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CDG: voici les nouveaux secteurs et les nouveaux modes d'intervention

ENTRETIEN ABDELLATIF ZAGHNOUN (III). Le directeur général de la CDG estime que les interventions de la CDG doivent devenir plus efficaces. En particulier, il faut aller vers les secteurs à forte valeur ajoutée et donc, créateur de valeur et d'emplois. Les trois secteurs ciblés sont l'agro-industrie, la transition énergétique et la régionalisation avancée.

CDG: voici les nouveaux secteurs et les nouveaux modes d'intervention

Le 31 mars 2019 à 15h50

Modifié 11 avril 2021 à 2h41

ENTRETIEN ABDELLATIF ZAGHNOUN (III). Le directeur général de la CDG estime que les interventions de la CDG doivent devenir plus efficaces. En particulier, il faut aller vers les secteurs à forte valeur ajoutée et donc, créateur de valeur et d'emplois. Les trois secteurs ciblés sont l'agro-industrie, la transition énergétique et la régionalisation avancée.

Médias24: Comment avez-vous identifié les nouveaux secteurs d'intervention ?

Abdellatif Zaghnoun: Le modèle de développement du Maroc a atteint ses limites, il faut changer. Depuis les années 2000, le Maroc a suivi une stratégie basée essentiellement sur les grandes infrastructures et les politiques sectorielles, Tanger Med, autoroutes, zones industrielles, zones franches, extension d’aéroports… ce sont des infrastructures d’accès, d’accueil des investisseurs. Ces investissements sont une richesse pour le Maroc et constituent un exemple pour d'autres pays.

Mais ces infrastructures sont très capitalistiques. Le Maroc a un taux d’investissement parmi les plus élevés au monde, supérieur à 30% du PIB. Mais ces investissements créent des emplois surtout pendant la phase de travaux.

Il faut aujourd’hui rééquilibrer les composantes du modèle de croissance. Les trois composantes sont le capital, la productivité des facteurs et l’emploi.

Pour le capital, le Maroc a fait le maximum. Il faut maintenant augmenter la productivité des facteurs et créer des emplois. Comment ? En investissant dans des projets à forte valeur ajoutée, orientés export.

Dans son plan stratégique, la CDG a donc aligné ses choix stratégiques dans les investissements par rapport aux trois enjeux économiques du Maroc : renforcement du modèle de croissance du Maroc, régionalisation avancée, transition énergétique.

La CDG n'est plus opérateur mais expert, investisseur, co-financeur

-Et en parallèle, vous changez votre mode d'intervention...

 -Nous ne sommes plus opérateur mais expert, co-financeur et investisseur. C'’est ce que nous avons d'ailleurs fait dans la zone franche Agadir. La convention de valorisation a été signée en février, nous avons lancé l’appel d’offres, nous allons démarrer bientôt les travaux d’aménagement.

Nous ne sommes plus porteurs du foncier. Nous intervenons à travers MedZ pour réaliser les études techniques, urbanistiques, du marché. Nous avons livré les études en six mois.

Maintenant commence la deuxième phase, l’aménagement. Nous avons lancé les appels d’offres et nous démarrons bientôt les travaux pour livrer vers juin 2020.

Nous ne portons pas le foncier. C’est la société Haliopolis qui le fait, dans laquelle nous sommes d'ailleurs investisseur minoritaire. Nous sommes payés en fees. Notre intervention s’inscrit dans une logique de maîtrise d’ouvrage déléguée.

"Nous voulons devenir un acteur structurant dans l'agro-industrie"

-Vous avez pris une participation dans le groupe Zniber, dans l'ago-industrie, un domaine dans lequel vous n'aviez jamais investi...

Oui et c'est un message adressé aux opérateurs de l'agriculture et de l'agro-industrie. Nous avons été également approchés par trois ou quatre autres opérateurs mais il n’y a pas encore de concrétisation.

Notre vision, c’est de trouver trois types de partenaires: un opérateur national, un institutionnel marocain et un opérateur international ayant l’expérience de la transformation. Ce dernier serait un opérateur industriel de niveau mondial. Je veux créer un écosystème tourné vers la transformation et l’export, exactement comme dans l’automobile, pour améliorer l’intégration et créer plus de valeur ajoutée. Nous avons d'ailleurs les mêmes ambitions dans l’automobile.

Dans ces deux secteurs, l’idée est de développe le métier notamment à travers des opérateurs marocains, l’expertise, améliorer l’intégration locale, sécuriser les emplois.

Pour l’agriculture, les deux avantages supplémentaires par rapport à l’automobile, c’est que d’une part, la matière première est produite au Maroc et d’autre part, nous créons de l’emploi dans le monde rural.

Intervenir de cette manière dans l’agriculture est pour moi une urgence. Dans ce domaine, il faut que le Maroc dispose de suffisamment de plateformes logistiques, d’usines de transformation, de transport, de stockage, de conditionnement. Nous allons créer de la valeur et de l’emploi.

