La Catalogne proclame l'indépendance, l'Espagne décide sa mise sous tutelle
Le parlement de Catalogne a adopté vendredi 27 octobre une résolution déclarant que la région devient un "Etat indépendant prenant la forme d'une République", avant d'entonner l'hymne indépendantiste, en l'absence de l'opposition.
"Nous constituons la République catalane, comme Etat indépendant et souverain, de droit, démocratique et social", lit-on dans le préambule de cette résolution, approuvée par 70 députés sur un total de 135 à l'issue d'un vote à bulletins secrets.
Ont été comptabilisés 70 "oui", 10 "non" et deux abstentions.
Auparavant, une majorité des députés de l'opposition avait quitté l'hémicycle en signe de protestation.
Dans ses attendus, la résolution demande à l'exécutif catalan de négocier sa reconnaissance à l'étranger, alors qu'aucun Etat n'a manifesté son soutien aux indépendantistes.
Cette proclamation solennelle entre en vigueur vendredi, après avoir déjà été signée (mais pas votée) par les députés indépendantistes le 10 octobre.
Elle avait alors été invalidée par le Tribunal constitutionnel, tout comme le référendum organisé par le gouvernement catalan le 1er octobre et toutes les mesures complémentaires.
Vendredi, parallèlement au vote catalan, le Sénat espagnol était sur le point de voter sur la mise en œuvre de l'article 155 de la Constitution afin d'accorder au gouvernement central la possibilité de mettre la Catalogne sous tutelle. Le gouvernement veut destituer l'exécutif régional, contrôler la police et mettre sous tutelle le parlement régional.
La dernière tentative de la Catalogne pour déclarer son indépendance remonte à 1934, lorsque le président de l'époque Lluis Companys avait proclamé une "République catalane" au sein d'une "République fédérale espagnole".
A l'extérieur du Parlement, plusieurs dizaines de milliers de manifestants indépendantistes ont salué par des clameurs de joie l'annonce du résultat.
"Oui, nous avons gagné la liberté de construire un nouveau pays", a tweeté le vice-président catalan Oriol Junqueras.
Scènes de liesse à Barcelone après la déclaration d’indépendance de la #Catalogne https://t.co/ipdUSnCtAa pic.twitter.com/FJ7HHzpfB0
— Thomas Dufrane (@thomasdufrane) 27 octobre 2017
La réaction de Madrid
Le Sénat espagnol a donné quant à lui, en session plénière, son feu vert aux mesures adoptées récemment par le gouvernement pour la mise en œuvre de l’article 155 de la Constitution visant à "restaurer l’ordre constitutionnel en Catalogne".
La Chambre haute du parlement espagnol a validé la décision du gouvernement portant sur l’application de l’article 155 de la Loi fondamentale grâce aux 214 votes favorables des sénateurs du Parti populaire (PP), du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), de Ciudadanos, d’Union du peuple navarrais (UPN) et des Forum et Coalition canariens.
Un total de 47 sénateurs, notamment des partis Unidos Podemos, Gauche républicaine catalane (ERC), Parti nationaliste basque (PNV) et Parti démocratique européen catalan (PDeCAT), ont voté contre cette initiative.
Le Sénat a autorisé ainsi le gouvernement du PP à destituer le président de l’exécutif catalan, Carles Puigdemont, et son vice président, Oriol Junqueras, ainsi que l’ensemble des conseillers (ministres) de son cabinet.
Il a aussi autorisé l'exécutif à limiter les fonctions du parlement régional catalan et à prendre le contrôle des Mossos d’Esquadra (police catalane).
Intervenant au début de la session plénière du Sénat, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a souligné qu’"il n’y a pas d’autres alternatives" à l’application de l’article 155 de la Constitution, face à l’attitude du président de la Generalitat (gouvernement catalan), Carles Puigdemont.
Le moment est arrivé pour imposer la loi au dessus de toute autre considération, non pas contre la Catalogne mais pour empêcher qu’on abuse de la Catalogne, a-t-il poursuivi.
"La menace qui pèse sur la Catalogne n’est pas l’application d’un article de la Constitution, mais les ravages causés par les comportements anticonstitutionnels de la Generalitat."
(Avec Agences)