Wydad. Paulo Sérgio, le pari de la rupture avec le passé
Le technicien portugais s’apprête à vivre une expérience inédite malgré une carrière de globe-trotter. Il mise sur sa capacité d’adaptation et son pragmatisme pour apprivoiser les spécificités du football marocain et remettre le Wydad sur de bons rails.
Le nouveau président du Wydad Athletic Club ne pouvait pas mieux s’y prendre pour rompre avec son prédécesseur. Une semaine après sa prise de pouvoir, Ibrahim El Asri est allé à contre-courant de la politique sportive menée ces deux dernières saisons en nommant Paulo Sérgio à la tête de l’équipe première.
Après son élection, Hicham Aït Menna avait annoncé l’arrivée de Rulani Mokwena, un jeune entraîneur qui avait le vent en poupe et bénéficiait d’une flatteuse réputation tant il incarnait une certaine idée du beau jeu.
Deux ans plus tard, Ibrahim El Asri a surpris son monde en confiant les manettes de l’équipe première du WAC à un entraîneur qui incarne presque l’antithèse du choix effectué par son prédécesseur.
Certes chevronné et habitué à bourlinguer aux quatre coins du globe, le natif d’Estremoz découvrira pourtant le football africain.
Contrairement à Mokwena, le Portugais présente un curriculum vitae plus fourni que son palmarès. Son principal fait d’armes reste la Coupe d’Écosse remportée avec Heart of Midlothian en 2012, à laquelle s’ajoute une Supercoupe de Chypre (APOEL Nikosia en 2013).
Son dernier passage en Arabie saoudite ne plaide d’ailleurs pas vraiment en sa faveur. Limogé par Al-Okhdood quelques mois avant la relégation du club en deuxième division.

Une nomination pour le moins surprenante
Paulo Sérgio pose donc ses valises sur le bord de l’Atlantique sans être porté par la dynamique qui accompagne habituellement les entraîneurs appelés à relancer une institution de la dimension du Wydad.
À moins que la direction des Rouges et Blancs ne se soit sentie obligée de succomber à l’effet de mode qui gagne progressivement le championnat marocain, avec pas moins de six entraîneurs portugais sur les bancs de Botola, la nomination du coach de 58 ans, titulaire de la Licence UEFA Pro, a de quoi surprendre.
"C’est en effet un choix curieux. Il n’a aucune expérience en Afrique, ni la connaissance de la Botola", s’interroge un acteur averti du football marocain. "Mais il a du vécu et des expériences, que ce soit en Europe ou dans les pays du Golfe", nuance-t-il.
En réalité, c’est peut-être précisément ce que recherche aujourd’hui le Wydad. Non pas un entraîneur à la mode, mais un homme capable de remettre de l’ordre dans une équipe qui a perdu ses repères.
Un coach adepte de la discipline et d’un football pragmatique, suffisamment flexible pour revoir ses plans lorsque les circonstances l’exigent.
Un entraîneur qui fera du football l’épicentre du club et placera l’institution ainsi que ses supporters au-dessus de sa propre personne.
Contacté par Médias24, un journaliste portugais met en avant la principale qualité du Lusitanien, notamment sa capacité à s’adapter à des contextes très différents.
"Après une très bonne saison à Vitória Guimarães, il a eu sa grande chance au Sporting, mais le club traversait une période difficile. À Hearts, les supporters l’ont énormément apprécié. Son équipe pratiquait un football offensif et il y a remporté la Coupe d’Écosse", se souvient-il.
"Ensuite, il est resté cinq saisons à Portimonense avec des résultats solides. Je pense que sa principale force est sa capacité à s’adapter à des contextes différents, dans de grands comme dans de plus petits clubs", ajoute-t-il.
"J’ai refusé plusieurs offres bien plus lucratives pour avoir la chance d’entraîner le WAC"
Pour le coup, le Wydad sera l’une des plus grandes équipes qui aura jalonné son parcours d’entraîneur. Et il en est bien conscient.
"J’ai refusé plusieurs offres bien plus lucratives pour avoir la chance d’entraîner le plus grand du Maroc et l’un des plus grands en Afrique", a assuré Paulo Sérgio lors de sa présentation où il n’a pas hésité à afficher de grandes ambitions en assurant "viser le titre".
Mais s’il s’est privé de quelques milliers de dollars en acceptant de signer au WAC et pas ailleurs, le Lusitanien est conscient du prix à payer pour prendre les commandes d’un club aussi populaire, où la pression est aussi écrasante que la patience inexistante.
À l’entendre, il semble au fait de la difficulté de la tâche qui lui incombe désormais. Reste à savoir s’il aura le temps de mettre en place ses principes de jeu.
Certes, la direction du WAC s’est quelquement protégée sur le plan contractuel en lui faisant signer un contrat d’une saison, jusqu’en juin 2027. Mais d’un autre côté, Paulo Sérgio a obtenu ses meilleurs résultats sur la durée.
Car si la qualité de jeu était au rendez-vous lors de ses expériences portugaises, ce fut moins le cas en Arabie saoudite, où il n’est resté qu’un an à cheval sur deux saisons.
Soit une durée proche de la moyenne du temps qu’il a passé dans chaque club depuis qu’il a raccroché les crampons pour s’asseoir sur un banc.
Un coach adepte du jeu de transition
Le Portugais est un adepte de la défense à quatre, généralement articulée autour d’un 4-2-3-1 où le gardien joue un rôle important dans la relance en phase de construction.
Mais ses équipes ne font pas de la possession une obsession. Lors de sa dernière expérience en Arabie saoudite, Al-Okhdood avait le ballon à peine 45 % du temps.
Il est vrai qu’il ne disposait pas des meilleurs joueurs de la Saudi Pro League, mais cet indicateur révèle une partie de ses intentions de jeu. Elles sont avant tout dictées par l’effectif à sa disposition.
Un collectif où il n’y avait pas pléthore de talents, ce qui l’a obligé à s’adapter en construisant une équipe qui vivait davantage par la vitesse de ses attaquants, capables de se projeter rapidement grâce à des transitions offensives tranchantes.
Sous Paulo Sérgio, la stratégie défensive d’Al-Okhdood reposait sur un bloc plus bas que médian (4-4-2). Cela ne l’a toutefois pas empêché d’enregistrer plusieurs revers cinglants, dont une mémorable défaite 9-0 contre Al-Nassr, le 12 mai 2025.
Cependant, Paulo Sérgio a su trouver les bons mots pour soigner les têtes de ses joueurs après cette déculottée et accrocher le maintien lors des dernières journées.
Une preuve supplémentaire de sa faculté à remonter la pente lorsque tout va mal. Il sera justement attendu là-dessus au WAC, mais avec des attentes autrement plus élevées.
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