Voici comment vont se comporter les différents secteurs d'activité en 2020 (HCP)
Dans son budget économique exploratoire 2021, le Haut-commissariat au plan donne les prévisions d'évolution de l'activité en 2020 de chacun des secteurs de l'économie. Cette dernière devrait enregistrer une récession de 5,8% cette année.
Pour 2021, le HCP prévoit une légère reprise de 4,4% du PIB. En attendant, voici les prévisions pour chaque secteur :
Agriculture et pêche
La campagne agricole 2019/2020 s’est caractérisée par un déficit pluviométrique, pour la deuxième année consécutive, avec des précipitations limitées à 253 mm, portant le niveau de remplissage des barrages à 48% contre 65% l’année dernière. Le secteur agricole serait marqué par une production céréalière estimée à 30 millions de quintaux (16,5 MQx blé tendre, 7,5 MQx blé dur et 5,8 MQx orge), en baisse de 42%, par rapport à la campagne agricole précédente.
Les aléas climatiques devraient également impacter les autres cultures non céréalières, mais à un degré moindre. Quant au secteur de l’élevage, les dernières précipitations enregistrées, devraient permettre d’atténuer les effets négatifs de la sécheresse et d’améliorer les ressources fourragères des parcours.
S’agissant des activités de la pêche maritime, celles-ci devraient connaître un fléchissement, comme en témoigne la contre-performance de la commercialisation des produits de la pêche côtière et artisanale suite aux effets du confinement.
Compte tenu de ces évolutions, le secteur primaire devrait dégager une valeur ajoutée en repli de 5,7% en 2020 après avoir régressé de 4,6% en 2019, contribuant ainsi encore une fois négativement à la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) de -0,4 point.
Industrie, mines, énergie et BTP
S’agissant des activités non agricoles, elles devraient connaitre un net recul, en liaison principalement avec l’impact négatif de la crise sanitaire. Au niveau du secteur secondaire, les activités de l’industrie de transformation devraient afficher une régression de près de 5,6% en 2020 après un affermissement de 2,8% en 2019. Cette baisse d’activité émanerait d’une part, du repli de la demande étrangère adressée au Maroc, notamment en provenance de l’Union Européenne, et d’autre part, des perturbations au niveau des chaînes de logistiques et d’approvisionnement en intrants, devenus de moins en moins disponibles, à cause de la crise du Covid-19.
Dans ces conditions, les activités des industries mécaniques, métallurgiques et électriques devraient connaître une décroissance de 7,9% contre une évolution de 4,7% en 2019. Le secteur automobile, qui représente 27% des exportations totales, devrait être fortement touché par cette crise de coronavirus, puisque la production d’assemblage dépend fortement des intrants importés d’autres pays où plusieurs usines étaient en arrêt.
De même, le secteur aéronautique, opérant dans une configuration de chaîne de valeurs mondialisée, devrait être largement affecté par les décisions de fermeture des usines des avionneurs et des équipementiers aéronautiques à l’étranger et par la crise des compagnies aériennes.
Pour sa part, l’industrie agroalimentaire devrait afficher un rythme de croissance en baisse de 2% en 2020, contre une évolution de 1,1% l’année précédente. Vue la conjoncture difficile engendrée par la pandémie du Covid-19 et l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire, les activités agroalimentaires continueraient d’assurer l’approvisionnement normal et suffisant du marché national en produits alimentaires. Cependant, certaines activités du secteur risqueraient de voir leur production bloquée face au manque d’approvisionnement en matières premières et en produits intermédiaires.
Quant à l’industrie du textile et du cuir, l’activité devrait enregistrer une chute de 14,6% en 2020 contre une hausse de 3,1% en 2019, suite à la baisse de la demande associée aux problèmes de la logistique, notamment en Espagne et en France ; ces deux pays absorbaient près de 60% des exportations du secteur. De ce fait, les perturbations que traversent les groupes internationaux de ce secteur devraient impacter négativement l’expansion de al production des entreprises marocaines.
