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ECONOMIE

Le Maroc est-il le dépotoir de l’Europe en matière d’importation de matériels de BTP ? (profession)

Dans un discours au Forum du BTP Expo, du 29 mai au 1er juin à Marrakech, le président de l’Association des importateurs de matériels de BTP a souligné les importations croissantes de matériels amortis et polluants. Selon Amine Lahrichi, leur vétusté pose plusieurs problèmes dans les chantiers comme des pannes fréquentes, des fuites de liquides toxiques, voire des accidents parfois mortels pour leurs utilisateurs et personnels au sol. Ce constat qui génère des allongements des délais de livraison, voire des arrêts ou des abandons de chantiers publics, parfois remportés grâce à une quasi-concurrence déloyale.

BTP
Avec les chantiers du Mondial, le BTP est en surchauffe.
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Le 7 juin 2024 à 11h50 | Modifié 7 juin 2024 à 14h43

Contrairement aux pays européens notamment qui protègent leurs marchés intérieurs en interdisant leur accès ou bien en imposant des taxes à l’entrée, ou qui imposent le cas échéants des normes écologiques strictes, le Maroc, qui est lié par un accord de libre-échange avec l’Europe, n’interdit pas l’importation de ces machines, toujours fonctionnelles mais obsolètes en termes de productivité et qui sont pour la plupart anciennes, donc polluantes par rapport aux nouvelles générations ", s’indigne Amine Lahrichi, président de l’Association des importateurs de matériels de BTP (AIM-BTP), qui regroupe les entreprises marocaines les plus représentatives sur secteur, spécialisées dans l’importation et la commercialisation des matériels et engins BTP.

"Une importation libre qui tranche avec celle des véhicules de transport urbain public ou des matériels agricoles"

L’une des missions de l’AIM-BTP est d’obtenir des autorités publiques compétentes, la régulation du marché de l’importation du matériel d’occasion, nécessaire à son secteur d’activité, et au Pays plus globalement, rappelle Amine Lahrichi, en ajoutant que l’importation de matériel ancien de BTP est totalement libre au Maroc.

"N’importe qui peut s’improviser importateur de ces machines avec une simple déclaration douanière qui coûte 150 dirhams, sans avoir à produire le moindre contrat de représentation de la marque de matériel importé, ni de justifier d’infrastructure adéquates comme un atelier d’entretien et de réparation, ou bien un espace de stockage de matériel, ou encore un stock minimum et permanent de pièces de rechanges originales", déplore le président de l’AIM-BTP.

C’est le cas des chargeuses, des pelles hydrauliques, des tractopelles, des bulldozers, des décapeuses, des rouleaux compresseurs, des dumpers, des niveleuses, des postes d’enrobage ... qui ont souvent plus 10 ans (parfois 20 ans) d’existence et qui sont achetés en Espagne ou aux Pays-Bas entre autre, au tiers de leur prix neuf, qui oscille selon les machines et les modèles entre 100.000 Dirhams et plus de 20 millions de dirhams.

A contrario, le matériel utilisé dans le secteur agricole comme les tracteurs, les moissonneuses batteuses, les presses à paille …. ne peuvent plus être importés en Occasion suite à la régulation de ce secteur avec un accord signé entre l’AMIMA (Association Marocaine des Importations de Matériels Agricoles) et les ministères de l’Agriculture et celui des finances (douanes)

Il en est de même pour les véhicules de transports urbains et publics (camions, bus de transport en commun ou cars inter-villes), qui depuis plusieurs années maintenant sont Interdit à l’importation en occasion, grâce à la régulation du Secteur des Transports, et à l’obligation de l’état de réduire drastiquement les accidents en particulier et la sécurité routière pour les passagers et les usagers en général.

L’importation des voitures de tourisme de seconde main est fortement régulée avec l’interdiction d’importer des véhicules de plus de cinq ans.

En effet, pour favoriser la mécanisation du monde agricole ou moderniser les moyens de transport en commun, le Gouvernement à travers les ministères de tutelles a octroyé et débloqué des subventions publiques pour encourager l’achat de tracteurs neufs ou pour le renouvellement du parc des grands taxis.

"Un parc vétuste qui aggrave la pollution atmosphérique et des sols"

Sur le pourcentage de matériel neuf et d’occasion acquis par les entrepreneurs marocains, Amine Lahrichi affirme que pour l’achat d’un matériel neuf, trois matériel d’occasion sont importés.

