Liaison électrique Maroc-UK : lenteur des discussions avec le gouvernement britannique
Dave Lewis, président exécutif de Xlinks, regrette la lenteur des discussions avec le gouvernement britannique, dans des déclarations accordées au journal The Times. Il n’exclut pas l’option d’engager des discussions avec d’autres pays. Au même moment, l’entreprise annonce ce 14 novembre un partenariat stratégique et financier avec l’allemand Con Energy.
Dans un communiqué publié ce lundi 14 novembre, Xlinks annonce la conclusion d’un partenariat stratégique et financier avec la société allemande Con Energy, qui a réalisé un investissement de plusieurs millions de livres dans le projet de Xlinks.
Cette dernière investit déjà dans de nombreux projets d’infrastructure et d’approvisionnement en énergies durables, y compris des entreprises telles que Wayve ou l’américain spécialiste des borne de recharge Chargepoint. C’est le deuxième partenariat stratégique après celui conclu en mai dernier avec Octopus.
Le projet poursuit son développement et continue d’attirer les investisseurs. En revanche, les discussions avec le gouvernement britannique, qui est l’acheteur final de la future énergie produite, semblent prendre du temps.
Concomitamment à l’annonce du nouvel investisseur, Dave Lewis, président exécutif de Xlinks, a regretté des pourparlers avec le gouvernement britannique "d’une lenteur frustrante" dans les colonnes du journal The Times dans son édition de ce lundi 14 novembre.
Des négociations qui prennent du temps
Il a déclaré que Xlinks discutait du projet avec le gouvernement britannique depuis un an.
"L’essentiel pour nous est d’obtenir un calendrier du gouvernement afin que nous puissions planifier le projet en fonction de celui-ci. Il arrivera un moment, c’est-à-dire que si le gouvernement britannique ne peut pas décider, en tant qu’entreprise, nous devrons réfléchir aux alternatives qui existent, car il y a énormément d’intérêts à fournir cette énergie à d’autres pays", rapporte le journal The Times.
Le média avance également la réponse d’un porte-parole du gouvernement britannique qui déclare : "Nous continuons à soutenir davantage de projets d’énergie renouvelable, et nous en sommes aux premiers stades des discussions avec Xlinks au sujet de leur proposition."
"De nombreux pays ont pris conscience de l’opportunité qui existe pour des connexions directes à longue distance avec des sources d’énergie renouvelables, qui ne se trouvent pas seulement au-delà de leurs frontières. Certains pays d’Europe recherchent activement le type de projet que nous proposons au gouvernement britannique. La question centrale est : le gouvernement britannique veut-il être à la pointe de ce qui se passe ici ?", avance le président exécutif de Xlinks.
Le projet de Xlinks est audacieux. Il vise à construire 7 gigawatts de capacité solaire, 3,5 gigawatts d’énergie éolienne et 5 gigawatts de stockage de batteries dans la région marocaine de Guelmim-Oued Noun. Il projette ensuite d’acheminer cette énergie produite directement, sans passer par le réseau national marocain, vers le Royaume-Uni via une liaison maritime dotée de deux câbles à courant continu haute tension (CCHT).
Dans ses déclarations au journal The Times, le président de Xlinks ne se contente pas d’expliquer qu’il pourrait étudier d’autres alternatives si le Royaume-Uni n’était pas assez réactif ; il expose également ses arguments.
Le arguments de Xlinks
Dave Lewis explique que le projet devrait permettre de fournir de manière fiable environ 3,6 gigawatts d'électricité - assez pour alimenter sept millions de foyers britanniques - pendant "en moyenne un peu plus de 20 heures par jour".
Xlinks affirme qu’il peut achever le projet d’ici 2030 s’il obtient un contrat du gouvernement l’année prochaine garantissant que les consommateurs paieront un prix fixe de 48 £ (livres britanniques) par mégawatt-heure (MWh).
Ce tarif est moins cher que l’accord nucléaire de 92,50 £/MWh de Hinkley Point C, mais plus élevé que les 37,35 £/MWh convenus pour les derniers projets éoliens offshore britanniques.
The Times s’interroge alors : pourquoi la Grande-Bretagne devrait-elle payer un supplément pour importer de l’énergie éolienne et solaire d’outre-mer au lieu de construire plus de production chez elle ? Dave Lewis répond. "Géographiquement, la mer du Nord est assez petite. Quand le vent ne souffle pas, le vent ne souffle pas. L’effet d’intermittence des énergies renouvelables dans notre géographie est donc un problème. L’avantage d’amener l’énergie du Maroc, c’est qu’il n’y a pas d’effet d’intermittence. Il est disponible tous les jours."
Par ailleurs, Dave Lewis a reconnu que les récentes attaques contre les gazoducs russes Nord Stream avaient accru les inquiétudes quant à la résilience des infrastructures énergétiques sous-marines, mais il a déclaré que ce projet était plus sûr. "[Nord Stream] était allongé sur le fond marin, il n’était pas enterré. Xlinks est destiné à se doter de deux câbles enterrés entre 80 centimètres et trois mètres sous le fond marin à une profondeur d’eau typique de 700 mètres. Personne ne peut vous donner une certitude absolue, sur n’importe quel élément de l’infrastructure énergétique du Royaume-Uni, qu’il est complètement infaillible à une attaque néfaste", a déclaré Lewis.
Sur le financement, Lewis a expliqué que le projet nécessitera 18 milliards de livres sterling, l’équivalent de 226 MMDH (en hausse par rapport aux 16 milliards de livres sterling lorsque le projet avait été annoncé il y a un an), dont environ la moitié dédiée aux câbles.
Il affirme que cette enveloppe d’investissement sera "facile" à lever auprès d’investisseurs privés, si l’entreprise obtient un contrat du gouvernement garantissant que les consommateurs paieront un prix fixe pour l’électricité qu’elle produira.
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