Regragui raconte son parcours et les limites du Maroc au Mondial 2022
Quatre mois après son départ des Lions de l’Atlas, Walid Regragui revient sur sa formation, l’épopée de 2022 et les manques qui ont empêché le Maroc d’aller plus loin, dans une tribune publiée par Coaches’ Voice.
Près de cinq mois après avoir quitté la sélection marocaine, Walid Regragui a retracé son parcours d’entraîneur et livré son analyse des limites qui ont empêché les Lions de l’Atlas d’atteindre la finale du Mondial 2022, dans une longue tribune publiée lundi par Coaches’ Voice.
Remplacé le 5 mars par Mohamed Ouahbi, Regragui signe ainsi une nouvelle prise de parole publique après avoir récemment détaillé, dans une masterclass tactique, la victoire historique du Maroc contre le Portugal.
L’ancien sélectionneur se décrit comme le produit des cultures footballistiques française et espagnole. Son expérience en France lui a appris l’importance de l’organisation, du physique et du jeu sans ballon, tandis que son passage au Racing Santander lui a fait découvrir la possession et le jeu de position.
"Le Maroc est plus proche du football espagnol que du football français mais nous avons aussi une culture footballistique influencée par la France", explique-t-il.
Regragui cite deux entraîneurs ayant particulièrement influencé son parcours. Rudi Garcia l’avait repéré alors qu’il évoluait dans le football amateur français et l’avait aidé à devenir professionnel. Rolland Courbis lui a notamment transmis des enseignements sur la tactique, la gestion d’un groupe et la manière d’adresser ses messages aux joueurs.
Son premier poste d’entraîneur fut celui d’adjoint au sein de la sélection marocaine, qu’il avait rejointe pour contribuer à la qualification à la Coupe d’Afrique des nations 2013. Cette expérience lui a permis de découvrir le fonctionnement particulier d’une équipe nationale avant de devenir entraîneur principal du FUS Rabat en juillet 2014.
"Le FUS Rabat a été un laboratoire pour moi", affirme Regragui, qui y a expérimenté plusieurs systèmes, du 4-4-2 au 4-3-3 en passant par une défense à cinq.
Il explique avoir dû reconstruire régulièrement son effectif en raison des ventes de joueurs. Après avoir développé un football de position inspiré de l’Espagne, il s’est davantage appuyé sur l’organisation défensive française lorsque le départ des éléments les plus talentueux a réduit la qualité technique de l’équipe.
Regragui est resté six ans au FUS, qu’il a conduit au premier titre de champion de ses 80 ans d’histoire. Après neuf mois à Al-Duhail, au Qatar, il a rejoint en 2021 le Wydad Casablanca, un environnement où l’obligation de résultat était beaucoup plus immédiate.
"Au Wydad, j’ai appris à gagner rapidement", résume-t-il.
Sous sa direction, le club casablancais a conservé son titre de champion pour la première fois depuis trente ans, remporté sa troisième Ligue des champions africaine et atteint sa première finale de Coupe du Maroc en dix-sept ans. Regragui présente cette saison comme l’une des meilleures de l’histoire du Wydad.
La Fédération marocaine lui propose ensuite de prendre la tête des Lions de l’Atlas à seulement trois mois du Mondial au Qatar. Bien qu’il affirme préférer le travail quotidien en club, Regragui accepte en raison de son attachement à la sélection et du potentiel qu’il observe dans l’effectif.
"Si je signe comme sélectionneur, ce ne sera pas seulement pour jouer une Coupe du monde. Le Maroc ne peut pas se contenter de participer ou simplement de se qualifier", dit-il avoir déclaré au président de la Fédération, Fouzi Lekjaa.
Regragui assure ne pas avoir prévu une qualification en demi-finales, mais avoir été convaincu que son équipe pouvait franchir la phase de groupes et marquer l’histoire du pays.
Il ne disposait pourtant que de deux matches amicaux et d’une dizaine de jours de préparation avant la compétition. Il devait dans le même temps construire son staff, observer les joueurs, étudier les adversaires et réintégrer notamment Hakim Ziyech et Noussair Mazraoui.
