L'euro en forte hausse après le 1er tour de la présidentielle française
L'euro s'affichait en forte hausse lundi matin en Asie face au dollar et au yen, après l'annonce des estimations de résultats du premier tour de l'élection présidentielle française, avec Emmanuel Macron et Marine Le Pen en tête.
A 06H20 à Tokyo (dimanche 21H20 GMT), face au billet vert, la monnaie européenne valait 1,0880 dollar contre 1,0726 dollar vendredi à 21H00 GMT. L'euro est même monté jusqu'à 1,0933 dollar auparavant. Il s'agit de son plus haut niveau depuis novembre 2016, un peu après la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis.
Vis-à-vis de la devise nippone, il s'affichait à 120,02 yens, contre 117,07 yens vendredi à New York. Il avait grimpé plus tôt à 120,88 yens.
Cette réaction des marchés montre qu'ils tablent sur une victoire du pro-européen Emmanuel Macron face à la présidente du Front National (FN), qui plaide pour une sortie de l'euro. Ils craignaient que Marine Le Pen ne soit opposée à un autre critique de l'Europe, Jean-Luc Mélenchon, au 2e tour.
Pour la même raison et du fait de l'évolution des monnaies, les Bourses asiatiques devraient réagir également positivement ce lundi.
M. Macron, ancien ministre de l'Economie âgé de 39 ans, est arrivé d'une courte tête (23,55%) devant la chef du parti Front national, 48 ans (22,32%), selon des résultats partiels.
Des sondages publiés dimanche soir donnent Marine Le Pen largement battue au second tour, faute de report de voix suffisants.
"C'est le scénario parfait dont le marché rêvait désespérément", a commenté pour l'agence Bloomberg News Sebastien Galy, analyste chez Deutsche Bank AG à New York, après le vote du Brexit en juin dernier au Royaume-Uni et l'accession du protectionniste Donald Trump à la Maison Blanche outre-Atlantique.
"La réaction initiale des marchés a été plus forte que prévu, signe qu'ils étaient sur leurs gardes", a réagi auprès de l'AFP Yuji Saito, analyste des changes au Credit Agricole, basé à Tokyo. "Il y avait de quoi être prudent. C'était une course serrée entre quatre candidats à l'issue difficile à prédire".
Pour les investisseurs, le jeu semble déjà fait: "ils considèrent pour acquis le fait qu'Emmanuel Macron, 39 ans, deviendra le prochain président de la République dans deux semaines", a affirmé dans une note Ray Attrill, de la National Australia Bank.
Selon deux sondages publiés dimanche soir, M. Macron, ex-banquier qui se veut "ni de droite ni de gauche", s'imposerait avec 62 ou 64% des voix le 7 mai. L'écrasante majorité de la classe politique française a appelé à "faire barrage" à l'extrême droite, qualifiée pour la deuxième fois dans l'histoire du parti Front national, créé en 1972.
Pour le monde économique s'éloigne donc le spectre d'une victoire de l'héritière Marine Le Pen, 48 ans, qui veut en finir avec l'euro et la libre circulation dans l'espace européen de Schengen. Cela risquerait de provoquer un "désordre majeur" et une "dislocation" de l'Union européenne, avait averti la semaine dernière la directrice générale du FMI, Christine Lagarde.
Les marchés craignaient aussi une accession au second tour du candidat de "La France insoumise" Jean-Luc Mélenchon, devenu héraut de la gauche radicale, très critique sur l'UE et la mondialisation.
"Les marchés sont rassurés d'échapper au redouté duel Le Pen-Mélenchon", a confirmé dans un commentaire Diego Iscaro, économiste chez IHS Markit. "Cependant, beaucoup de choses peuvent se produire en deux semaines".
M. Saito a lui aussi appelé à la vigilance. "Que va-t-il se passer entre aujourd'hui et le second tour?": scandale, attaques terroristes, tout est possible", avertit-il. "Nous ne sommes certainement pas en position de tomber dans l'euphorie". (AFP)