En revanche, les activités des industries chimiques et para-chimiques devraient afficher une certaine résilience, en enregistrant une amélioration de leur valeur ajoutée de 2% en 2020 après 5,6% enregistrée en 2019. C’est en particulier l’industrie des engrais chimiques orientée vers l’export, qui devrait bien profiter de l’accroissement de la demande Brésilienne et Africaine, notamment, en provenance du Nigéria et l'Éthiopie.
Parallèlement, la crise sanitaire devrait aggraver la situation alarmante de l’activité du secteur du Bâtiment et Travaux Publics. Ainsi, un repli de 12% de sa valeur ajoutée serait attendu en 2020 après une légère amélioration de 1,7% en 2019. En effet, depuis le début du confinement, de nombreux chantiers devraient être mis en arrêt, dont 90% sont des chantiers immobiliers, à cause de l’absence de la main d’œuvre et des complications au niveau de la distribution des intrants du secteur.
Pour le secteur minier, la valeur ajoutée devrait ralentir, enregistrant un taux de croissance de 1,1% en 2020 au lieu de 2,4% durant l’année précédente. En effet, le ralentissement de la production marchande du phosphate roche serait attribuable aux effets de la crise sanitaire sur la demande extérieure adressée au phosphate et ses dérivés, dans un contexte marqué par une baisse de leurs prix au niveau international. Quant à la production des métaux, celle-ci devrait reculer en 2020, impactée par le repli des cours des métaux et la fermeture de la majorité des sites miniers en raison de la sécurité sanitaire.
S’agissant du secteur énergétique, le rythme de croissance de sa valeur ajoutée devrait se replier de 11% en 2020 contre un net rebondissement de 13,2% enregistré une année auparavant. L’affaiblissement de la production de l’énergie électrique serait dû au fléchissement de la consommation d’électricité en lien avec le ralentissement de l’activité industrielle et de la demande extérieure en électricité notamment de l’Espagne.
Tourisme, transport, commerce et télécommunications
En raison des mesures de distanciation sociale et de fermeture des frontières aériennes et maritimes des passagers, le secteur du tourisme serait le plus touché par la pandémie du covid-19. Faisant face à un arrêt quasi-total d’activité depuis mi-mars 2020, le secteur touristique devrait connaitre une année très difficile, en enregistrant un taux de croissance négative estimé à 57% contre une évolution de 3,7% un an auparavant.
Cette situation devrait engendrer un effondrement des recettes touristiques et de grandes pertes d’emplois. S’ajoutant à cela la faillite qui devrait menacer de nombreuses entreprises d’activités d’hébergement et de restauration, des agences de transport et de location de voitures. En conséquence, la relance du secteur devrait être très difficile voire très lente, vu la limitation de déplacement même après le dé-confinement.
Etant fortement corrélée à l’activité touristique, l’activité du secteur du transport serait aussi impactée par cette pandémie, et devrait afficher un fléchissement de sa valeur ajoutée de près de 8,9% en 2020 contre une croissance de 6,6% enregistrée en 2019. Cette contreperformance trouve son origine dans les mesures prises pour l’endiguement de la pandémie notamment celles liées à limitation de la mobilité inter et intra pays
Concernant les activités du commerce, celles-ci devraient connaitre globalement une évolution négative de 4,7% en 2020 au lieu d’une hausse de 2,4% en 2019. Néanmoins, certaines activités devraient bénéficier de la crise, particulièrement le commerce des produits alimentaires et d’hygiène. En outre, le e-commerce qui est devenu d’une ultime importance, devrait profiter pleinement de cette pandémie, en affichant un grand surcroit de commandes de ménages en période de confinement.
Quant au secteur des postes et télécommunication, il devrait être le plus grand bénéficiaire de cette crise sanitaire. Le secteur devrait connaitre un essor de son activité, suite particulièrement au rebondissement du nombre d’unités consommées du mobile et de l’internet, en raison du passage d’une grande partie des salariés au télétravail et la nécessité de poursuivre l’enseignement à distance. Par conséquent, la valeur ajoutée du secteur postes et télécommunications devrait s’accroitre de près de 6,1% en 2020 contre 0,3% enregistré en 2019.
Quant aux services non marchands, ils devraient connaitre une hausse de 2,3% en 2020 en ralentissement toutefois par rapport à 5% enregistré en 2019.
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