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Drâa-Tafilalet. Dunes, palmiers et randonnées équestres

Découvrir, le pied à l’étrier, les paysages désertiques d’Errachidia et de sa région est une façon originale de faire du tourisme, en étroite symbiose avec le rythme de la nature. Mohammed El Yassini, président de l’Association nationale marocaine du tourisme équestre, nous invite à une virée, au galop, dans le désert protéiforme de Drâa-Tafilalet.

Drâa-Tafilalet. Dunes, palmiers et randonnées équestres

Le 8 juin 2022 à 9h11

Modifié 8 juin 2022 à 15h29

Découvrir, le pied à l’étrier, les paysages désertiques d’Errachidia et de sa région est une façon originale de faire du tourisme, en étroite symbiose avec le rythme de la nature. Mohammed El Yassini, président de l’Association nationale marocaine du tourisme équestre, nous invite à une virée, au galop, dans le désert protéiforme de Drâa-Tafilalet.

Le désert. Les grands espaces. La nature rocailleuse à perte de vue. Et s’y confronter à cheval. C’est la recette simple et incomparable des organisateurs de séjours équestres. Les adeptes de ce mode de découverte d’une région ou d’un pays sont des plus fidèles.

Avec ses paysages désertiques, Drâa-Tafilalet est l’une des régions qui s’y prêtent le plus. Explorer les contrées, les villages et les zones inhabitées d’Errachidia, de Ouarzazate, de Rissani ou encore de Merzouga fait rêver les cavaliers du monde entier. Et ce n’est pas Mohammed El Yassini, président de l’Association nationale marocaine du tourisme équestre (ANMTE), qui dira le contraire : « Quand vous annoncez le désert, les cavaliers étrangers sont happés. Et c’est quand même une expérience à vivre, surtout en février-mars, une période où l’on a des tempêtes de sable. Les gens n’en reviennent pas quand ça leur arrive. Lorsqu’une tempête de sable se déclenche, c’est impressionnant, ça vaut le coup et c’est très beau. Ne serait-ce que quand on est du côté d’Errachidia, où l’on est sur ces plateaux de cailloux, où il n’y a rien. Pas un brin d’herbe. Puis, les alentours de l’oued Ziz qui s’apparentent à un paradis avec les palmeraies. C’est magnifique. Sans parler, bien sûr, des villages de la région qui sont très beaux. »

En selle

Cavalier depuis l’âge de 13 ans et passionné de dressage, Mohammed El Yassini est considéré comme un des meilleurs cavaliers de cette discipline au Maroc. Titulaire d’un diplôme de juge international de Trec (technique de randonnée équestre en compétition), il cofonde en 1982 le premier centre équestre de randonnées à cheval du pays dans la région de Marrakech. D’autres centres équestres lui emboîteront le pas. Aujourd’hui, près de 30 structures opèrent dans la filière touristique équestre. Ces entités sont basées essentiellement à Essaouira, Marrakech, Agadir, Ouarzazate, Meknès et Fès.

En 1987, Mohammed El Yassini quitte les montagnes de la région de Marrakech pour ouvrir La Ferme Équestre à Dar Bouazza. Ce centre propose neuf circuits de randonnées équestres incluant le Rif, le Haut Atlas, le Moyen Atlas, l’Anti-Atlas, le désert et les plages atlantiques près de Casablanca.

Il enseigne en parallèle différentes pratiques équestres. Bien qu’il organise depuis trente ans ces randonnées, Mohammed El Yassini ne s’en lasse pas. « On est toujours à la découverte de nouveaux paysages. Cette année, on a découvert un circuit fabuleux qu’on va mettre en place prochainement », nous confie-t-il.

Pour les cavaliers casablancais, il organise régulièrement des mini-randonnées de quatre jours à Drâa-Tafilalet pour faire découvrir, à cheval, les paysages désertiques de cette région.