Je le dis publiquement aux opérateurs marocains : nous sommes prédisposés à examiner toutes les opportunités dans ce sens, nous voulons être un acteur structurant dans ce domaine.

La régionalisation avancée va produire des transformations profondes et positives dans tout le Maroc, il faut l'accompagner

-Vous êtes allés vers un secteur inattendu: les régions. Que pouvez-vous leur apporter?

-Je suis parti d’un constat : nous sommes une institution financière publique, qui a une autonomie de gestion, qui a une mission d’intérêt général.

Nous collectons les dépôts, nous les gérons, nous les sécurisons, mais en même temps, nous réorientons une partie de ces dépôts, de ces fonds, pour financer les projets, surtout les projets structurants qui accompagnent le pays dans son développement économique et social.

Nous sommes certes dans des projets rentables, mais ce sont surtout des projets à rentabilité différée.

Nous avons estimé qu’il est de notre devoir et de l’intérêt du Maroc, que la CDG contribue à l’émergence de nouvelles régions et crée un cadre qui favorise l’attractivité aux investisseurs privés. Nous ouvrons la voie au privé.

L’intervention de la CDG dans les zones industrielles à Oujda, Selouane (Nador), Ait Kamra (Al Hoceima), Zenata, c’était déjà cela.

Aujourd’hui, j’ai la conviction que si nous arrivons à décliner correctement et rapidement la régionalisation avancée, elle va opérer des transformations économiques très importantes dans les régions. Concrètement, le processus de régionalisation avancée en est à ses débuts.

Les régions ont besoin d’accompagnement par tous les acteurs qui en ont la possibilité. Nous faisons partie des acteurs qui ont une capacité d’intervention dans ce domaine.

Le groupe CDG a accumulé une certaine expertise pendant plusieurs années : l’ingénierie, les études techniques avec NOVEC qui est le plus grand bureau d’études au Maroc. Novec a de l’expérience même dans le domaine agricole, il a même assisté des pays pour la construction des barrages. Dans l’infrastructure, dans l’équipement, dans le bâtiment, les régions peuvent en tirer profit.

Nous avons également une grande expertise dans l’ingénierie financière, à travers notre filiale qui est CDG capital, une banque d’investissement qui accompagne les investisseurs, et peut aider dans ce sens les régions, dans les études, le choix des investissements, l’ingénierie financière…

Nous avons l’expérience d'accompagnement des PME-PMI à travers notre filiale FINEA, 4.000 entreprises ont bénéficié de fonds que nous avons mobilisés dans ce cadre. Ce sera valable dans les régions, les entreprises locales pourront renforcer leur assise financière.

Nous pouvons accompagner les régions dans l’aménagement à travers notre filiale MedZ, le plus grand aménageur du Maroc, qui a aménagé plus de 13 zones industrielles et zones d’activité économique. Nous pouvons ainsi accompagner les régions pour les lieux d’implantation des agropoles, des zones industrielles, des zones franches, les études de marché, le choix du type d’activité en fonction de la spécificité des régions… Notre accompagnement peut aller jusqu’au financement.

Le groupe CDG est capable de proposer aux régions, aux collectivités territoriales en général, une offre globale intégrée, qui va des études jusqu’à la commercialisation, la gestion, la formation, la mise en place des structures, des systèmes d’information. Mais il y a deux pré-requis : la volonté des régions ; et choisir des projets de qualité. Il ne suffit pas de lancer des plans de développement avec des montants d'investissement importants. Il faut choisir les bons projets avec le meilleur impact structurant et les concrétiser. On peut les aider et les accompagner pour choisir les projets qui auront un impact économique et social immédiat.

Et d’ailleurs, lorsqu’on choisit un projet de qualité, le financement est facile à mobiliser. Même les instances internationales peuvent venir investir. Pour cela, les projets doivent être rentables avec un business plan bien ficelé, un système de gouvernance, de pilotage. Il faut des projets structurants, des agropoles, des zones industrielles, un palais des congrès avec un parc d’exposition…

Pour le moment, la CDG est engagée avec la région de Marrakech pour l’assister. Lorsque les nouveaux CRI seront bien opérationnels avec leur nouvelle configuration, ils seront des interlocuteurs pour nous et nous les contacterons tous pour proposer nos prestations.

La dernière composante de notre repositionnement concerne la transition énergétique (énergies renouvelables et efficacité énergétique). [NDLR: les ambitions de la CDG dans la transition énergétique ainsi que dans le digital et l'encouragement aux startups, feront l'objet d'un article ultérieurement]

SOMMAIRE DU DOSSIER SPECIAL CDG

LA TRANSFORMATION DE LA CDG EXPLIQUEE PAR ABDELLATIF ZAGHNOUN

LA RESTRUCTURATION EN COURS D'ACHEVEMENT ?

CHANGEMENT DE CAP DANS LE TOURISME

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