Selon lui, ce manque de temps a également constitué un avantage en obligeant l’encadrement et les joueurs à se concentrer sur les éléments essentiels.
Le Maroc a abordé avec prudence son premier match contre la Croatie, finaliste du Mondial 2018. Regragui avait encore en mémoire la défaite inaugurale contre l’Iran quatre ans auparavant, qui avait presque immédiatement compromis les chances de qualification marocaines.
Après le match nul contre les Croates, les Lions de l’Atlas ont affiché davantage de personnalité lors de leur victoire contre la Belgique, puis battu le Canada pour franchir la phase de groupes, une performance que le Maroc n’avait réalisée qu’une fois, en 1986.
Regragui a alors demandé à ses joueurs d’éliminer l’Espagne pour dépasser la génération de 1986 et entrer dans l’histoire du football marocain. Après cette qualification aux tirs au but, il a fixé un nouvel objectif : battre le Portugal pour devenir la première sélection africaine à atteindre une demi-finale de Coupe du monde.
Il raconte avoir éprouvé une grande peur dans les dernières minutes du quart de finale, alors que le Maroc, réduit à dix après l’expulsion de Walid Cheddira, tentait de conserver son avantage.
L’entraîneur redoutait qu’une erreur ou une maladresse ne prive à nouveau une équipe africaine d’un exploit historique. Au coup de sifflet final, il a pensé à sa famille et au peuple marocain, tout en se projetant immédiatement vers un objectif encore plus ambitieux.
"À ce moment-là, j’ai su que l’on était entré dans l’histoire. Et, en même temps, je pensais à autre chose : on ne peut pas s’arrêter là. On peut remporter la Coupe du monde", écrit-il.
Le Maroc s’est finalement incliné 2-0 contre la France en demi-finale. Regragui reconnaît ne pas toujours disposer de toutes les réponses permettant d’expliquer cette défaite.
Dix jours après la compétition, il a rencontré Fouzi Lekjaa pour analyser les obstacles qui avaient empêché la sélection de franchir une nouvelle étape. Il en identifie principalement deux : le manque d’expérience régulière à ce niveau et une profondeur d’effectif insuffisante.
"Une Coupe du monde ne se gagne pas du jour au lendemain", estime-t-il. Pour développer l’"ADN de compétiteur" des grandes nations, une sélection doit, selon lui, disputer régulièrement des quarts et des demi-finales et apprendre à rivaliser dans ces rencontres.
Le Maroc possédait déjà des joueurs de très haut niveau dans son onze de départ, mais manquait de solutions équivalentes sur le banc. Dans une compétition longue, explique Regragui, une équipe prétendant au titre doit pouvoir compter sur deux ou trois joueurs compétitifs à chaque poste.
Il présente ainsi comme l’une de ses principales missions après le Mondial le recrutement de nouveaux internationaux. Regragui cite Eliesse Ben Seghir, Ilias Akhomach, Brahim Díaz, Neil El Aynaoui, Ayyoub Bouaddi, Anass Salah-Eddine, Chemsdine Talbi et Adam Aznou parmi les joueurs qu’il dit avoir convaincus de représenter le Maroc.
En parallèle de son travail avec la sélection A, il affirme avoir supervisé la dernière étape de la formation des moins de 23 ans, une période marquée par le titre continental remporté en 2023 et la médaille de bronze obtenue aux Jeux olympiques de Paris en 2024.
Au-delà des résultats, Regragui estime que son principal héritage réside dans la transformation des ambitions du public et des joueurs marocains. L’idée d’un sacre mondial, autrefois jugée irréaliste, serait désormais devenue un objectif assumé.
"Maintenant au Maroc, on rêve de gagner une Coupe du monde", affirme-t-il, sans donner d’indication sur la suite de sa carrière.
Il conclut en réaffirmant son attachement à une sélection qu’il a représentée comme joueur, adjoint puis entraîneur principal : "Si tu as défendu ce maillot, tu seras un Lion de l’Atlas pour la vie."
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