Faute de régulation et de contrôle de l’importation des matériels de BTP, Amine Lahrichi cite une étude commandée en 2014 au cabinet Valyans par l’AIM-BTP, qui avait conclu selon lui que 50% des 80.000 unités du parc total marocain de matériels de BTP étaient de gros consommateurs de carburant.

En effet, la vétusté de la majorité de ces matériels importés entraîne automatiquement une surconsommation de carburant et une aggravation de la pollution atmosphérique.

Des conséquences liées à l’âge et aux générations des moteurs utilisés (Tier 0, Tier 1, Tier 2) qui génèrent des taux élevés de dioxyde de carbone ainsi que des fuites d’huiles toxiques et de liquides nocifs pour les sols.

Une mise à niveau du parc permettrait, selon Amine Lahrichi, d’économiser plus de dix millions de litres de carburant par an à horizon 5 ans.

Cette baisse de la consommation, couplée à des moteurs moins polluants, permettrait de diminuer drastiquement les émissions de gaz à effets de serre en évitant le rejet de 1,5 million de tonnes, équivalent CO2 à horizon 5 ans.

"Des délais de livraison retardés et une concurrence déloyale"

A l’époque où l’étude sectorielle a été réalisée, l’âge moyen du parc dépassait 9 ans et 40% des matériels utilisés avaient plus de dix ans.

Des chiffres qui n’ont pu que s’aggraver avec la hausse exponentielle des importations de ces matériels devenus vétustes après avoir été largement amortis par leurs premiers utilisateurs dans les marchés européens.

Cette vétusté contribue à multiplier les retards dans les chantiers, voire des abandons au détriment de la collectivité et in fine des citoyens, à cause de pannes fréquentes, et occasionne donc des surcoûts pour les administrations.

"Ce qui est extraordinaire, c’est que ceux qui n’ont pas pu achever le chantier qui leur a été confié par l’Etat pour X ou Y raisons peuvent soumissionner à d’autres marchés publics sans être blacklistés pour cause de non-réalisation ou Abandon de chantier ", dénonce le président de l’AIM BTP.

Et d'ajouter qu’une entreprise qui a failli à sa mission, pour une raison douteuse ou bien une raison non justifiée ne devrait pas avoir l’autorisation de resoumissionner à un marché public.

Acquises à un prix modique, ces machines permettent à leurs propriétaires de remplir le bordereau lié au matériel en dessous de leur niveau normal, et de remporter des appels d’offres, sachant que leurs concurrents qui utilisent du matériel plus récent (voir neuf) ne peuvent pas s’aligner sur leur proposition tarifaire.

Une concurrente plus que déloyale, estime notre interlocuteur.

"Des drames humains"

Plus grave encore, les conclusions de l’étude avaient mis en garde contre le fait que ces machines devenaient dangereuses pour leurs utilisateurs.

Obsolètes au niveau sécurité, elles représentaient une menace accrue pour les conducteurs et les travailleurs, accuse notre source.

En effet, et selon l’étude Valyans de 2014, plus de 150 décès par an (source Ministère de la santé à l’époque) étaient directement liés à la vétusté de ces matériels (Freins défaillants, circuit hydraulique faible, cabines non protectrice pour les chutes…

Ce que propose l’AIM-BTP

"Ce n’est qu’en limitant l’importation d’engins d’occasion vétustes et en reportant les achats sur des machines neuves ou au moins plus récentes, comme les véhicules de tourisme qui ne peuvent être importés que si leur mise en circulation date de moins de cinq ans, que la qualité de notre parc pourra s’améliorer", estime Amine Lahrichi.

Un meilleur contrôle et une régulation des pouvoirs publics est plus que nécessaire pour générer progressivement une dynamique vertueuse sur l’ensemble du secteur du BTP.

Selon son président, l’AIM-BTP ne cesse d’alerter − en vain − depuis une décennie tous les gouvernements successifs sur les conséquences négatives, voire parfois dramatiques de l’importation massive de matériels d’occasion, qui est " a déjà transformé dans une certaine mesure le Maroc en dépotoir des pays européens qui veulent se débarrasser de leurs matériels en fin de vie, dont la vraie place est... à la casse".

Et de conclure que "la balle est certes dans le camp des importateurs mais elle est en particulier dans le camps de l’État qui, en tant que premier donneur d’ordre du pays, doit donner l’exemple en appliquant strictement la loi et les réglementations qui prévoient des contrôles de conformité pour toutes les entreprises qui répondent à des appels d’offres publics ".

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Le 7 juin 2024 à 11h50

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