La philosophie de la pratique

Pour ce cavalier chevronné, le tourisme équestre n’est pas qu’une simple pratique originale, c’est une philosophie de vie, dans le sens où il faut être capable de vivre différemment. Cela implique d’accepter de renoncer temporairement au confort de la vie citadine. « Tant qu’on a pas touché à ce sens, à cette philosophie, on ne peut pas trop apprécier. Mais une fois qu’on l’a, c’est bon. C’est fait », tranche-t-il.

Et puis il y a autre chose : l’accueil ‘en grande pompe’ dans les villages. « Vous arrivez dans un village à cheval, les femmes vont lancer les youyous d’usage, les gens vont vous applaudir, vous souhaiter la bienvenue, vous inviter à prendre le thé chez eux. Vous arrivez dans le même village en voiture, les locaux ne s’approcheraient pas de vous. Ce n’est pas le même accueil ! Quand vous êtes à cheval, c’est connu, c’est quelque chose de noble, c’est très apprécié par tout le monde et vous inspirez confiance aux habitants», décrit Mohammed El Yassini.

Comment se passe alors un séjour équestre dans la région de Drâa-Tafilalet ? Pour les touristes étrangers, une fois les démarches de réservation effectuées, « ils arrivent à un des aéroports : Fès, Marrakech ou Ouarzazate. On les récupère sur place pour aller vers Errachidia. Et à partir de là, on fait généralement le départ de la source Bleue de Meski (une oasis à 15km au sud d’Errachidia sur la route d’Erfoud, ndlr). De cette source, on descend le long de l’oued Ziz. Cela permet aux cavaliers randonneurs de découvrir la magnifique palmeraie de Tafilalet. On se dirige ensuite vers Erfoud, Merzouga, Rissani. C’est un séjour de pratiquement six jours et cinq nuits, à cheval », détaille notre guide.

Le pied à l’étrier

Concernant l’hébergement, Mohammed El Yassini propose plusieurs formules. « Pour ceux qui optent pour le bivouac, nous avons une équipe d’intendance avec camions, cuisiniers et tout le staff qui nous suit. On organise des bivouacs dans la nature, avec les autorisations nécessaires obtenues auprès des autorités locales. On offre également l’option de dormir chez l’habitant dans la palmeraie. Il y a aussi la possibilité de dormir dans des auberges ou des hôtels. » Tout dépend de la demande des cavaliers randonneurs. Pour un séjour équestre de six jours dans la région de Drâa-Tafilalet, il faut prévoir un budget minimum de 600 euros, soit 6.400 dirhams. Ce montant peut atteindre 900 ou 1.000 euros, selon les prestations demandées (hôtel, restauration, etc.).

Quant à la période recommandée pour effectuer un séjour équestre dans la région d’Errachidia, Mohammed El Yassini nous assure que « l’idéal – c’est ce qu’on a pris l’habitude de faire – est d’organiser ce circuit pour le jour de l’an. Sinon, il nous arrive d’avoir des demandes pour la période allant d’octobre jusqu’à mai, voire juin. Pour le mois de juin, ce sont surtout les cavaliers solides et aventuriers qui peuvent le faire. Il y fait relativement chaud, mais cela reste faisable. Ça nous est déjà arrivé d’accompagner un groupe au mois de juin ».

Le groupe doit se composer de six à douze cavaliers au maximum. « Là aussi, c’est l’idéal. Ça fait des groupes sympathiques, où règne une bonne ambiance, où les gens partagent beaucoup de choses ensemble : l’amour du cheval, la nature, la découverte, l’aventure. En général, cela se passe très bien », nous confirme le fondateur de La Ferme équestre.

