.

Le mécanisme, imaginé par la CSRC, s'est révélé totalement contre-productif, en exacerbant la nervosité des investisseurs, affolés à l'idée de ne plus pouvoir vendre leurs titres à leur guise.

Les Bourses chinoises avaient aussitôt plongé, faisant trébucher les places mondiales dans leur sillage, et le "coupe-circuit" avait été précipitamment désactivé... quatre jours seulement après sa mise en place.

"Mais le remplacement (de Xiao Gang) ne modifie pas significativement les problèmes. C'est irréaliste de trop espérer d'un simple changement de personne", avertit M. Chen.

Le principal écueil subsiste: l'écrasante majorité des investisseurs sur les Bourses chinoises -- et ce depuis leur renaissance il y a 25 ans -- sont des particuliers, des petits porteurs aux réactions souvent épidermiques et volontiers suivistes.

- Entre espoir et méfiance -

Malgré tout, "il y a un vif espoir que (M. Liu) redonne une dynamique aux Bourses chinoises, et qu'il regagne la confiance des investisseurs internationaux, étant donné l'impact des marchés chinois sur les autres places mondiales", commentait Li Danxiao, économiste du courtier Yingda.

"Mais il est difficile de savoir s'il sera capable d'emblée de faire des progrès sur l'agenda des réformes d'ouverture des marchés", piloté par le gouvernement, ajoutait-il prudemment, dans un entretien à l'AFP.

Parmi les réformes les plus cruciales, celle des introductions en Bourse, le régulateur conservant la haute main pour choisir les firmes autorisées à se coter et décider leurs cours d'introduction -- rognant d'autant le rôle naturel du marché.

"Il reviendra à Liu d'établir un système d'enregistrement pour les introductions boursières, de perfectionner les lois pour mieux lutter contre les manipulations de marché, tout en améliorant la communication des entreprises cotées", laquelle reste souvent opaque voire parfois mensongère, explique Hong Hao, stratégiste du fonds BOCOM International Holdings. "Ce ne sont pas là des tâches faciles".

Les petits porteurs, très circonspects face aux turbulences boursières, en ont bien conscience, à l'image de Yin Dongqing, une femme au foyer ayant pris part lundi à l'euphorie du marché.

"Une hausse pareille ne va pas durer longtemps", a-t-elle glissé à l'AFP, un brin désabusée, confiant son intention de revendre très bientôt les actions juste achetées. "Le remplacement d'un régulateur, ce n'est pas ça au fond qui fera la différence".

Par
Le 22 février 2016 à 10h50

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité