Le Maroc prépare le grand détournement du Sebou au nord
L'eau du nord va servir le centre. L'Agence du bassin hydraulique du Sebou vient de lancer les études d'une interconnexion ambitieuse entre trois sous-bassins – l'Ouergha, le Lben et l'Inaouen – pour renflouer le barrage Idriss Iᵉʳ, qui a failli s’assécher pendant les années de sécheresse. Un projet qui cristallise la nouvelle doctrine hydrique du Maroc : anticiper, redistribuer, stocker.
Le Maroc continue de redessiner la carte de l'eau. L'Agence du bassin hydraulique du Sebou a lancé, via un appel d'offres national publié le vendredi 9 avril, les études d'interconnexion des bassins de l'Ouergha, du Lben et de l'Inaouen.
Le sous-bassin de l'Ouergha, en amont de cette interconnexion, enregistre un apport annuel moyen de 2.622 millions de m³, soit environ 52% des apports totaux de l'ensemble du bassin du Sebou. Une manne considérable, mais jusqu'ici sous-exploitée dans une logique de solidarité entre bassins.
L'intérêt de cette interconnexion est de permettre la mobilisation d'une partie des ressources disponibles dans le sous-bassin de l'Ouergha afin de renforcer les apports du barrage Idriss Iᵉʳ. Pendant les épisodes de sécheresse qu'a connus le Maroc ces dernières années, ce barrage atteignait rarement 20 à 30% de sa capacité – un niveau d'alerte qui a contribué à précipiter la décision de lancer ces études.
L'interconnexion envisagée consisterait en un transfert unidirectionnel des eaux depuis le sous-bassin de l'Ouergha vers celui de l'Inaouen, en transitant par le sous-bassin de l'oued Lben.
L'étude devra conduire, au sein de ces trois sous-bassins, une analyse hydrologique et une modélisation du système, ainsi qu'une étude technique préliminaire. Plusieurs scénarios seront évalués individuellement : transfert direct entre sous-bassins, ou transit par les barrages existants ou projetés — notamment ceux de Bab Ouandar sur l'Ouergha et de Sidi Abbou sur l'oued Lben. Chaque variante devra intégrer les contraintes topographiques, hydrauliques, environnementales et foncières.
Au terme de l'étude de faisabilité, le titulaire du marché devra justifier les choix les plus pertinents, proposer un planning indicatif de réalisation et établir une estimation financière préliminaire, incluant les coûts d'investissement et d'exploitation — particulièrement sensibles dans le cas d'un transfert par pompage, qui reste l'option la plus énergivore.
LE BARRAGE IDRISS Iᵉʳ EN CHIFFRES
Situé au nord-est de Fès, le barrage Idriss Iᵉʳ dispose d'une capacité de retenue totale de 1,12 milliard de m³ et produit en moyenne 66 GWh/an grâce à des turbines de 40 MW. Au 10 avril 2026, il affiche un taux de remplissage de 93%, soit 1.004,8 millions de m³ — un niveau historiquement élevé qui rend d'autant plus stratégique la question de son alimentation pérenne en période de sécheresse.
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