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Rencontre avec Meriem Zairi autour de l’écosystème des startups

Meriem Zairi, portant sa double casquette de Senior Managing Director de la région Mena au sein de SEAF, l’un des fonds de capital-risque au Maroc, et de présidente de la commission Startup & transformation digitale à la CGEM, dresse le bilan des réalisations de SEAF et les avancées que connait l'écosystème marocain de l’innovation.

Rencontre avec Meriem Zairi autour de l’écosystème des startups
M. E. O.
Le 20 juillet 2021 à 13h45 | Modifié 20 juillet 2021 à 14h04

Basé à Washington, le fonds d’investissement Small Enterprise Assistance Funds « SEAF », un fonds impact spécialisé dans les pays émergents et les marchés dits « frontière », a essaimé depuis plus de 30 ans dans 28 pays, à travers le monde jugés mal desservis par les sources traditionnelles de financement. En 2017, SEAF s’est lancé au Maroc sous la houlette du programme Innov Invest de la CCG et atteint actuellement sa taille cible de 235 millions de DH.

« Chez SEAF, nous avons appelé à un fonds de démonstration, dont l'objectif est de démontrer aux investisseurs marocains et étrangers que le Maroc présente un potentiel en innovation capable de s’ériger en un robuste levier de développement», avance Meriem Zairi, Senior Managing Director de la région MENA au sein de SEAF.

Meriem Zairi est une ancienne de l'industrie du capital investissement qui a démarré sa carrière en 2002 en France au sein du fonds emblématique Montagu Private Equity, doté de 4,5 milliards d'euros. Neuf ans plus tard, elle rentre au Maroc où elle a participé à la levée d’un fonds panafricain de 80 millions d'euros, Infra invest. Elle y reste 3 ans à l’issue desquels elle lance deux entreprises dans l'agro-business. Après deux années dans l’entrepreneuriat, elle revient à ses premières amours à savoir le capital-investissement, « là où je peux apporter de la valeur », nous dit-elle.

Au sein de SEAF, en plus du Maroc, Meriem Zairi gère une facilité de financement en Tunisie destinée aux PMEs actuellement en cours de déploiement ainsi qu’un fonds de capital-risque en cours de levée en Jordanie.

Selon une étude régionale réalisée par SEAF dans la région Mena, le Maroc a le potentiel d’atteindre les dynamiques des marchés égyptien et jordanien. En revanche, à l’examen des portefeuilles de fonds de startups dans ces marchés, on relève que ces dernières sont « plus matures que le marché marocain, notamment en termes de moyens de financement ». La Jordanie, qui «dispose d’un cadre légal global plus souple, est vue comme le vivier des talents de la région du Moyen Orient». Quant au marché égyptien avec son large marché domestique, fortement digitalisé, offre des dispositifs de financement très avancés et une liquidité plus forte en termes de venture capital.

Le fonds SEAF Morocco Growth Fund a investi à ce jour dans 6 startups dans le secteur de la santé, l’éduction, agritech, fintech et cyber-sécurité. Selon Meriem Zairi, les startups financées présentent des actifs technologiques forts et s’adressent principalement à une clientèle entreprises (BtoB) dans des marchés régionaux ou internationaux.

« Aujourd'hui et à l'exception d'une seule, toutes les startups ont une activité en dehors du Maroc. Pour la majorité, le pays est un marché pour tester et renforcer leur solution avant de l'exporter », commente-t-elle. Et d’ajouter : « En termes d’emplois créés, les startups ont fait un multiple supérieur à 4 fois en moyenne dont 40% des emplois occupés par des femmes». Il est à souligner qu’en tant que fonds à impact, SEAF soutient dans ses investissements la promotion et l'autonomisation économique des femmes et de l'égalité des sexes.

« En plus de la levée de fonds et de l’expertise technique apportée, SEAF accompagne les startups sur plusieurs volets notamment : dans la recherche de financements appelés "non-dilutif" (subvention, financement préférentiel, financement d’assistance technique, …) ; l’attraction, l’acquisition et la rétention des talents ainsi qu’en business développement. On leur ouvre des marchés domestiques ou internationaux en utilisant notre plateforme internationale dans les 28 pays. C’est une vraie force car lorsqu'une solution fonctionne au Maroc, elle a de fortes chances de fonctionner dans un autre pays émergent. SEAF a cet avantage compétitif », affirme notre interlocutrice.

« Le game est mondial »

En l’espèce, Meriem Zairi affiche un niveau d’optimisme élevé quant à la dynamique que connaît l’écosystème : « on est en train de créer notre propre modèle, nos track-records et notre propre ADN », elle estime que c’est le moment d’avoir un cadre réglementaire, fiscal et légal compétitif, a minima comparable à ce qu’on peut avoir dans des pays de la région pour être capable d’attirer les meilleurs entrepreneurs car « le game est mondial », balance-t-elle.

« On sent qu’il y de la volonté, il s’agit maintenant de timing, car arrivera un moment où on va rater la vague et on a déjà pris beaucoup de retard ».

« Un entrepreneur avait coutume de me dire: « Je suis un enfant de la globalisation », qu’il irait là où il y a les meilleures facilités et les plus fortes probabilités de succès de sa startup."

Ainsi, si les conditions ne sont pas réunies au Maroc, les plus belles pépites partiront voir ailleurs, ce qui sera une énorme perte de valeur et de richesse pour le pays.

Meriem Zairi invite les pouvoirs publics à réunir les conditions pour faciliter les investissements dans les startups et faire gagner en consistance ce segment vital pour le pays.

Revêtant sa casquette de Présidente de la commission Startup & transformation digitale à la CGEM, Meriem Zairi étaye, pour Médias24, une série de quatre propositions « critiques » qu’elle qualifie de « quick wins » pour l’écosystème de l’innovation afin d’attirer les startups et PMEs innovantes avec un fort potentiel de création de valeur:

1. L’accès au marché par le biais du crédit-impôt pour soutenir les entreprises qui engagent des dépenses relatives à l’innovation, et pour développer l’innovation collaborative entre les startups et les grandes entreprises.

2. L’accès au financement. D’abord, par la défiscalisation de tous les investissements notamment ceux réalisés par les business angels. Ensuite, l’exonération de la TVA sur les frais de fonctionnement des fonds d’investissement.

« Les investisseurs étrangers sont perplexes face au paiement de cette TVA non récupérable. On doit être l’un des seuls pays qui adopte cette pratique. C’est une perte sèche pour les fonds d’investissement !».

3. L’accès aux talents. Il s’agit d’assouplir la fiscalité du travail concernant notamment le plafonnement de l’IR pour que les startups puissent attirer des profils de pointe.

4. Finalement, le cadre réglementaire.
a. « Concernant les formes juridiques, on a préconisé le statut « société par actions simplifiée (SAS) », sur le modèle français notamment ». Ces SAS sont des structures très flexibles qui permettent aux startups d’être dans des dynamiques plus agiles.
b. « On pousse également sur les sujets relatifs à l’accélération de la digitalisation, pour que les startups puissent y trouver de vraies opportunités de marché », conclut-elle.

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M. E. O.
Le 20 juillet 2021 à 13h45

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