Epices et fruits secs: offre abondante, demande et prix en baisse
A l’instar des activités impactées par la crise du coronavirus et des dernières décisions gouvernementales, la vente des épices et des fruits secs est en nette baisse, en dépit d’une offre abondante. La situation ne se rétablit pas à l’approche de l’aid Al Adha.
Trois principaux points peuvent résumer la situation actuelle du marché des épices et des fruits secs: offre abondante, faible demande, et des prix de gros en baisse par rapport à la même période de l'année passée, selon des professionnels du secteur, interrogés par Médias24.
"L’offre est abondante. Il y a assez de marchandises, et les prix sont raisonnables", nous confie Benchaib Ghallab, président de l’Association interprofessionnelle marocaine des importateurs et des exportateurs des céréales, des légumineuses et des épices (AIMIECLE).
"Il y a eu des importations massives en légumineuses, fruits secs et en épices au début de la crise. Le marché a donc été bien approvisionné, et les stocks sont toujours disponibles".
Un constat confirmé par Faycal Chaoui, président de l’Association des producteurs et importateurs de fruits secs, épices et coton. "L’offre dépasse la demande", nous a-t-il confié, notant qu’"il s’agit d’une année exceptionnelle, vu la conjoncture actuelle".
La demande n'est pas au rendez-vous
Les préparatifs de l’aid Al Adha ne se limitent pas uniquement à l’achat du mouton. Des dépenses sont également réservées aux ustensiles nécessaires à la fête, mais aussi aux épices et aux fruits secs pour la cuisson des plats traditionnels.
Deux jours nous séparent de l’aid, et la demande n’est toujours pas à son niveau habituel en cette période de fête. M. Chaoui estime qu'elle est "en chute d'environ 50%, et ce depuis le début de la crise du Covid-19". Les commerçants ne sont donc pas suffisamment achalandés.
D'après le président de l'AIMIECLE, "les produits qui sont normalement très vendus durant la période de l’aid ne s'écoulent pas de la même façon cette année, notamment les constituants des épices (poivre, paprika, cumin...) ainsi que les légumineuses. Les gens ont beaucoup de réserves de lentilles et de petits pois. Ces deux derniers mois les ventes ont beaucoup diminué par rapport aux années précédentes. Même son de cloche du côté des fruits secs. La demande est relativement faible pour les raisins, les abricots et les pruneaux qui se consomment beaucoup durant la fête du sacrifice".
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. En voici les plus importants:
- Les consommateurs se sont bien approvisionnés durant les mois d’avril et mai. Ils disposent donc d'assez de réserves, et par conséquent, achètent moins, souligne M. Ghallab.
- Le pouvoir d’achat du Marocain est relativement faible cette année, en raison de la baisse des revenus, a-t-il ajouté.
- Les consommateurs sont frileux. Ils n’ont plus le plaisir de sortir et d'acheter en grande quantité comme ils ont l'habitude de faire en cette période de l'année, nous explique pour sa part M. Chaoui. Les craintes liées à la pandémie plombent ainsi l’ambiance de l’aid.
Les prix de gros en baisse pour la première fois en 40 ans
"Les prix des épices au gros sont raisonnables. Ils ont baissé au début de la crise, puis se sont stabilisés depuis trois ou quatre mois", nous apprend Benchaib Ghallab.
"Le poivre est vendu à 30 DH/ kg au gros, le cumin entre 28 et 30 DH/ kg, le paprika à 20 DH/ kg, et le gingembre à 50 DH/ kg".
Quant aux fruits secs, "les raisins golden (raisins jaunes) coûtent entre 20 et 36 DH/kg au gros, les raisins rouges 25 DH/ kg, et les abricots 50 DH/kg".
Pour sa part, M. Chaoui estime que "les prix ont chuté de 80% cette année. On vend à perte. La demande n’est pas au rendez-vous et il y a énormément de stocks. Puisqu’il s’agit de produits périssables, les vendeurs veulent juste liquider, même à des prix bas".
Notre source confirme également que "la demande pour les produits qui ne se vendent habituellement que durant la période de l’aid Al Adha, comme le macis (bsibissa), est très faible cette année".
Selon un autre professionnel du secteur, "les prix au gros sont en baisse pour la première fois depuis environ 40 ans. C'est exceptionnel. Normalement, en cette période de l'année, les prix augmentent légèrement, et non le contraire".
Par ailleurs l’interdiction des fêtes, des baptêmes et des mariages ne joue pas non plus en la faveur du secteur. "C’est une mesure qui impacte énormément l’activité de vente des fruits secs et des épices", nous explique M. Chaoui, notant que durant ces événements, les gens achètent en grande quantité pour préparer de grands festins comme le veulent les traditions marocaines.
Concernant les prévisions pour les prochains mois, "tout est imprévisible. On ne sait pas comment les choses vont évoluer", ajoute-t-il.
Tout dépend donc de l'évolution de la situation épidémiologique et des décisions gouvernementales.
Par ailleurs, le risque de faillite est exclu "puisque les marchands d'épices vendent d'autres produits en parallèle", nous explique une de nos sources. "Leur chiffre d'affaires ou leurs bénéfices peuvent toutefois baisser".
Plus de 30.000 tonnes d'épices consommées par an
Le Maroc consomme plus de 30.000 tonnes d'épices par an, selon l'un de nos interlocuteurs. Au total, une trentaine d'épices sont vendus au Royaume, dont 6 types représentent jusqu'à 75% de la consommation marocaine.
Le paprika se trouve en tête de liste, avec 6.000 à 6.500 tonnes consommées chaque année, suivi du poivre (plus de 5.000 T), cumin (près de 4.000 T), gingembre (entre 3.000 et 3.500 T), curcuma et de la cannelle (environ 2.000 T).
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