Un groupe d'internautes revendique la paternité du boycott
Étonnement, inquiétude, interrogations... Nos échanges avec des experts en communication de crise et en veille sur les réseaux sociaux aboutissent à davantage de questions que de réponses. Mercredi soir, une revendication du mouvement a été diffusée.
Le boycott des trois marques Centrale Danone, Afriquia et Sidi Ali est un phénomène inédit qui va rester dans les annales marocaines de la communication, du marketing, du business, de la politique et des réseaux sociaux. Il y aura un avant et un après.
Plusieurs sociétés de communication, spécialisées et bien outillées pour surveiller les réseaux sociaux, se posent les mêmes questions:
1- Comment réagir?
2- Qui est derrière?
Pour la première question, chacune des trois marques a réagi à sa manière. Quelquefois avec des erreurs flagrantes.
Pour la seconde, personne n’a de réponse. Uniquement des hypothèses.
Ce mercredi 2 mai, la question n°2 était néanmoins sur toutes les lèvres, comme nous l’avons constaté en échangeant avec ces experts en communication qui suivent de près ce phénomène.
Un mouvement puissant
La société spécialisée dans les sondages en ligne Averty a publié un sondage selon lequel près de 80% des personnes qui ont répondu affirment soutenir le boycott. Le chiffre semble énorme. Mais quoi qu’il en soit, le mouvement de boycott a certainement pris une ampleur qui a surpris tout le monde.
Qu’en disent les agences de communication?
Les constats de nos interlocuteurs, qui suivent les réseaux sociaux avec des outils adaptés, sont les suivants:
- des posts appelant au boycott ont été sponsorisés sur FB.
- des vidéos, des sketches élaborés, une chanson avec une orchestration sophistiquée, des photos montages, sont mis en ligne en un temps record.
- les messages, les statuts identiques, sont partagés, diffusés, massivement. Nous avons nous-mêmes compté 50 posts consécutifs identiques, avec des profils différents, sur un seul sujet.
- des argumentaires sont rédigés et répétés.
- la réactivité est étonnante. Par exemple, Centrale a mis en ligne ce mercredi matin vers 9H00, un communiqué d'excuses. A 17H00, il y avait déjà et très largement partagée, une vidéo qui lui répondait.
Nos interlocuteurs qui ne travaillent pas pour les mêmes clients et ne sont pas en contact sur ce dossier, privilégient l'hypothèse que des moyens énormes ont été déployés: “C’est réfléchi et piloté“, estime l’une de nos sources. “C’est un phénomène extrêmement sérieux, qu’il ne faut pas prendre à la légère“.
Une seconde source considère que manifestement, “ces gens“ qui ont peut-être suscité le mouvement, ont été “à l’écoute de la Toile“ pendant longtemps.
“Des techniques de propagande très sophistiquées ont été utilisées“, accusent nos sources. C'est "une armée de propagande qui a été mise en branle", selon un interlocuteur.
La conclusion de nos différents interlocuteurs, c’est qu’il ne s’agit pas d’un mouvement spontané. Plutôt d’un mouvement suscité qui certes n’aurait jamais pu prendre cette ampleur si le terreau social n’avait pas été si fertile en inégalités.
Une revendication diffusée mercredi soir
Mercredi soir, une vidéo qui revendique la paternité de l'initiative de boycott, a été diffusée sur la Toile. Elle est visible ici.
Elle explique que plusieurs personnes ou pages ont lancé concomitamment un mot d'ordre de boycott. Et que ce mot d'ordre a été massivement suivi.
Les auteurs de la vidéo affirment qu'il n'y a strictement aucune considération politique derrière le mouvement. Ni règlement de comptes personnel. Selon eux, les trois sociétés ont été ciblées parce qu'elles exercent une position dominante sur le marché. Ils précisent également que les initiateurs sont tous des spécialistes du web, d'où leur réactivité et leur efficacité.
Au centre du groupe de revendication,il semble y avoir la page Kifaa7 (littéralement: lutte).
Cela étant dit, l'identité de ce groupe de personnes n'est pas dévoilée.
Au final, une certitude: la protestation sociale
Pour résumer:
- un mouvement puissant.
- ce mouvement est spontané selon ses acteurs, orchestré selon certains spécialistes en communication.
- ce mouvement interpelle l’ensemble de la classe politique ainsi que l’opinion, sur la nécessité d’accélérer la révision du modèle économique et de réduire les inégalités sociales, de promouvoir une meilleure égalité des chances.
- il va sans dire que tout le monde considère désormais que boycotter est une action légitime.
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