La grande vadrouille

Une journée de randonnée type commence donc aux alentours de 8h30. À cheval, le cavalier peut couvrir des distances de 25 à 30 kilomètres par jour. Le randonneur explore ainsi différents endroits en une seule journée. « Dans le désert d’Errachidia et sa région, on parcourt des distances de 30 à 40 kilomètres par jour. On fait des étapes de trois à quatre heures le matin et de deux à trois heures l’après-midi. En tout, ça nous fait des étapes de cinq à six heures par jour, selon le lieu, la difficulté et le degré d’aptitude des cavaliers. Et quand on commence, on y va toujours progressivement pour que les gens aient le temps de s’habituer et de s’adapter », explique Mohammed El Yassini.

Faut-il être un cavalier expérimenté pour découvrir la région de Draâ-Tafilalet à cheval ? Non. Les organisateurs de séjours équestres préconisent simplement que les randonneurs soient à l’aise à cheval. C’est-à-dire qu’ils soient capables de se déplacer au pas, de trotter, de galoper… Donc d’évoluer aux trois allures en gérant leur cheval. « Il m’est arrivé d’accompagner des débutants, mais qui étaient sportifs. La condition physique est importante, à partir du moment où l’on fait cinq à six heures de cheval par jour. Il y a la fatigue de la journée, les conditions de sommeil qui changent, le climat, l’ambiance… C’est pour cela qu’on dit aux gens qu’il faut qu’ils soient au minimum un peu sportifs », recommande le président de l’Association nationale marocaine du tourisme équestre.

Pour ce qui est de l’âge, Mohammed El Yassini nous apprend qu’il a déjà accompagné des familles avec des enfants de 10 et 11 ans et des adultes âgés de 75 ans. « Et j’en garde de très bon souvenirs », assure-t-il.

Cheval Barbe, fierté nationale

Pour ces randonnées dans le désert, le cheval de prédilection est le Barbe et l’Arabe-barbe. Ils occupent d’ailleurs une place de choix dans la stratégie de développement équin, menée par la Société royale d’encouragement du cheval (SOREC). Historiquement, le Barbe était utilisé comme cheval de guerre par les Numides, les Arabes et l’armée allemande. Symbole du patrimoine national équin, le Barbe a pour principales qualités l’endurance, la sobriété et la résistance à toutes les variations climatiques. C’est le cheval d’extérieur et de loisir par excellence.

Le croisement entre le cheval Arabe et le Barbe a donné lieu à des chevaux plus élégants. En plus d’être un très bon cheval de selle et de sport, l’Arabe-Barbe allie ainsi les qualités du cheval Arabe (finesse, harmonie et endurance) et celles du Barbe (rusticité et membrure forte). C’est d’ailleurs la race par excellence des cavaliers de Tbourida. Le président de l’Association nationale marocaine du tourisme équestre va plus loin : « C’est la meilleure race au monde. C’est connu mondialement. Le Barbe et l’Arabe-barbe sont des chevaux robustes, résistants, généreux, gentils, agréables. »

Tradition équestre

Le tourisme équestre au Maroc est lié à la longue relation du Royaume avec la France qui a beaucoup développé cette pratique. Les Français occupent d’ailleurs la tête du peloton des touristes internationaux qui optent pour un séjour équestre, suivis des Espagnols. Pour Mohammed El Yassini, la France reste le pays du tourisme équestre par excellence. « Cela n’empêche pas que l’on ait des Italiens, des Suisses, des Allemands, des Suédois… Bref des Européens, et même des Américains qui viennent aussi faire du cheval au Maroc. Les Français et les Espagnols se sentent davantage chez eux ici », indique notre interlocuteur.

Mohammed El Yassini souhaite que le tourisme équestre attire également un public local. « C’est un tourisme superbe. Nous sommes issus d’une tradition équestre et on n’en profite pas. Ça nous dérange un peu cette idée qui veut que le tourisme équestre ne soit fait que pour les étrangers. On devrait avoir davantage de Marocains qui se promènent à cheval, qui découvrent leur pays. Notre pays est extraordinaire, avec ses paysages et sa diversité. On a de quoi faire de très belles randonnées équestres. »

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