Multiplication des malls à Rabat : une offre démesurée ?
Un nouveau centre commercial a ouvert, ce mardi 19 novembre, ses portes à Rabat qui en compte désormais trois en attendant l’ouverture annoncée par le groupe Aksal d’un quatrième. Sachant que Casablanca en abrite 4, Médias24 a donc interrogé les deux derniers entrants à Rabat pour savoir si la multiplication de malls n’était pas excessive au regard de la taille de la capitale. Selon eux, cette crainte est infondée avec une distribution moderne qui ne fait que démarrer au Maroc.
Et de 3 pour la capitale. Après des travaux qui ont duré plus de trois ans, les amateurs de shopping peuvent désormais faire leurs courses au mall d'Arribat Center, inauguré ce mardi 19 novembre
Troisième centre commercial du genre dans la capitale, après Mega Mall et Ryad Square, Arribat Center, situé au quartier de l’Agdal, propose 150 boutiques aux habitants de la ville et du Maroc.
Etalé sur près de 5 hectares, ce nouveau pôle commercial accueille comme les autres de nombreuses franchises.
Sachant que depuis cinq ans, ces structures de distribution commerciale ne cessent de se multiplier au Maroc, Médias24 a donc sollicité la directrice du département Asset (Foncière Chellah) et le DG de Ryad Square pour comprendre les raisons de ce que certains qualifient de prolifération.
Destination mass market
D'emblée, Fatim-Zahra Berrada confirme le fait que Rabat commence à avoir un marché fourni en termes de réseaux de distribution moderne tout en estimant qu’il n’y a pas encore de saturation.
"Cette ouverture qui a nécessité un investissement de 2,4 MMDH répond à un vrai besoin de la capitale même si elle en comptait déjà deux et qu’un quatrième est programmé pour bientôt.
"Si Rabat ne compte que 600 000 habitants, elle présente un marché intéressant pour les promoteurs de malls car cette ville n’offrait pas, jusque-là, de vraies destinations commerciales qui soient complètes en termes d’offre", affirme notre interlocutrice.
"Notre offre est destinée au mass-market avec une cible principale familiale issue de Rabat mais aussi de la région (Salé, Kénitra, Témara, Skhirat voire même Mohammedia plus accessible que Casa). En gamme de prix, l’amplitude n’est pas énorme avec une offre accessible à tous et à ce propos, le segment du luxe représente à peine 5% de l’activité commerciale globale.
Même ratio superficie/clientèle qu’à Casablanca
"Hormis ses 150 boutiques (30 restaurants, vente de vêtements, banques, jouets, bricolage, loisirs…), Arribat Center se distingue avec un énorme hypermarché Marjane (un des plus grands du Maroc) et une offre culturelle inédite avec un Mégarama de 11 salles soit 1 300 sièges de spectateurs.
"Si Casablanca dispose de 4 malls sans compter plusieurs projets en cours, il n’y a pas lieu de comparer avec les 3 de Rabat beaucoup plus modestes en termes de taille, car au final, le ratio mètre carré/population est pratiquement le même dans ces deux villes.
Localisation: proximité et accessibilité
"Situé dans un lieu de vie au milieu de gens qui travaillent dans le quartier de l’Agdal, Arribat Center a plusieurs points d’attractivité comme son hôtel Marriot qui abrite le seul centre de conférences de la capitale et qui ouvrira en 2020.
"Sa localisation joue sur la proximité mais aussi sur l’accessibilité grâce à son parking de 1 700 places et ses nombreux points d’entrée qui permettent de s’approprier le centre", explique la directrice.
Rentabilité: les Rbatis achètent plus que les Casablancais
Très optimiste, elle avance qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir sur sa rentabilité car les meilleures performances commerciales se font à Rabat et non pas à Casablanca, comme on pourrait le penser.
"La raison est que la population de la capitale (fonctionnaires, employés du parapublic …) a un revenu plus stable même si son pouvoir d’achat est plus faible que celui des Casablancais.
"Sachant que dans les autres malls de Rabat, il n’y a pas une telle concentration de marques, nous espérons atteindre 10 millions de visiteurs au terme de notre première année d’activité.
"En effet, une partie de notre clientèle n’aura plus à se déplacer à Casablanca pour acheter leurs marques favorites. Pour cela, des enseignes locomotives comme H&M seront disséminées sur des surfaces de 2 000 m2 qui leur permettront d’offrir toute leur gamme de produits.
"Idem pour l’offre de culture électronique qui représentera 15% de l’activité (Electro-planet, Virgin …)", déclare la directrice Assets Management de la filiale du groupe CDG.
Interrogée sur l’avenir des malls à Rabat, Mme Berrada affirme qu’il dépendra de l’horizon et du temps.
Couverture territoriale renforcée dans 10 à 15 ans
"Si les quatre avaient ouvert en même temps, tout le monde en aurait pâti. Les ouvertures au fur et à mesure ont permis au secteur de se professionnaliser avec la création de vraies chaînes d’enseignes.
"C’est pourquoi Rabat mérite d’avoir en 2029 ou 2035 une offre complémentaire de nouveaux malls car le processus d’apprentissage de la consommation ne se fera pas en 1 ou 2 ans", conclut Mme Berrada qui ajoute que Foncière Chellah a des projets similaires confidentiels pour l’instant.
Questionné sur l’arrivée du mall "Arribat Center", Hamza Bernoussi, DG du "Ryad Square Shopping Center", ouvert en avril dernier, se dit serein sur cette concurrence saine car complémentaire.
"Une concurrence bienvenue qui ne nous menace pas"
"Nous ne sommes pas menacés car nous proposons une offre intéressante dans une zone particulière de la capitale, à cheval entre les quartiers aisés proches de Hay Ryad, du Souissi et d’Agdal.
"Etant affilié au groupe Bricoma, notre direction a jugé nécessaire l’ouverture d’une deuxième boutique car il y a un fort potentiel inexploité dans la capitale.
"Ainsi, dans la grande distribution alimentaire, plusieurs marques comme Marjane ou Carrefour veulent se développer car actuellement elles ne couvrent que 15% du marché national.
"Il y a plusieurs marchés à prendre en jouant la carte de la proximité. Pour cela, il suffit de trouver le bon zoning comme nous l’avons fait avec Ryad Square idéalement localisé.
"Côté rentabilité, il n’y a pas de recette miracle. Pour marcher, un mall doit mixer intelligemment une offre d’activités commerciales aussi diverses que l’alimentation, les loisirs … ", conclut Bernoussi qui précise, après lourde insistance, qu’un mall ayant nécessité plusieurs centaines de millions de dirhams comme le sien (230 MDH), voire des milliards, nécessite au moins 10 ans avant un retour sur investissement.
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