Da’ech revendique les attentats au Sri Lanka

Da’ech revendique les attentats au Sri Lanka

Le 23 avril 2019 à 13h00

Modifié le 11 avril 2021 à 2h42

Le carnage du dimanche dernier au Sri-Lanka, attribué à un groupe radical islamiste local et revendiqué par le groupe Da'ech, illustre la réussite de la stratégie de ce dernier visant à frapper ou faire frapper, au nom de son idéologie, dans le monde entier, estiment des experts.

Défait sur le terrain, son califat auto-proclamé au Proche-Orient disparu, le mouvement dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi, toujours en fuite, est parvenu à inspirer à distance des jihadistes sri-lankais qui ont tué, dans une série d’attentats suicides coordonnés, plus de 320 personnes dans des églises et des hôtels de luxe.

Da’ech a renvendiqué la tuerie mardi 23 avril, par la voie de son organe de presse officiel Amaq, en affirmant que « les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-Da’ech) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de Da’ech ».

Dès lundi, un compte Telegram pro-Da’ech diffusait les photos de trois des kamikazes présumés, doigt d’une main levé vers le ciel, kalachnikov dans l’autre, sous le titre « trois de nos frères commando au Sri-Lanka », a rapporté le Site Institute.

Derrière eux, accroché au mur, la bannière noire à inscriptions blanches de Da’ech .

Le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), pointé du doigt par le gouvernement sri-lankais, « n’a pas de motivations locales. Ils veulent faire partie de l’insurrection globale de l’Etat islamique (Da’ech, NDLR) », a confié à l’AFP Zachary Abuza, professeur au National War College de Washington, spécialiste des groupes jihadistes en Asie du sud-est.

« Je ne connaissais pas ce groupe en particulier, mais ce que je sais c’est qu’il y a toujours eu au Sri Lanka une communauté salafiste très motivée », ajoute-t-il. « Pendant les années Al Qaïda, ils ont joué un rôle de soutien pour l’organisation, en transférant de l’argent par exemple. Ils sont très bons, ils sont disciplinés, ils ont l’expertise technique, ils sont motivés idéologiquement ».

Tactique « Glocale »

« La question qui se posait, après la chute du Califat, était: que va-t-il se passer? Peut-on avoir un Etat islamique sans Etat? » poursuit-il. « Ce que nous avons vu au Sri Lanka est l‘ouverture d’un nouveau front dans l’insurrection jihadiste globale ».

Le groupe jihadiste sri-lankais a mis en œuvre ce que Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po-Paris, qualifie de « tactique ‘glocale' »: des actions locales pour des objectifs globaux.

« L’appareil global de Da’ech s’appuie ainsi sur un groupe local fortement enraciné et mobilisé », explique-t-il à l’AFP. « Da’ech tente ainsi de compenser symboliquement et médiatiquement la perte de son sanctuaire syro-irakien par la relance d’une campagne terroriste à vocation planétaire ».

Pour Rohan Gunaratna, spécialiste des groupes extrémistes en Asie du Sud-Est à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour, « Da’ech a essaimé dans le monde entier. Et le réseau de Da’ech au Sri Lanka est le responsable de cette attaque ».

« Certaines personnes radicalisées par National Thowheeth Jama’ath ont rejoint le groupe terroriste, mais pas tout le monde », ajoute-t-il. « Elles dirigent maintenant les opérations de Da’ech au Sri Lanka, avec des liens avec le groupe en Syrie ».

Cette tactique avait été préconisée de longue date par Da’ech, bien avant qu’une coalition internationale menée par les Etats-Unis ne mette fin à son rêve d' »Etat jihadiste », à cheval entre l’Irak et la Syrie.

« Tout le monde peut passer à l’action au nom de Da’ech, et il en tire profit », précise Zachary Abuza. « Le groupe terroriste peut ainsi pousser des militants à l’action, leur donner un sentiment d’urgence, leur dire qu’ils peuvent faire partie de ce mouvement ».

Si Da’ech a mis plus de deux jours à revendiquer la tuerie de Pâques, « c’est parce que son organisation médiatique centrale est vraiment en déroute », ajoute le professeur Abuza. « Ils ne se sont pas remis de la perte de Raqqa » (leur capitale auto-proclamée, dans l’est de la Syrie).

(Avec AFP)

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