Université d'été de la CGEM: La relation entreprise/syndicat passée à la loupe
"Entreprises-Syndicats: Même team?". Une question qui s'impose dans un contexte où le dialogue entre les différents partenaires sociaux semble être au point mort.Elle a été posée lors d'un panel à la 1ère université d'été de la CGEM.
Comment concilier l'intérêt de l'entreprise et celui des salariés? Comment atténuer les risques de conflits? De quel syndicalisme parle-t-on aujourd'hui? Est-il possible d'avoir à la fois une entreprise forte et un syndicat fort? Autant de questions qui ont ponctué un débat lors d'un panel réservé à cette thématique dans le cadre de l'université d'été de la CGEM en présence de représentants de syndicats et de la CGEM.
Le débat n'a pas manqué de petites piques de part et d'autre tant le sujet passionne.
Alors qu'on questionnait le poid du syndicalisme au Maroc dont le taux de syndicalisation ne représente qu'environ 8%, les représentants des syndicats ont répliqué.
"N'oublions pas qu'il y a de l'ingérence. Si on s'interroge sur ce que représentent les syndicats, on devrait aussi se demander ce que représente la CGEM par rapport au tissu économique marocain. Et parlant du gouvernement marocain, combien de Marocains ont participé aux dernières élections. Si on part de cette analyse, on ne va pas se focaliser sur la réalité marocaine", lâche Khalil Houir El Alami, membre du bureau exécutif de la CDT.
Et d'ajouter: "en somme mécanique, le taux est certes faible, mais d'un point de vue macroéconomique, le syndicalisme est bien présent".
Moins virulent tout en versant dans le même sens, Mohamed Alaoui, membre du comité exécutif de l'UMT explique pour sa part qu"il ne faut pas comparer le taux de syndicalisation au Maroc avec celui des pays nordiques ou de la France, car nous avons des spécificités comme l'informel ou le secteur agricole difficile à syndiquer. Mais malgré cela, les syndicats sont présents dans tous les secteurs stratégiques où ils ont un fort impact. Donc, on ne peut pas faire l'économie du dialogue social".
Pour le représentant de l'UGTM, "si le taux de syndicalisme est faible, la cause est à trouver du côté du secteur privé. Les patrons d'entreprises refusent les syndicats dans leurs entreprises", assure Mustapha Makroum.
Cela dit, tous les intervenants sont unanimes autour du fait qu'il faut des syndicats forts. "Il est clair que nous avons besoin de syndicats forts au sein de l'entreprise, mais avec quelle maturité? Quelle indépendance? Et quel niveau de confiance? Car si on n'a pas cela, le problème devient plus compliqué si vous avez une forte présence des syndicats au niveau des entreprises", explique Hicham Zouanat, président de la commission relations avec les partenaires sociaux de la CGEM.
Myriam El Khomri, ex-ministre française du travail et de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social présente à cette manifestation pour partager son expérience insiste pour sa part sur la question de la confiance:
"La première des choses à retenir, c'est qu'il n'y a pas de pari du dialogue social sans la confiance. La deuxième chose c'est de définir ce que c'est un dialogue social efficace. Ma conviction, c'est qu'il faut concilier la performance économique et la performance sociale", explique-t-elle. Et d'ajouter, "ce ne sont pas des intérêts contradictoires. L'intérêt de l'entreprise n'est pas la somme des intérêts particuliers des un et des autres. C'est la manière dont on va trouver notre dénominateur commun pour avancer. C'est cela l'enjeu. Cela demande beaucoup de discussions, mais exige d'abord de la confiance".
Et le Danemark semble être un des champions européen en la matière. Virginie Morlet, consultante en affaires publiques, expliquait lors de ce panel, que les grèves sont très rares même si "80% des salariés sont syndiqués". "Le Danemark a une longue tradition de discussion collective", explique-t-elle. "Le dialogue social se fait de façon bipartite entre syndicats et représentants des entreprises. L'Etat a responsabilisé les partenaires sociaux et donc il ne se mêle pas des conventions collectives. Son rôle est très minime dans ce domaine", ajoute-t-elle. Tous les secteurs signent des accords qui se renouvellent tous les ans.
Cette expérience interpelle nos pratiques au Maroc: qu'est-ce qui serait le mieux, un dialogue bipartite (Etat-syndicat et Entreprise-syndicat) ou un dialogue tripartie comme c'est le cas actuellement? Pour des raisons diverses, les syndicats préfèrent le dialoque bipartite à condition "que les partenaires (syndicats et patronat) aient la force de faire respecter leur décisions et leurs engagements aux membres", explique Mohamed Alaoui, membre de l'éxécutif de l'UMT.
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